Chapter 11

les ydoles. Etaussile pot il dire par prophecie, car mieulznous vault le meffait de Judas que le bienfait de Judichquioccist Holophernes, ou d’une autre femme. Mais tu dis660merueilles aprés, car tu affermes vrayement que ie les blasmeplus qu’il ne fait, quant ie dis que, se on lisoit le liure de laRose deuant les roynesouprinceces, que il leur conuendroitcouurir la face de honte rougie. Et puis si respons pourquoyrougiroient? Il semble que elles se tendroient pour coulpables665des vices que le Jaloux recite des femmes. Ha! dieux!que c’estbiendit etbienraporté! Tu ne te fais point dehonneur de raporter chose que le contraire puist estre prouué.C’est mal estudié quant ie disoie que aux dames conuendroitcouurir la face de honte rougie. Ce n’estoit point pour les670paroles du Jaloux, ainçois dis [je], d’ouir les orribletés qui sont enla fin tant abhominables, de quoy ie disoie a quoy puet[estrebone telle lecture qui honnestement ne puet]estre leue enleur presence, et de dire que elles en rougiroient. Je ne lesblasme de riens, ains les loe d’auoir la chaste [fol. 99 vo. b]675vertu de honte.Tu respons aprés a dame Eloquence, pour ce que il estcontenu en sa complainte, les diffamacions et vituperes quemaistre Jehan de Meun raconte de religion, et dis qu’il ne lablasma mie. Et vraiement ie te responsque, (sauue ta grace)680car comme ilfustdiffameur publique, il la diffame excessiuementet sans riens excepter, et bien le scet entendre le boncatholique de tresreligieuse voulenté qui bien en scet le tortreprendre, et de ce m’attens a lui, car il ne touche au proposde ma premiere epistre. Et comme tu mesmes dis que ie te685puis dire, ettu puisdire voir, tu recites les bonnesparolleset les vas cueillant ainsi comme il te plaist a ton propos etlaisses les mauuaises. Se l’enortement dont dame Eloquencese plaint de l’enseignement de prendre le chastel de Jalousie,dont elle dit qu’il vouloit bouter chasteté hors de toutes690femmes, tu en fais merueilleuse response en ce que tu disque ce est pour auiser les gardes de mieulx estouper leslieux,ou il peut estre pris, ou d’y mettre meilleurs gardes. Et puistu dis que en toutes manieres de guerres les assaillans ontl’auantage, mais que ilz en soient auisiez. Or parlons un695petit des guerres a l’auenture entre toy et moy. Je te disqu’il est aucune maniere de guerre que les assaillans ontl’auantaige; et sces tu quant c’est? Quant le capitaine oule conduiseur est plus malicieux et duit de guerre, et il a a fairea foible partie et simple, non usagee de guerre. Encore y700a il un autre point [fol. 100 a] qui souuentnuitaux deffendeurs,(supposé que ilz soient fors):c’esttrahison ou faulxblandissement de ceulx mesmes, en qui ilz se fioient. Par cefut pris jadis le fort chastel de Ylion. Et du chastel assailline saroies tu ne aultre conseillier comment les pertuis de705traison seroient estoupez, car ilz sont trop couuers. MaistreJehan de Meun enseigne comment le chastel de Jalousie seraassailli et pris. Il ne fait point afin que les deffendeursestoupent les pertuis, car il ne parle point a eulx, ne il n’est deleur conseil, ains conforte et enorte les assaillans entoute710maniered’assault; ainsi comme se ie te conseilloie la manieredevaincreton anemi, ce ne seroit mie afin qu’il se gardast detoy.Et setu veulx dire il ne l’enseigne pas, mais il dit commentilfupris, ie te dis que qui raconteroit une malicieusemaniere de faire faussemonnoyeou comment on l’aroitfaite,715il l’enseigneroit assez, dont ie dy certainement que il ne le fista aultre fin fors pour entroduire les assaillans.Apres tu dis ce, dont tu te prens trop bien au las, se levouloies considerer quant tu ameines Ouide de l’Art d’Amoursa ton propos. Etencorelapreuues, dont ie te sçay bon gré,720quant tu dis que a tort en fu exillé. Tu dis que quant Ouidel’escript, ce fu en latin, lequel n’entendoient femmes; et queil le bailla la seulement aux assaillans pour apprendre a assaillirle chastel, et c’estoit la fin de son liure, mais la jalousie desRomainstresenormel’[e]xilla sans raison pour celle cause,725comme tu [fol. 100 b] dis. Sans faille il me semble, se tefussezbienauisé, n’amennasses ja cellui Ouide de l’Artd’Amours en place pour excusacion de ton maistre. Mais detant le peux tu bien faire, que c’est le pur fondement et principede ce liure de la Rose, lequel est mirouer et exemple de730bien et chastement viure, ainsi comme il l’a pris ou dit Ouidequi d’aultre chose ne parle fors de chasteté. Ha dieux! commeil appert que ta pure voulenté aveugle ton bon sens, quant tudis que sans causefuexillé! Voire que les Romains, lesquelxgouuernoient tous leurs fais par polixie souuerainement ordenee,735en cellui temps le chacierent a tort comme tu dispourcause de jalousie. Et comme tu disaprésque Meun ne mistpas en son liure tant seulement l’Art d’Amours que Ouide fist,mais beaucop d’aultres aucteurs, doncques par ta raisonmesmes est prouué que Meun parle aux assaillans comme740Ouide que il prent. Mais tu dis que, de tant comme il recitediuerses manieres d’assaillir, de tant auise il plus les gardesdu chastel de eulx deffendre. Voirement fait ainsi comme quit’assauldroitpour toy occire, (dont dieux te gart) il t’aprendroitcomment tu te deuroies deffendre. Il teseroitgrant745courtoisie, bien l’en deuroies mercier. Au moins ne peus tunyer que il n’enseigne a faire mal aux assaillans, foibles oufors que soient li deffendeur.Encore ne meveulxie mie taire que tu dis, par jalousie etsans raison fu exillé Ouide, quant les sages Romains virent et750apperceurent la peruerse doctrine et le venim engoisseuxapresté [fol. 100 vo. a] pour lancier es cuers des jeunes a lesattraire a dissolucion et oiseuse, et les engins tendus a deceuoir,prendre, suborner, et soubztraire la virginité et chaastetéde leurs filles et femmes, eulx a bonne cause dolens de telle755doctrine semencé[e]. Adonc pour pugnicion voire plus piteuseque souffisante exillerent l’aucteur de telle doctrine. Et n’estpas doubte que son liure ardirent, ou le porent trouuer. Maisde male plante demeuretoudisracine. Ha! liure mal nomméArt d’Amours; car d’amours n’est il mie, mais art defausse,760malicieuse industrie de decepuoir femmes puet il bien estreappellez. C’est belle doctrine! Est ce donc tout gaignéque de bien decepuoircesfemmes? Qui sont femmes? Quisont elles? Sont ce serpens, loups, lyons, dragons, guieures,ou bestes rauissables deuourans et anemies a nature humaine765qu’il conuiengne faire art a les decepuoir et prendre? Lisezdonc l’Art.Apprenez donca faire engins, prenez les fort,deceuez lez, vituperez les, assailliez ce chastel, gardez quenulle n’eschappeentre vous hommes et que tout soit liuré ahonte! Et, par dieu! si sont elles voz meres, vos suers, voz770filles, voz femmes et voz amies, elles sont vous mesmes etvous mesmes elles; or les deceuez assez, car il vault tropmieulx, beaumaistre, deceuoir, etc.Je me ris de ce que tu dis que tu as presté ton liure de laRose a un homme fol amoureux pour soy oster de fole amour,775lequelluia ia tant prouffité que tu lui as ouy iurer sa foy quec’est la chose qui plus lui a aidié a s’en oster, et tu dis que ceas tu dit pour ce queiedis a la fin de mon epistre, quans ensont deuenus hermites?Response.Et ie te promet, [fol. 100vo. b] se tu eussesapprestéa ton ami .i. liure des780deuocions Saint Bernart ou aucune bone legende introduisant asauuement et a demonstrer, qu’il n’est que une seule amourbonne en laquelle on doit fichier son cuer et son affection en lamaniere que philosophie le demonstre,a Bouece, ou a aultrechose semblable, tu lui eusses mieulx fait son profit. Mais785prens toy garde que ne luiaiesbailliél’instrument pour soyoster de la chaleur du soleil et soy gitter en une fournaise touteenbrasee. Et je te diray un aultre exemple sans mentir,puis que nous sommes es miracles duRomant de la Rose.J’ay ouy dire, n’a pas moult, a un de tes compaignons de790l’office dont tu es et que tu bien cognois et homme d’auctorité,que il cognoist un homme marié, lequel adioste foy auRomansde la Rosecomme a l’euuangile. Cellui est souuerainementjaloux, et quant sa passion le tient plus aigrement, il vaquerre son liure etlitdeuant sa femme, et puis fiert et frappe795sus et dit orde telle comme quelle. Il dit: “Voir que tu mefais tel tour, ce bon sage homme maistre Jehan de Meunsauoit bien que femmes sauoient faire.” Et a chascun motqu’il treuue a son propos il fiert un cop ou .ii. du pié ou de lapaume. Si m’est auis que quiconques s’en loue,cellepoure800femme le compare chier.Il m’anuye moult si grant prolixité de langage. Carcomme anuy est a moy mesmes, suppose que pourra estre auxlisans. Mais pour ce que il me conuient repliquier les chosesproposees, [fol. 101 a] aultrement ne seroit entendable,m’en805estuetesloingnier ma matiere, si me soit pardonné de qui letendra a anuy.Encore ne tepeuxtaire de la Vieille, et dis que quant elleparle a Bel Accueil, elle lui dit auant le cop: “ne vous vueilpas enamoursmettre, mais se vous en voulez entremettre je810vousmonstreray voulentiers, etc.”[124]Et puis siditque ellelui presche afin qu’il ne soit deceuz.[125]Response.Vray dieux!comment est ce malicieuse maniere de deceuoir—demonstrerque ce que on fait et dit, quelque mal que ce soit, que c’estabonnefin, et a cause bonne! Car il n’est si simple, se il815apperceuoit la deceuancequ’ilnes’engardast. Si la faultcouurir par cautelle, et le droit tour du malicieux deceueurest commencier langaige par bonne introite pour mieulx parfurnirson malice. Si n’est point de excusance en ceste partiece que tu as mis auant. Tu dis s’il y a riens mal dit et a820diffame du sexe femmenin que il n’en est que reciteur desaultres aucteurs.Response.Je sçay bien que il n’est miele premier qui ait mal dit, mais il l’acroist, quant il le recite.Tu dis que ce estoit pour plusenseignerles parties a garderle chastel.Response.Le mal amonnesté et loué a faire825n’est mie a supposer que ce soit affin que ons’engard. Tudis que il le fist aussi pour suiure la matiere maistre Guillaumede Lorris.Response.Cellui quisuitle fouruoyé ne fait miea excusersi seforuoye. Tu dis que en ce faisant parle detoutes choses en leur estat au proffit de creature humaine, tant830[fol. 101 b] a l’ame comme au corps.Response.Onnel’oitpoint parler en comun de toutes choses en leur estat, etaussi il parle de pluseurs autrement que leur estat et au dommagede l’ame et du corps, comme il est ia prouué. Tu disque pour ce parla il de paradis et des vertus pour les suiuir, et835les vices pour les fuir.Response.Voire mais il dit quevices sont vertus, quant parcesparsonnages il loue mal fairecomme il est dit. Et de vertus fait vice, quant il dit tant devitupere et doloreux mal de l’ordre de mariage, lequel est saintet aprouué, et d’aultres bons estas semblablement que il840diffame generaument. Et mal parle de paradis, quant ildit (combien que ce soit par moz un pou enuelopez, maisautant vault a dire) que les luxurieux yront en paradis.[126]Etce fait il dire a Genius lequel escomenie de sa puissance, quiest nulle, ceulx qui neexcercitentl’oeuure de nature. Et les845vices enseigne plus proprement que il ne fait les vertus. Tudis que, de tant comme il parle de vices et de vertus d’enfer etde paradispres a présl’unde l’autre, monstre il plus la beatitudedes uns et la laidure des aultres.Response.Labeatitude de paradis ne monstre il mie, quant ildistque les850malfaicteurs yront. Et pour ce mesle il paradis auec lesordures dont il parle pour donnerplusgrantfoy a son liure.Mais se mieulx veulx ouir descripre paradis et enfer et parplus soubtilz termes et plus haultement parlé de theologieplus proffitablement, plus poetiquement, et de plusgrant855efficace, lis le liure que on appelle le Dant, ou le te fais exposer,pour ce que il est en langue florentine souuerainement dicte.La orras aultre [fol. 101 vo. a] propos mieulx fondé, plus soubtilment,(ne te desplaise) et ou plus tu porrasprofiterque entonRomant de la Rose, et cent fois mieulx composé, ne il n’y860comparoison (ne t’en courouces ia). Tu dis que Genius nepermet mie paradis aux folz amoreux.Response.Dyableslifeist promettre quant il n’est mie a lui aliurer. Maistu dis que dame Eloquence lui met sus. Et il parle, ce dis tu,de ceulx qui excerciteront bonnement les oeuures de nature.865Response.Or viens tu a mon propos (dieux mercis!)Vraiement il n’y met ne bonnement ne mauuaisement mais simplementceulz qui excerciteront lessusdictesoeuures. Et disque ce n’est mie toutunce faire bonnement, et estre folamoreux.Response.De ce [faire] bonnement ne parla il870oncques en ce pas. Mais ie te dis que ce est pis estre luxurieuxen plusieurs lieux, comme il veult enseigner, que estre fortamoreux en un seul lieu. Tu dis que NatureetGenius n’enortentpas estre fol amoureux, mais ilz enortent suiure lesœuures susdictes, lesquelles sont licites aux fins amoureux.875Response.Doncques veulx tu dire, puis que nature nel’enorte, que estre fort amoureux est contre nature, laquellechose n’est mie (sauue ta grace). Mais puis que il dit que ilzsont licites aux fins, il conuendroit sauoir en quelmanierelesconuient affiner. Tu dis que ce est pour continuer l’espece880humaine, et pour laissierlemauuais pechié que on ne doitnommer.Response.Sans cause se debat tant de ce, car(dieux mercis!) elle nedeffaultpoint,et estchose gastee etfoie d’amonnester l’iaue que ellevoise son cours. Ne l’autrepechié qu’il veult dire n’est point renommé en France, dieux885soit louez! Il n’en conuient ia mettre tel [fol. 101 vo. b] [m]ozen bouche de nullui. Tu dis que combien que tu n’oses, nevueilles dire que excerciter la dicte oeuurehorsmariage ne soitpechés.Responses, sans passer oultre. Voire mais dieuxscet que toy et d’aultres disciples comme toy (qui l’ossast890dire) en pensses. Mais il s’en fault taire et pour cause.Toutefois ce dis tu: “Est il permis en mariage?”Response.Dieux en soit louez, ce sauons nous bien. Touteffoisne l’exprime point le liure de la Rose en nul endroit en tellemaniere. Mais tu veulz dire que ainsi l’entendi maistre Jehan895de Meun, quant il dist ou chappitre de la Vieille cestui mot:pour ce sont fais les mariages par le conseil des plus sages pouroster dissolucion.[127]Response.Tu le me vas querre biensloings et meines a propos ce qui est dit bien hors propos. LaVieille ne preschoit mie a Bel Acueil de mariage. Elle s’en900gardoit moult bien, ne chose que elle die ne tourne a bonnefin. Et si croy que maistre Jehan de Meun ne fist point dire aelle ce mot pour louer mariage, car ce n’estoit mie son office.Et te souuiengne que tu as dit aultre part que ce n’estoit pasMeun qui parloit, ce faisoient les parçonnages chascun en son905office. Mais c’estoit il qui dist ce bon mot, et ce n’estoit il miequi parloit ou chapistre du Jaloux. Et ainsi as ton dit et tondesdit, et est bien loings du propos de Genius dont nousparlons,lequel ne pensa oncques a mariage, le bon homme. Etaussi n’est ce mie ton oppinion, se dieux m’aïst, quoy que tu910dies. Et encore pour ce que tant t’efforces de excuser Meun,et veulx gloser que ce vouloit il [fol. 102 a] entendre que onpeust excerciter la dicte oeuure licitement au moins en mariage,vient trop mal a propos que en cel estat on doie tant excerciterl’euure etsidiligentment; et il tant et si excessiuement915blasme la vie que ildist estre en mariage quant il dist, quetanty a de contencion que il n’est nul tanty eust grant voulontéquine s’en deust tirer arriere qui le croiroit. Et ainsi seroientmal continuez ces oeuures. Il deust auoir loué l’estat ou l’enles doit faire, pour donner appetis a chascun que il si meist,920maisfaittoutle contraire. Si est trop mal a propos,ne iln’appertque il l’entende en celle guise. Et toy mesmes, pourmieulx amender la besoingne, dis ensuiuant bien a propos delouermariage, pour confermer que pour ce le dist il que SaintAugustin dist: “Qui est sans femme espousee, il pense aux925choses de dieu pour lui plaire, mais cellui qui y est ioint parmariage pensse les choses qui sont du mondepour plaire a safemme,” dont tu dis aprés que ce as tu dit pour ceulx quiveullent reprendre par leur langage sans raison aucteur,quelqu’il soit notable et non repris par auant. Si as tresbien930prouué que maistre Jehan de Meun, quant il tant parloit deexcerciter l’oeuure de nature, que il l’entendoit en mariage.Dieux! comment est ce bien prouué? Voireainsi comme ditle prouerbe commundesglosesd’Orliens qui destruisent letieuxte.935Encore ne te peux tu taire et fais uneaultregrant narracionpour tousiours excuser ton bon maistre. Mais ie nepense [fol. 102 a] mie a tout relatermot a mot. Car tropm’anuieroit etia anuyede tant parler de cestui propos; etaussi tout vient assez a une fin. Tu dis que pour ce que940chascun n’a pas leu le liure de la Rose, tu reciteras lespropresmoz de Genius comme ilz sont ou liure. Si en recitesvoirement pluseurs de ceulx propres que il dit, mais tu entrespasses assés et vas cueillant ça et la ceulz qui mieulx teplaisent, et n’as talent de mettre arriere le bienque il dit945parmi le mal. Tu n’oblies mieque il dit que on rende l’autruyqui l’a, et que on soit piteux et misericors et telz choses.Voire, et que on face les oeuures dieu, de par dieu, et on yraen paradis! Je croy que il vouloit suiure l’ordre et la sectedes turlupins et ainsi mesloit venin auec miel et doulce liqueur950auec fiel,ve lale bien qui y est.Je ne sçay a quoy tant nous debatons ces questions, carie croyquetoy ne moy n’auons taillent de mouuoir nozoppinions. Tu dis qu’il est bon; je dis qu’il est mauuais. Orme solzquisoit bon; et quant toy auec tes autres complices955arez assez debatu par voz soubtilz raisons et tant poures faireque mal soit bien, jecroirayque leRomant de la Rosesoit bon.Mais je sçay bien que il est propre a ceulx qui veulentmalicieusement viure et mieulx eulx garder d’aultrui que ilz neveulent que aultrui segart de eulx, mais a ceulx qui veulent

les ydoles. Etaussile pot il dire par prophecie, car mieulz

nous vault le meffait de Judas que le bienfait de Judichqui

occist Holophernes, ou d’une autre femme. Mais tu dis

660merueilles aprés, car tu affermes vrayement que ie les blasme

plus qu’il ne fait, quant ie dis que, se on lisoit le liure de la

Rose deuant les roynesouprinceces, que il leur conuendroit

couurir la face de honte rougie. Et puis si respons pourquoy

rougiroient? Il semble que elles se tendroient pour coulpables

665des vices que le Jaloux recite des femmes. Ha! dieux!

que c’estbiendit etbienraporté! Tu ne te fais point de

honneur de raporter chose que le contraire puist estre prouué.

C’est mal estudié quant ie disoie que aux dames conuendroit

couurir la face de honte rougie. Ce n’estoit point pour les

670paroles du Jaloux, ainçois dis [je], d’ouir les orribletés qui sont en

la fin tant abhominables, de quoy ie disoie a quoy puet[estre

bone telle lecture qui honnestement ne puet]estre leue en

leur presence, et de dire que elles en rougiroient. Je ne les

blasme de riens, ains les loe d’auoir la chaste [fol. 99 vo. b]

675vertu de honte.

Tu respons aprés a dame Eloquence, pour ce que il est

contenu en sa complainte, les diffamacions et vituperes que

maistre Jehan de Meun raconte de religion, et dis qu’il ne la

blasma mie. Et vraiement ie te responsque, (sauue ta grace)

680car comme ilfustdiffameur publique, il la diffame excessiuement

et sans riens excepter, et bien le scet entendre le bon

catholique de tresreligieuse voulenté qui bien en scet le tort

reprendre, et de ce m’attens a lui, car il ne touche au propos

de ma premiere epistre. Et comme tu mesmes dis que ie te

685puis dire, ettu puisdire voir, tu recites les bonnesparolles

et les vas cueillant ainsi comme il te plaist a ton propos et

laisses les mauuaises. Se l’enortement dont dame Eloquence

se plaint de l’enseignement de prendre le chastel de Jalousie,

dont elle dit qu’il vouloit bouter chasteté hors de toutes

690femmes, tu en fais merueilleuse response en ce que tu dis

que ce est pour auiser les gardes de mieulx estouper leslieux,

ou il peut estre pris, ou d’y mettre meilleurs gardes. Et puis

tu dis que en toutes manieres de guerres les assaillans ont

l’auantage, mais que ilz en soient auisiez. Or parlons un

695petit des guerres a l’auenture entre toy et moy. Je te dis

qu’il est aucune maniere de guerre que les assaillans ont

l’auantaige; et sces tu quant c’est? Quant le capitaine ou

le conduiseur est plus malicieux et duit de guerre, et il a a faire

a foible partie et simple, non usagee de guerre. Encore y

700a il un autre point [fol. 100 a] qui souuentnuitaux deffendeurs,

(supposé que ilz soient fors):c’esttrahison ou faulx

blandissement de ceulx mesmes, en qui ilz se fioient. Par ce

fut pris jadis le fort chastel de Ylion. Et du chastel assailli

ne saroies tu ne aultre conseillier comment les pertuis de

705traison seroient estoupez, car ilz sont trop couuers. Maistre

Jehan de Meun enseigne comment le chastel de Jalousie sera

assailli et pris. Il ne fait point afin que les deffendeurs

estoupent les pertuis, car il ne parle point a eulx, ne il n’est de

leur conseil, ains conforte et enorte les assaillans entoute

710maniered’assault; ainsi comme se ie te conseilloie la maniere

devaincreton anemi, ce ne seroit mie afin qu’il se gardast de

toy.Et setu veulx dire il ne l’enseigne pas, mais il dit comment

ilfupris, ie te dis que qui raconteroit une malicieuse

maniere de faire faussemonnoyeou comment on l’aroitfaite,

715il l’enseigneroit assez, dont ie dy certainement que il ne le fist

a aultre fin fors pour entroduire les assaillans.

Apres tu dis ce, dont tu te prens trop bien au las, se le

vouloies considerer quant tu ameines Ouide de l’Art d’Amours

a ton propos. Etencorelapreuues, dont ie te sçay bon gré,

720quant tu dis que a tort en fu exillé. Tu dis que quant Ouide

l’escript, ce fu en latin, lequel n’entendoient femmes; et que

il le bailla la seulement aux assaillans pour apprendre a assaillir

le chastel, et c’estoit la fin de son liure, mais la jalousie des

Romainstresenormel’[e]xilla sans raison pour celle cause,

725comme tu [fol. 100 b] dis. Sans faille il me semble, se te

fussezbienauisé, n’amennasses ja cellui Ouide de l’Art

d’Amours en place pour excusacion de ton maistre. Mais de

tant le peux tu bien faire, que c’est le pur fondement et principe

de ce liure de la Rose, lequel est mirouer et exemple de

730bien et chastement viure, ainsi comme il l’a pris ou dit Ouide

qui d’aultre chose ne parle fors de chasteté. Ha dieux! comme

il appert que ta pure voulenté aveugle ton bon sens, quant tu

dis que sans causefuexillé! Voire que les Romains, lesquelx

gouuernoient tous leurs fais par polixie souuerainement ordenee,

735en cellui temps le chacierent a tort comme tu dispour

cause de jalousie. Et comme tu disaprésque Meun ne mist

pas en son liure tant seulement l’Art d’Amours que Ouide fist,

mais beaucop d’aultres aucteurs, doncques par ta raison

mesmes est prouué que Meun parle aux assaillans comme

740Ouide que il prent. Mais tu dis que, de tant comme il recite

diuerses manieres d’assaillir, de tant auise il plus les gardes

du chastel de eulx deffendre. Voirement fait ainsi comme qui

t’assauldroitpour toy occire, (dont dieux te gart) il t’aprendroit

comment tu te deuroies deffendre. Il teseroitgrant

745courtoisie, bien l’en deuroies mercier. Au moins ne peus tu

nyer que il n’enseigne a faire mal aux assaillans, foibles ou

fors que soient li deffendeur.

Encore ne meveulxie mie taire que tu dis, par jalousie et

sans raison fu exillé Ouide, quant les sages Romains virent et

750apperceurent la peruerse doctrine et le venim engoisseux

apresté [fol. 100 vo. a] pour lancier es cuers des jeunes a les

attraire a dissolucion et oiseuse, et les engins tendus a deceuoir,

prendre, suborner, et soubztraire la virginité et chaasteté

de leurs filles et femmes, eulx a bonne cause dolens de telle

755doctrine semencé[e]. Adonc pour pugnicion voire plus piteuse

que souffisante exillerent l’aucteur de telle doctrine. Et n’est

pas doubte que son liure ardirent, ou le porent trouuer. Mais

de male plante demeuretoudisracine. Ha! liure mal nommé

Art d’Amours; car d’amours n’est il mie, mais art defausse,

760malicieuse industrie de decepuoir femmes puet il bien estre

appellez. C’est belle doctrine! Est ce donc tout gaigné

que de bien decepuoircesfemmes? Qui sont femmes? Qui

sont elles? Sont ce serpens, loups, lyons, dragons, guieures,

ou bestes rauissables deuourans et anemies a nature humaine

765qu’il conuiengne faire art a les decepuoir et prendre? Lisez

donc l’Art.Apprenez donca faire engins, prenez les fort,

deceuez lez, vituperez les, assailliez ce chastel, gardez que

nulle n’eschappeentre vous hommes et que tout soit liuré a

honte! Et, par dieu! si sont elles voz meres, vos suers, voz

770filles, voz femmes et voz amies, elles sont vous mesmes et

vous mesmes elles; or les deceuez assez, car il vault trop

mieulx, beaumaistre, deceuoir, etc.

Je me ris de ce que tu dis que tu as presté ton liure de la

Rose a un homme fol amoureux pour soy oster de fole amour,

775lequelluia ia tant prouffité que tu lui as ouy iurer sa foy que

c’est la chose qui plus lui a aidié a s’en oster, et tu dis que ce

as tu dit pour ce queiedis a la fin de mon epistre, quans en

sont deuenus hermites?Response.Et ie te promet, [fol. 100

vo. b] se tu eussesapprestéa ton ami .i. liure des

780deuocions Saint Bernart ou aucune bone legende introduisant a

sauuement et a demonstrer, qu’il n’est que une seule amour

bonne en laquelle on doit fichier son cuer et son affection en la

maniere que philosophie le demonstre,a Bouece, ou a aultre

chose semblable, tu lui eusses mieulx fait son profit. Mais

785prens toy garde que ne luiaiesbailliél’instrument pour soy

oster de la chaleur du soleil et soy gitter en une fournaise toute

enbrasee. Et je te diray un aultre exemple sans mentir,

puis que nous sommes es miracles duRomant de la Rose.

J’ay ouy dire, n’a pas moult, a un de tes compaignons de

790l’office dont tu es et que tu bien cognois et homme d’auctorité,

que il cognoist un homme marié, lequel adioste foy auRomans

de la Rosecomme a l’euuangile. Cellui est souuerainement

jaloux, et quant sa passion le tient plus aigrement, il va

querre son liure etlitdeuant sa femme, et puis fiert et frappe

795sus et dit orde telle comme quelle. Il dit: “Voir que tu me

fais tel tour, ce bon sage homme maistre Jehan de Meun

sauoit bien que femmes sauoient faire.” Et a chascun mot

qu’il treuue a son propos il fiert un cop ou .ii. du pié ou de la

paume. Si m’est auis que quiconques s’en loue,cellepoure

800femme le compare chier.

Il m’anuye moult si grant prolixité de langage. Car

comme anuy est a moy mesmes, suppose que pourra estre aux

lisans. Mais pour ce que il me conuient repliquier les choses

proposees, [fol. 101 a] aultrement ne seroit entendable,m’en

805estuetesloingnier ma matiere, si me soit pardonné de qui le

tendra a anuy.

Encore ne tepeuxtaire de la Vieille, et dis que quant elle

parle a Bel Accueil, elle lui dit auant le cop: “ne vous vueil

pas enamoursmettre, mais se vous en voulez entremettre je

810vousmonstreray voulentiers, etc.”[124]Et puis siditque elle

lui presche afin qu’il ne soit deceuz.[125]Response.Vray dieux!

comment est ce malicieuse maniere de deceuoir—demonstrer

que ce que on fait et dit, quelque mal que ce soit, que c’est

abonnefin, et a cause bonne! Car il n’est si simple, se il

815apperceuoit la deceuancequ’ilnes’engardast. Si la fault

couurir par cautelle, et le droit tour du malicieux deceueur

est commencier langaige par bonne introite pour mieulx parfurnir

son malice. Si n’est point de excusance en ceste partie

ce que tu as mis auant. Tu dis s’il y a riens mal dit et a

820diffame du sexe femmenin que il n’en est que reciteur des

aultres aucteurs.Response.Je sçay bien que il n’est mie

le premier qui ait mal dit, mais il l’acroist, quant il le recite.

Tu dis que ce estoit pour plusenseignerles parties a garder

le chastel.Response.Le mal amonnesté et loué a faire

825n’est mie a supposer que ce soit affin que ons’engard. Tu

dis que il le fist aussi pour suiure la matiere maistre Guillaume

de Lorris.Response.Cellui quisuitle fouruoyé ne fait mie

a excusersi seforuoye. Tu dis que en ce faisant parle de

toutes choses en leur estat au proffit de creature humaine, tant

830[fol. 101 b] a l’ame comme au corps.Response.Onne

l’oitpoint parler en comun de toutes choses en leur estat, et

aussi il parle de pluseurs autrement que leur estat et au dommage

de l’ame et du corps, comme il est ia prouué. Tu dis

que pour ce parla il de paradis et des vertus pour les suiuir, et

835les vices pour les fuir.Response.Voire mais il dit que

vices sont vertus, quant parcesparsonnages il loue mal faire

comme il est dit. Et de vertus fait vice, quant il dit tant de

vitupere et doloreux mal de l’ordre de mariage, lequel est saint

et aprouué, et d’aultres bons estas semblablement que il

840diffame generaument. Et mal parle de paradis, quant il

dit (combien que ce soit par moz un pou enuelopez, mais

autant vault a dire) que les luxurieux yront en paradis.[126]Et

ce fait il dire a Genius lequel escomenie de sa puissance, qui

est nulle, ceulx qui neexcercitentl’oeuure de nature. Et les

845vices enseigne plus proprement que il ne fait les vertus. Tu

dis que, de tant comme il parle de vices et de vertus d’enfer et

de paradispres a présl’unde l’autre, monstre il plus la beatitude

des uns et la laidure des aultres.Response.La

beatitude de paradis ne monstre il mie, quant ildistque les

850malfaicteurs yront. Et pour ce mesle il paradis auec les

ordures dont il parle pour donnerplusgrantfoy a son liure.

Mais se mieulx veulx ouir descripre paradis et enfer et par

plus soubtilz termes et plus haultement parlé de theologie

plus proffitablement, plus poetiquement, et de plusgrant

855efficace, lis le liure que on appelle le Dant, ou le te fais exposer,

pour ce que il est en langue florentine souuerainement dicte.

La orras aultre [fol. 101 vo. a] propos mieulx fondé, plus soubtilment,

(ne te desplaise) et ou plus tu porrasprofiterque en

tonRomant de la Rose, et cent fois mieulx composé, ne il n’y

860comparoison (ne t’en courouces ia). Tu dis que Genius ne

permet mie paradis aux folz amoreux.Response.Dyables

lifeist promettre quant il n’est mie a lui aliurer. Mais

tu dis que dame Eloquence lui met sus. Et il parle, ce dis tu,

de ceulx qui excerciteront bonnement les oeuures de nature.

865Response.Or viens tu a mon propos (dieux mercis!)

Vraiement il n’y met ne bonnement ne mauuaisement mais simplement

ceulz qui excerciteront lessusdictesoeuures. Et dis

que ce n’est mie toutunce faire bonnement, et estre fol

amoreux.Response.De ce [faire] bonnement ne parla il

870oncques en ce pas. Mais ie te dis que ce est pis estre luxurieux

en plusieurs lieux, comme il veult enseigner, que estre fort

amoreux en un seul lieu. Tu dis que NatureetGenius n’enortent

pas estre fol amoureux, mais ilz enortent suiure les

œuures susdictes, lesquelles sont licites aux fins amoureux.

875Response.Doncques veulx tu dire, puis que nature ne

l’enorte, que estre fort amoureux est contre nature, laquelle

chose n’est mie (sauue ta grace). Mais puis que il dit que ilz

sont licites aux fins, il conuendroit sauoir en quelmaniereles

conuient affiner. Tu dis que ce est pour continuer l’espece

880humaine, et pour laissierlemauuais pechié que on ne doit

nommer.Response.Sans cause se debat tant de ce, car

(dieux mercis!) elle nedeffaultpoint,et estchose gastee et

foie d’amonnester l’iaue que ellevoise son cours. Ne l’autre

pechié qu’il veult dire n’est point renommé en France, dieux

885soit louez! Il n’en conuient ia mettre tel [fol. 101 vo. b] [m]oz

en bouche de nullui. Tu dis que combien que tu n’oses, ne

vueilles dire que excerciter la dicte oeuurehorsmariage ne soit

pechés.Responses, sans passer oultre. Voire mais dieux

scet que toy et d’aultres disciples comme toy (qui l’ossast

890dire) en pensses. Mais il s’en fault taire et pour cause.

Toutefois ce dis tu: “Est il permis en mariage?”Response.

Dieux en soit louez, ce sauons nous bien. Touteffois

ne l’exprime point le liure de la Rose en nul endroit en telle

maniere. Mais tu veulz dire que ainsi l’entendi maistre Jehan

895de Meun, quant il dist ou chappitre de la Vieille cestui mot:

pour ce sont fais les mariages par le conseil des plus sages pour

oster dissolucion.[127]Response.Tu le me vas querre biens

loings et meines a propos ce qui est dit bien hors propos. La

Vieille ne preschoit mie a Bel Acueil de mariage. Elle s’en

900gardoit moult bien, ne chose que elle die ne tourne a bonne

fin. Et si croy que maistre Jehan de Meun ne fist point dire a

elle ce mot pour louer mariage, car ce n’estoit mie son office.

Et te souuiengne que tu as dit aultre part que ce n’estoit pas

Meun qui parloit, ce faisoient les parçonnages chascun en son

905office. Mais c’estoit il qui dist ce bon mot, et ce n’estoit il mie

qui parloit ou chapistre du Jaloux. Et ainsi as ton dit et ton

desdit, et est bien loings du propos de Genius dont nousparlons,

lequel ne pensa oncques a mariage, le bon homme. Et

aussi n’est ce mie ton oppinion, se dieux m’aïst, quoy que tu

910dies. Et encore pour ce que tant t’efforces de excuser Meun,

et veulx gloser que ce vouloit il [fol. 102 a] entendre que on

peust excerciter la dicte oeuure licitement au moins en mariage,

vient trop mal a propos que en cel estat on doie tant excerciter

l’euure etsidiligentment; et il tant et si excessiuement

915blasme la vie que ildist estre en mariage quant il dist, quetant

y a de contencion que il n’est nul tanty eust grant voulonté

quine s’en deust tirer arriere qui le croiroit. Et ainsi seroient

mal continuez ces oeuures. Il deust auoir loué l’estat ou l’en

les doit faire, pour donner appetis a chascun que il si meist,

920maisfaittoutle contraire. Si est trop mal a propos,ne il

n’appertque il l’entende en celle guise. Et toy mesmes, pour

mieulx amender la besoingne, dis ensuiuant bien a propos de

louermariage, pour confermer que pour ce le dist il que Saint

Augustin dist: “Qui est sans femme espousee, il pense aux

925choses de dieu pour lui plaire, mais cellui qui y est ioint par

mariage pensse les choses qui sont du mondepour plaire a sa

femme,” dont tu dis aprés que ce as tu dit pour ceulx qui

veullent reprendre par leur langage sans raison aucteur,

quelqu’il soit notable et non repris par auant. Si as tresbien

930prouué que maistre Jehan de Meun, quant il tant parloit de

excerciter l’oeuure de nature, que il l’entendoit en mariage.

Dieux! comment est ce bien prouué? Voireainsi comme dit

le prouerbe commundesglosesd’Orliens qui destruisent le

tieuxte.

935Encore ne te peux tu taire et fais uneaultregrant narracion

pour tousiours excuser ton bon maistre. Mais ie ne

pense [fol. 102 a] mie a tout relatermot a mot. Car trop

m’anuieroit etia anuyede tant parler de cestui propos; et

aussi tout vient assez a une fin. Tu dis que pour ce que

940chascun n’a pas leu le liure de la Rose, tu reciteras lespropres

moz de Genius comme ilz sont ou liure. Si en recites

voirement pluseurs de ceulx propres que il dit, mais tu en

trespasses assés et vas cueillant ça et la ceulz qui mieulx te

plaisent, et n’as talent de mettre arriere le bienque il dit

945parmi le mal. Tu n’oblies mieque il dit que on rende l’autruy

qui l’a, et que on soit piteux et misericors et telz choses.

Voire, et que on face les oeuures dieu, de par dieu, et on yra

en paradis! Je croy que il vouloit suiure l’ordre et la secte

des turlupins et ainsi mesloit venin auec miel et doulce liqueur

950auec fiel,ve lale bien qui y est.

Je ne sçay a quoy tant nous debatons ces questions, car

ie croyquetoy ne moy n’auons taillent de mouuoir noz

oppinions. Tu dis qu’il est bon; je dis qu’il est mauuais. Or

me solzquisoit bon; et quant toy auec tes autres complices

955arez assez debatu par voz soubtilz raisons et tant poures faire

que mal soit bien, jecroirayque leRomant de la Rosesoit bon.

Mais je sçay bien que il est propre a ceulx qui veulent

malicieusement viure et mieulx eulx garder d’aultrui que ilz ne

veulent que aultrui segart de eulx, mais a ceulx qui veulent


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