Pour ce qu’il plest a dame Envie,Est sur les autres establySon procurour et son espie,3490De qui deceipte et felonieOnt maint prodhomme esté trahy.Du Fals semblant la bele chereOdibles est et semble chiere;Du bien parole en mal pensant,La chose doulce fait amere,L’avant fait tourner en derere,Si fait le blanc en noir muant:Trop est son oignt au fin poignant,Du venym mordt en son baisant,3500Et en plourant rit la trichere.Ostour en penne de phesant,Ne poet faillir en mal fesantQue sa malice au fin ne piere.Ce dist Tulles, qu’il n’est dolourD’aucun tort fait, qui soit peiour,Comme est quant l’en deceipte pensePar coverture interiour,Et par semblant exteriourDu bon amour fait apparence.3510Ce parust bien d’experience,Quant Judas fist la reverenceBaisant la bouche al salveour;C’estoit d’amour bonne evidenceDehors, mais deinz sa conscienceLy semblant fuist d’un autre tour.Pour Fals semblant a droit servir,Sa miere Envie ad fait venirBilingues, q’ad en une testeDeux langues pour les gens trahir.3520N’est qui s’en poet contretenir,Tant ad coverte sa tempeste;Car d’une langue piert honesteAl oill, que tout du joye et festeParolt, mais l’autre en soy tapirFait sa malice deshoneste,Dont plus q’escorpioun agresteFait sa pointure au fin sentir.Du double langue la paroleTrop semble debonaire et mole;3530Mais tant est dur, ce dist ly sage,Que tresparmy le ventre voleAu cuer, dont maint prodhomme affole,Ainçois qu’ils scievont son langage.Ses ris q’om voit du lée visageSont mixt de doel deinz le corage,Dont puis les innocens tribole:A celle urtie q’est salvageResemble, que gist en l’ombrageMuscée dessoutz la primerole.3540Plus quenul oile par semblantSont mol ly dit du Fals semblant,Solonc David, mais pourvoirdireIls sont come dart redd et trenchant.Tiel envious de son vivantEst monstre horrible pour descrire:Face ad d’un homme, qui le mire,Mais du serpent la coue tireOve l’aiguiloun dont vait poignant;Du tiel venym le fait confire,3550Que nul triacle poet suffireGarir le mal au languisant.Ce dist Sidrac, que doulcementLe harpe sonne, et nequedentLa langue mole au losengour,Quant faire en voet deceivement,96Sonne asses plus deliementA celuy q’en est auditour.Ly sages dist, que blandisourQui suef favelle par doulçour3560Est un droit las al innocent,Dont sont attrapé ly plusour:Quant l’en meulx quide avoir honour,De sa parole plus y ment.Du Fals semblant om poet escrire,Qu’il est semblable pour descrireAu Mirre, quedu bon odourDelite et au gouster enpire;Car l’en ne trove en nul empireRacine, gumme ne liquour,3570Que d’amertume soit peiour:Ensi du traitre losengourMolt sont plesant au dame et sireLes ditz, mais puis au chief de tourLuy fait convertont en dolour,Dont pardevant les faisoit rire.Qui les oisealx deçoit et prentMoult les frestelle gaiement,Dont en ses reetz les porra traire;Et ensi ly bilingues tent3580Ses reetz, quant il plus belementParole pour les gens desfaire.He, vice al oill tant debonnaire,Tu as du joye le viaire,Et le penser come mort dolent:Tu es la reule de contraire,Le beau solail q’en toy s’esclairePar toy s’esclipse trop sovent.Ly sages dist quenuls s’affieEn celluy, qui par sophistrie3590Parole, siquenuls l’entent;Car tiel a dieu ne plerra mie,Si est odible en ceste vieEt pert les graces du present.f. 24Maldit soiont tout tiele gent,Ce dist ly sages ensement;Et ly prophete auci dieu prie,Qu’il perde et mette a son tourmentLa langue que si doublementTrestous deçoit par tricherie.3600Dieus par Baruch nous dist cela:‘Way soit a l’omme et way serra,Qui donne a boire a son amy,Le quel du fiel se mellera,Dont puis quant l’autre enyvrera,Sa nuetée verra parmy;Que despuillez et escharnyDe ce serra plus malbailly,Dont il sa gloire plus quida.’Mais double lange, atant vous dy,3610Si du fiel ne soit myparty,Jammais parole ne dirra.David demande en son psalter,Q’est ce que l’en pourra donnerAu langue double en resemblance:Si dist q’om le doit resemblerA la saiette agu d’acier,Que du main forte vole et lance;Dont riens poet avoir contrestance,Ainçois tresperce et desavance3620Le corps en qui la fait lancer:Ensi ou plus sanz arestanceLy langue double en sa parlancePlusours en fait desavancer.97Auci David nous essamplantLa langue double est resemblantAu vif carbon de feu q’espart;Qui bruit soy mesmes tout avant,Et sur les autrez puis s’espant,Qui sont decoste luy a part:3630Car langue double de sa partPlus quecarbon enflamme et artCeulx q’envers luy sont enclinant;Mais pource q’ensi se departDe dieu, au fin avra le hartDe l’enfernale paine ardant.Les mals du double lange ensiDescrist ly sages, que par luySont gens paisibles perturbez,Et les fortz chastealx enfouy,3640Et les cités murés auciDestruit, et les vertus ruezDu poeple, et les plus fortz tuez:98Tant fait par ses soubtilités,Que nuls en poet estre garny.De les tresclieres matinéesTrop fait obscures les vesprées;C’est cil qui n’est ne la ne cy.Au langue double en malvoistéPerest un autre associé,3650Qui Falspenser om est nommant:L’un est a l’autre tant secré,Que l’un sanz l’autre en nul degréVoet dire ou faire tant ne quant.Ly tiers y est, q’en leur garantSovente fois se met avant;Cil par droit noun est appelléeDissimulacioun, qui tantSciet les faintises de truant,Dont maint prodhomme sont guilée.3660Cist trois se sont d’un colour teint,Et par ces trois furont ateintLy frere q’ont Josep deçu:Trop fuist leur cuer d’envie peint,Quant ont ensi leur frere enpeintEn la cisterne et puis vendu:Mais Job, q’estoit l’amy de dieu,Dist que penser de mal estruDieu le destruit, q’au fin ne meint.Ce parust bien en mesme lieu:3670Josep fuist sur Egipte eslieu,99Quant tous si frere sont destreint.Des tous pecchés qui sont dampnableLy fals pensiers est connestableEn l’avantgarde au Sathanas,Et fait que l’alme en est menable100Ove mainte vice abhominableEncontre dieu; mais tu orrasComme ly prophete MicheasDist, ‘Way te soit, qui pensé as3680Du chose q’est descovenable’:Et David dist, s’ensi le fras,Des tes pensers tu descherras,Solonc quetu en es coupable.Par Jeremie dieu diviseLe vengement, q’en aspre guiseAu malpenser envoiera,Q’est d’indignacioun espriseComme fieu, quejammais pour l’enpriseDu Falspenser n’exteignera:3690Car comme ly cuers d’envie estaToutdis ardant, ensi serraDu Falspenser la paine assisse.Trop pourra penser a celaQui soy coupable en sentira,101Quant fin n’ara de sa juise.La discripcioun d’Envie proprement.D’Envie ce sont ly mestier:Son proesme a detrahir primer,Et s’esjoÿr de l’autry mals,Et doloir sur le prosperer3700De ses voisins, queux supplanterSes paines met et ses travals;Et par semblant q’est feint et falsSe fait secré d’autry consals,Et puis le fait aperticer,Dont les meschines et vassals,As queux se fist amys corals,Fait en la fin deshonorer.Uns clers d’Envie ensi commente,Si dist que celle est la serpente3710Que plus resemble a son fals piere:Car nuyt ne jour son cuer n’alenteSur l’autry mal, ainz atalenteTout autry bien mettre a derere:102C’est du malice la marchiere;C’est le challou deinz la perriere,103Qui porte fieu deinz son entente;C’est le rasour qui nous fait rereLa barbe contre poil arere,Que jusq’al oss prent sa descente:3720C’est celle urtie mal poignant,Que d’amertume vait bruillantLa rose qui luy est voisine;C’est ly serpens toutdis veillant,Q’en l’ille Colcos fuist gardantLe toison d’orr, dont par covine,Q’en fist Medea la meschine,104Jason de sa prouesce finePortoit grant pris en conquestantMalgré la geule serpentine.3730He, false Envie malvoisine,Comme tu par tout es malvuillant!Envie est cil dragon mortiel,Ove qui l’archangre seint Michel,Sicomme l’apocalips devise,Se combatist, pour ce q’en oelL’amour accusoit fraternel,Et volt pervertir en sa guise;Mais dieu en ad vengance prise105Par son saint angre, q’il molt prise,3740Qui le dragon malvois et vielVenquist tanq’au recreandise,Et luy ruoit del halte assisseBass en enfern perpetuel.Envie d’omme resonnableDe son venym est resemblableAu Basilisque en sa figure;Q’est uns serpens espoentable,Sur toutes bestes plus nuisable,Q’estaignt et tolt de sa nature3750Du fuil et herbe la verdure:En tous les lieus u qu’il demureRiens est qui soit fructefiable.Ensi d’Envie la sufflure,Honour, bonté, sen et mesureDe ses voisins fait descheable.Envie par especialSur tous mals est desnatural,Car si trestout ussetz donné,Et corps et biens en general3760A l’envious, cil au finalDu mal t’ara reguerdonné.He, envious cuer maluré,Ne scies comme dieus t’ad commandéD’amer ton anemy mortal?Et tu ton bon amy en héeSanz cause tiens trestout du grée.Respon, pour quoy tu fais si mal.Sicomme du lepre est desforméEn corps de l’omme la beuté,3770Ensi de l’alme la figureEnvie fait desfiguré.Ly sages l’ad bien tesmoigné,Q’Envie fait la purretureDes oss a celuy qui l’endure.He, vice, comme peres oscure!Tu as ce deinz le cuer muscé,Dont le corage est en ardure,Que nuyt et jour a demesure,En flamme met ton fals pensé.3780Dedeinz la bible ensi je lis,Q’om solt la lepre gent jadisDe la Cité forainementFaire habiter es lieus sultis:Mais pleust a dieu et seint Denys,f. 25Que l’en feist ore tielementDe l’enviouse male gent;Siqu’ils fuissent souleinementEnhabité loign du païs.Prodons du deable se defent,3790Mais noun d’Envie aucunement;Ensi valt l’un de l’autre pis.En ces trois poins Roy SalomonD’Envie fait descripcioun,Disant q’Envie ad l’oill malvois,Et bouche de detraccioun,Ove pié de diffamacioun:N’est pas sanz vice q’ad ces trois.Qui list jadis de les fortz RoisLes crualtés et les desrois,3800Sur tous tourmens ly plus feloun,106Dont cil tirant furont destrois,C’estoit Envie ove le surcrois,Comme dist Orace en sa leçoun.Ly mons Ethna, quele art toutdiz,Nulle autre chose du paiisForsquesoy mesmes poet ardoir;Ensi q’Envie tient ou pis,En sentira deinz soy le pis.107A ce s’acorde en son savoir3810Ly philesophre, et dist pour voirQ’envie asses plus fait doloirSon portour, qui la tient saisis,Que l’autre contre qui movoirSe fait, car l’un matin et soirLa sente, et l’autre en est guaris.108Au maladie q’est nomméEthike Envie est comparé.C’est un desnaturel ardour,Que deinz le corps u s’est entré3820De son chalour demesuréArst comme ly fieus dedeinz le four;Dont ensechist du jour en jourLe cuer ove tout l’interiour,Que dieus en l’alme avoit posé;Siqu’il n’y laist du bon amourNeis une goute de liquour,Dont charité soit arousée.Envie ensur tout autre viceEst la plus vaine et la plus nice:3830Sicomme ly sages la repute,Envie est celle peccatrice,Qes nobles courtz de son officeDemoert et est commune pute.A les plus sages plus despute,109A les plus fortz plus fait salute,110Et as plus riches d’avaricePlus fait Envie sa poursute:A son povoir sovent transmuteL’onour d’autry de sa malice.3840Uns clers en son escript difineDisant: ‘N’est cil qui tant enclineAu deable sicomme fait Envie;La quelle a sa primere orineEn paradis fist la ruine,Dont abeissa la nostre vie.’He, quel aguait, quele envaïeNous faisoit lors de sa boidie,Q’elle ot muscé deinz sa peytrine!Et ore n’est ce point faillie;3850En tous paiïs la gent escrieQue trop endure sa covine.De les cink files de Ire, des queles la primere ad noun Malencolie.Si plus avant vous doie direDes filles qui se naiscont d’Ire,Cynk en y ad trop malurés,111L’une est malvoise et l’autre est pire:Way, pourra dire cel Empire,U que se serront mariés:Car plus persont desmesurésEn fais, en dis, et en pensés,3860Que nulle langue poet descrire.Peas, concordance et unitésOnt sur tous autres desfiés,Et plus les faisont a despire.La primere est Malencolie,C’est une file trop hastie,Que se corouce du legierPour un soul mot, si nuls le die,Voir d’une paile ou d’une myeSe vorra malencolier.3870Cil qui le voet acompaigner,Souffrir l’estoet sanz repleder,O tout laisser sa compaignie:Ne valt resoun pour l’attemprer,Car l’ire sourt deinz son penserComme du fontaine la buillie.Quant ceste fille prent seignour,Qui plus pres est son servitour,112En aese au paine vivera;Ainz chier compiert le grant irrour3880De luy, qui maintes fois le jourPour poy du riens l’avilera.Sovent sa maisoun troublera,Ses officers remuera:Sa femme n’ert pas sanz dolour,Car ja si bonne ne serra,Comme plus d’amer se penera,Tant meinz avra son bon amour.Malencolie en ire floteEt de discort tient la riote;3890Car pour le temps quel’ire dureNe luy plerra chançon ne note:Si tu bien dis, le mal en note,Si tu voes chald, il voet freidure,Quant tu te hastes, il demure,Ore est dessoutz, ore est dessure,Ore hiet et ore d’amour assote,Ore voet, noun voet; car sa mesurePlus est movable de natureQue n’est la chace du pelote.3900Malencolie en son bourdantSe melle ensi comme combatant,Car ire et jeu tient tout d’un pris:Quiques’en vait esparniant,S’il poet venir a son devant,Il fait a son povoir le pis.Ne sont pas sanz corous ses ris,Non sont sanz maltalent ses dis,Petit dura son beau semblant;Si rien vait contre son devis,3910Sovent enbronchera le vis;Plus est divers que nul enfant.A son fils ce dist Salomon,Q’en son hostell ne soit leounEn subvertant de sa moleste113Et sa familie et sa maisoun:
Pour ce qu’il plest a dame Envie,Est sur les autres establySon procurour et son espie,3490De qui deceipte et felonieOnt maint prodhomme esté trahy.Du Fals semblant la bele chereOdibles est et semble chiere;Du bien parole en mal pensant,La chose doulce fait amere,L’avant fait tourner en derere,Si fait le blanc en noir muant:Trop est son oignt au fin poignant,Du venym mordt en son baisant,3500Et en plourant rit la trichere.Ostour en penne de phesant,Ne poet faillir en mal fesantQue sa malice au fin ne piere.Ce dist Tulles, qu’il n’est dolourD’aucun tort fait, qui soit peiour,Comme est quant l’en deceipte pensePar coverture interiour,Et par semblant exteriourDu bon amour fait apparence.3510Ce parust bien d’experience,Quant Judas fist la reverenceBaisant la bouche al salveour;C’estoit d’amour bonne evidenceDehors, mais deinz sa conscienceLy semblant fuist d’un autre tour.Pour Fals semblant a droit servir,Sa miere Envie ad fait venirBilingues, q’ad en une testeDeux langues pour les gens trahir.3520N’est qui s’en poet contretenir,Tant ad coverte sa tempeste;Car d’une langue piert honesteAl oill, que tout du joye et festeParolt, mais l’autre en soy tapirFait sa malice deshoneste,Dont plus q’escorpioun agresteFait sa pointure au fin sentir.Du double langue la paroleTrop semble debonaire et mole;3530Mais tant est dur, ce dist ly sage,Que tresparmy le ventre voleAu cuer, dont maint prodhomme affole,Ainçois qu’ils scievont son langage.Ses ris q’om voit du lée visageSont mixt de doel deinz le corage,Dont puis les innocens tribole:A celle urtie q’est salvageResemble, que gist en l’ombrageMuscée dessoutz la primerole.3540Plus quenul oile par semblantSont mol ly dit du Fals semblant,Solonc David, mais pourvoirdireIls sont come dart redd et trenchant.Tiel envious de son vivantEst monstre horrible pour descrire:Face ad d’un homme, qui le mire,Mais du serpent la coue tireOve l’aiguiloun dont vait poignant;Du tiel venym le fait confire,3550Que nul triacle poet suffireGarir le mal au languisant.Ce dist Sidrac, que doulcementLe harpe sonne, et nequedentLa langue mole au losengour,Quant faire en voet deceivement,96Sonne asses plus deliementA celuy q’en est auditour.Ly sages dist, que blandisourQui suef favelle par doulçour3560Est un droit las al innocent,Dont sont attrapé ly plusour:Quant l’en meulx quide avoir honour,De sa parole plus y ment.Du Fals semblant om poet escrire,Qu’il est semblable pour descrireAu Mirre, quedu bon odourDelite et au gouster enpire;Car l’en ne trove en nul empireRacine, gumme ne liquour,3570Que d’amertume soit peiour:Ensi du traitre losengourMolt sont plesant au dame et sireLes ditz, mais puis au chief de tourLuy fait convertont en dolour,Dont pardevant les faisoit rire.Qui les oisealx deçoit et prentMoult les frestelle gaiement,Dont en ses reetz les porra traire;Et ensi ly bilingues tent3580Ses reetz, quant il plus belementParole pour les gens desfaire.He, vice al oill tant debonnaire,Tu as du joye le viaire,Et le penser come mort dolent:Tu es la reule de contraire,Le beau solail q’en toy s’esclairePar toy s’esclipse trop sovent.Ly sages dist quenuls s’affieEn celluy, qui par sophistrie3590Parole, siquenuls l’entent;Car tiel a dieu ne plerra mie,Si est odible en ceste vieEt pert les graces du present.f. 24Maldit soiont tout tiele gent,Ce dist ly sages ensement;Et ly prophete auci dieu prie,Qu’il perde et mette a son tourmentLa langue que si doublementTrestous deçoit par tricherie.3600Dieus par Baruch nous dist cela:‘Way soit a l’omme et way serra,Qui donne a boire a son amy,Le quel du fiel se mellera,Dont puis quant l’autre enyvrera,Sa nuetée verra parmy;Que despuillez et escharnyDe ce serra plus malbailly,Dont il sa gloire plus quida.’Mais double lange, atant vous dy,3610Si du fiel ne soit myparty,Jammais parole ne dirra.David demande en son psalter,Q’est ce que l’en pourra donnerAu langue double en resemblance:Si dist q’om le doit resemblerA la saiette agu d’acier,Que du main forte vole et lance;Dont riens poet avoir contrestance,Ainçois tresperce et desavance3620Le corps en qui la fait lancer:Ensi ou plus sanz arestanceLy langue double en sa parlancePlusours en fait desavancer.97Auci David nous essamplantLa langue double est resemblantAu vif carbon de feu q’espart;Qui bruit soy mesmes tout avant,Et sur les autrez puis s’espant,Qui sont decoste luy a part:3630Car langue double de sa partPlus quecarbon enflamme et artCeulx q’envers luy sont enclinant;Mais pource q’ensi se departDe dieu, au fin avra le hartDe l’enfernale paine ardant.Les mals du double lange ensiDescrist ly sages, que par luySont gens paisibles perturbez,Et les fortz chastealx enfouy,3640Et les cités murés auciDestruit, et les vertus ruezDu poeple, et les plus fortz tuez:98Tant fait par ses soubtilités,Que nuls en poet estre garny.De les tresclieres matinéesTrop fait obscures les vesprées;C’est cil qui n’est ne la ne cy.Au langue double en malvoistéPerest un autre associé,3650Qui Falspenser om est nommant:L’un est a l’autre tant secré,Que l’un sanz l’autre en nul degréVoet dire ou faire tant ne quant.Ly tiers y est, q’en leur garantSovente fois se met avant;Cil par droit noun est appelléeDissimulacioun, qui tantSciet les faintises de truant,Dont maint prodhomme sont guilée.3660Cist trois se sont d’un colour teint,Et par ces trois furont ateintLy frere q’ont Josep deçu:Trop fuist leur cuer d’envie peint,Quant ont ensi leur frere enpeintEn la cisterne et puis vendu:Mais Job, q’estoit l’amy de dieu,Dist que penser de mal estruDieu le destruit, q’au fin ne meint.Ce parust bien en mesme lieu:3670Josep fuist sur Egipte eslieu,99Quant tous si frere sont destreint.Des tous pecchés qui sont dampnableLy fals pensiers est connestableEn l’avantgarde au Sathanas,Et fait que l’alme en est menable100Ove mainte vice abhominableEncontre dieu; mais tu orrasComme ly prophete MicheasDist, ‘Way te soit, qui pensé as3680Du chose q’est descovenable’:Et David dist, s’ensi le fras,Des tes pensers tu descherras,Solonc quetu en es coupable.Par Jeremie dieu diviseLe vengement, q’en aspre guiseAu malpenser envoiera,Q’est d’indignacioun espriseComme fieu, quejammais pour l’enpriseDu Falspenser n’exteignera:3690Car comme ly cuers d’envie estaToutdis ardant, ensi serraDu Falspenser la paine assisse.Trop pourra penser a celaQui soy coupable en sentira,101Quant fin n’ara de sa juise.La discripcioun d’Envie proprement.D’Envie ce sont ly mestier:Son proesme a detrahir primer,Et s’esjoÿr de l’autry mals,Et doloir sur le prosperer3700De ses voisins, queux supplanterSes paines met et ses travals;Et par semblant q’est feint et falsSe fait secré d’autry consals,Et puis le fait aperticer,Dont les meschines et vassals,As queux se fist amys corals,Fait en la fin deshonorer.Uns clers d’Envie ensi commente,Si dist que celle est la serpente3710Que plus resemble a son fals piere:Car nuyt ne jour son cuer n’alenteSur l’autry mal, ainz atalenteTout autry bien mettre a derere:102C’est du malice la marchiere;C’est le challou deinz la perriere,103Qui porte fieu deinz son entente;C’est le rasour qui nous fait rereLa barbe contre poil arere,Que jusq’al oss prent sa descente:3720C’est celle urtie mal poignant,Que d’amertume vait bruillantLa rose qui luy est voisine;C’est ly serpens toutdis veillant,Q’en l’ille Colcos fuist gardantLe toison d’orr, dont par covine,Q’en fist Medea la meschine,104Jason de sa prouesce finePortoit grant pris en conquestantMalgré la geule serpentine.3730He, false Envie malvoisine,Comme tu par tout es malvuillant!Envie est cil dragon mortiel,Ove qui l’archangre seint Michel,Sicomme l’apocalips devise,Se combatist, pour ce q’en oelL’amour accusoit fraternel,Et volt pervertir en sa guise;Mais dieu en ad vengance prise105Par son saint angre, q’il molt prise,3740Qui le dragon malvois et vielVenquist tanq’au recreandise,Et luy ruoit del halte assisseBass en enfern perpetuel.Envie d’omme resonnableDe son venym est resemblableAu Basilisque en sa figure;Q’est uns serpens espoentable,Sur toutes bestes plus nuisable,Q’estaignt et tolt de sa nature3750Du fuil et herbe la verdure:En tous les lieus u qu’il demureRiens est qui soit fructefiable.Ensi d’Envie la sufflure,Honour, bonté, sen et mesureDe ses voisins fait descheable.Envie par especialSur tous mals est desnatural,Car si trestout ussetz donné,Et corps et biens en general3760A l’envious, cil au finalDu mal t’ara reguerdonné.He, envious cuer maluré,Ne scies comme dieus t’ad commandéD’amer ton anemy mortal?Et tu ton bon amy en héeSanz cause tiens trestout du grée.Respon, pour quoy tu fais si mal.Sicomme du lepre est desforméEn corps de l’omme la beuté,3770Ensi de l’alme la figureEnvie fait desfiguré.Ly sages l’ad bien tesmoigné,Q’Envie fait la purretureDes oss a celuy qui l’endure.He, vice, comme peres oscure!Tu as ce deinz le cuer muscé,Dont le corage est en ardure,Que nuyt et jour a demesure,En flamme met ton fals pensé.3780Dedeinz la bible ensi je lis,Q’om solt la lepre gent jadisDe la Cité forainementFaire habiter es lieus sultis:Mais pleust a dieu et seint Denys,f. 25Que l’en feist ore tielementDe l’enviouse male gent;Siqu’ils fuissent souleinementEnhabité loign du païs.Prodons du deable se defent,3790Mais noun d’Envie aucunement;Ensi valt l’un de l’autre pis.En ces trois poins Roy SalomonD’Envie fait descripcioun,Disant q’Envie ad l’oill malvois,Et bouche de detraccioun,Ove pié de diffamacioun:N’est pas sanz vice q’ad ces trois.Qui list jadis de les fortz RoisLes crualtés et les desrois,3800Sur tous tourmens ly plus feloun,106Dont cil tirant furont destrois,C’estoit Envie ove le surcrois,Comme dist Orace en sa leçoun.Ly mons Ethna, quele art toutdiz,Nulle autre chose du paiisForsquesoy mesmes poet ardoir;Ensi q’Envie tient ou pis,En sentira deinz soy le pis.107A ce s’acorde en son savoir3810Ly philesophre, et dist pour voirQ’envie asses plus fait doloirSon portour, qui la tient saisis,Que l’autre contre qui movoirSe fait, car l’un matin et soirLa sente, et l’autre en est guaris.108Au maladie q’est nomméEthike Envie est comparé.C’est un desnaturel ardour,Que deinz le corps u s’est entré3820De son chalour demesuréArst comme ly fieus dedeinz le four;Dont ensechist du jour en jourLe cuer ove tout l’interiour,Que dieus en l’alme avoit posé;Siqu’il n’y laist du bon amourNeis une goute de liquour,Dont charité soit arousée.Envie ensur tout autre viceEst la plus vaine et la plus nice:3830Sicomme ly sages la repute,Envie est celle peccatrice,Qes nobles courtz de son officeDemoert et est commune pute.A les plus sages plus despute,109A les plus fortz plus fait salute,110Et as plus riches d’avaricePlus fait Envie sa poursute:A son povoir sovent transmuteL’onour d’autry de sa malice.3840Uns clers en son escript difineDisant: ‘N’est cil qui tant enclineAu deable sicomme fait Envie;La quelle a sa primere orineEn paradis fist la ruine,Dont abeissa la nostre vie.’He, quel aguait, quele envaïeNous faisoit lors de sa boidie,Q’elle ot muscé deinz sa peytrine!Et ore n’est ce point faillie;3850En tous paiïs la gent escrieQue trop endure sa covine.De les cink files de Ire, des queles la primere ad noun Malencolie.Si plus avant vous doie direDes filles qui se naiscont d’Ire,Cynk en y ad trop malurés,111L’une est malvoise et l’autre est pire:Way, pourra dire cel Empire,U que se serront mariés:Car plus persont desmesurésEn fais, en dis, et en pensés,3860Que nulle langue poet descrire.Peas, concordance et unitésOnt sur tous autres desfiés,Et plus les faisont a despire.La primere est Malencolie,C’est une file trop hastie,Que se corouce du legierPour un soul mot, si nuls le die,Voir d’une paile ou d’une myeSe vorra malencolier.3870Cil qui le voet acompaigner,Souffrir l’estoet sanz repleder,O tout laisser sa compaignie:Ne valt resoun pour l’attemprer,Car l’ire sourt deinz son penserComme du fontaine la buillie.Quant ceste fille prent seignour,Qui plus pres est son servitour,112En aese au paine vivera;Ainz chier compiert le grant irrour3880De luy, qui maintes fois le jourPour poy du riens l’avilera.Sovent sa maisoun troublera,Ses officers remuera:Sa femme n’ert pas sanz dolour,Car ja si bonne ne serra,Comme plus d’amer se penera,Tant meinz avra son bon amour.Malencolie en ire floteEt de discort tient la riote;3890Car pour le temps quel’ire dureNe luy plerra chançon ne note:Si tu bien dis, le mal en note,Si tu voes chald, il voet freidure,Quant tu te hastes, il demure,Ore est dessoutz, ore est dessure,Ore hiet et ore d’amour assote,Ore voet, noun voet; car sa mesurePlus est movable de natureQue n’est la chace du pelote.3900Malencolie en son bourdantSe melle ensi comme combatant,Car ire et jeu tient tout d’un pris:Quiques’en vait esparniant,S’il poet venir a son devant,Il fait a son povoir le pis.Ne sont pas sanz corous ses ris,Non sont sanz maltalent ses dis,Petit dura son beau semblant;Si rien vait contre son devis,3910Sovent enbronchera le vis;Plus est divers que nul enfant.A son fils ce dist Salomon,Q’en son hostell ne soit leounEn subvertant de sa moleste113Et sa familie et sa maisoun:
Pour ce qu’il plest a dame Envie,Est sur les autres establySon procurour et son espie,3490De qui deceipte et felonieOnt maint prodhomme esté trahy.Du Fals semblant la bele chereOdibles est et semble chiere;Du bien parole en mal pensant,La chose doulce fait amere,L’avant fait tourner en derere,Si fait le blanc en noir muant:Trop est son oignt au fin poignant,Du venym mordt en son baisant,3500Et en plourant rit la trichere.Ostour en penne de phesant,Ne poet faillir en mal fesantQue sa malice au fin ne piere.Ce dist Tulles, qu’il n’est dolourD’aucun tort fait, qui soit peiour,Comme est quant l’en deceipte pensePar coverture interiour,Et par semblant exteriourDu bon amour fait apparence.3510Ce parust bien d’experience,Quant Judas fist la reverenceBaisant la bouche al salveour;C’estoit d’amour bonne evidenceDehors, mais deinz sa conscienceLy semblant fuist d’un autre tour.Pour Fals semblant a droit servir,Sa miere Envie ad fait venirBilingues, q’ad en une testeDeux langues pour les gens trahir.3520N’est qui s’en poet contretenir,Tant ad coverte sa tempeste;Car d’une langue piert honesteAl oill, que tout du joye et festeParolt, mais l’autre en soy tapirFait sa malice deshoneste,Dont plus q’escorpioun agresteFait sa pointure au fin sentir.Du double langue la paroleTrop semble debonaire et mole;3530Mais tant est dur, ce dist ly sage,Que tresparmy le ventre voleAu cuer, dont maint prodhomme affole,Ainçois qu’ils scievont son langage.Ses ris q’om voit du lée visageSont mixt de doel deinz le corage,Dont puis les innocens tribole:A celle urtie q’est salvageResemble, que gist en l’ombrageMuscée dessoutz la primerole.3540Plus quenul oile par semblantSont mol ly dit du Fals semblant,Solonc David, mais pourvoirdireIls sont come dart redd et trenchant.Tiel envious de son vivantEst monstre horrible pour descrire:Face ad d’un homme, qui le mire,Mais du serpent la coue tireOve l’aiguiloun dont vait poignant;Du tiel venym le fait confire,3550Que nul triacle poet suffireGarir le mal au languisant.Ce dist Sidrac, que doulcementLe harpe sonne, et nequedentLa langue mole au losengour,Quant faire en voet deceivement,96Sonne asses plus deliementA celuy q’en est auditour.Ly sages dist, que blandisourQui suef favelle par doulçour3560Est un droit las al innocent,Dont sont attrapé ly plusour:Quant l’en meulx quide avoir honour,De sa parole plus y ment.Du Fals semblant om poet escrire,Qu’il est semblable pour descrireAu Mirre, quedu bon odourDelite et au gouster enpire;Car l’en ne trove en nul empireRacine, gumme ne liquour,3570Que d’amertume soit peiour:Ensi du traitre losengourMolt sont plesant au dame et sireLes ditz, mais puis au chief de tourLuy fait convertont en dolour,Dont pardevant les faisoit rire.Qui les oisealx deçoit et prentMoult les frestelle gaiement,Dont en ses reetz les porra traire;Et ensi ly bilingues tent3580Ses reetz, quant il plus belementParole pour les gens desfaire.He, vice al oill tant debonnaire,Tu as du joye le viaire,Et le penser come mort dolent:Tu es la reule de contraire,Le beau solail q’en toy s’esclairePar toy s’esclipse trop sovent.Ly sages dist quenuls s’affieEn celluy, qui par sophistrie3590Parole, siquenuls l’entent;Car tiel a dieu ne plerra mie,Si est odible en ceste vieEt pert les graces du present.f. 24Maldit soiont tout tiele gent,Ce dist ly sages ensement;Et ly prophete auci dieu prie,Qu’il perde et mette a son tourmentLa langue que si doublementTrestous deçoit par tricherie.3600Dieus par Baruch nous dist cela:‘Way soit a l’omme et way serra,Qui donne a boire a son amy,Le quel du fiel se mellera,Dont puis quant l’autre enyvrera,Sa nuetée verra parmy;Que despuillez et escharnyDe ce serra plus malbailly,Dont il sa gloire plus quida.’Mais double lange, atant vous dy,3610Si du fiel ne soit myparty,Jammais parole ne dirra.David demande en son psalter,Q’est ce que l’en pourra donnerAu langue double en resemblance:Si dist q’om le doit resemblerA la saiette agu d’acier,Que du main forte vole et lance;Dont riens poet avoir contrestance,Ainçois tresperce et desavance3620Le corps en qui la fait lancer:Ensi ou plus sanz arestanceLy langue double en sa parlancePlusours en fait desavancer.97Auci David nous essamplantLa langue double est resemblantAu vif carbon de feu q’espart;Qui bruit soy mesmes tout avant,Et sur les autrez puis s’espant,Qui sont decoste luy a part:3630Car langue double de sa partPlus quecarbon enflamme et artCeulx q’envers luy sont enclinant;Mais pource q’ensi se departDe dieu, au fin avra le hartDe l’enfernale paine ardant.Les mals du double lange ensiDescrist ly sages, que par luySont gens paisibles perturbez,Et les fortz chastealx enfouy,3640Et les cités murés auciDestruit, et les vertus ruezDu poeple, et les plus fortz tuez:98Tant fait par ses soubtilités,Que nuls en poet estre garny.De les tresclieres matinéesTrop fait obscures les vesprées;C’est cil qui n’est ne la ne cy.Au langue double en malvoistéPerest un autre associé,3650Qui Falspenser om est nommant:L’un est a l’autre tant secré,Que l’un sanz l’autre en nul degréVoet dire ou faire tant ne quant.Ly tiers y est, q’en leur garantSovente fois se met avant;Cil par droit noun est appelléeDissimulacioun, qui tantSciet les faintises de truant,Dont maint prodhomme sont guilée.3660Cist trois se sont d’un colour teint,Et par ces trois furont ateintLy frere q’ont Josep deçu:Trop fuist leur cuer d’envie peint,Quant ont ensi leur frere enpeintEn la cisterne et puis vendu:Mais Job, q’estoit l’amy de dieu,Dist que penser de mal estruDieu le destruit, q’au fin ne meint.Ce parust bien en mesme lieu:3670Josep fuist sur Egipte eslieu,99Quant tous si frere sont destreint.Des tous pecchés qui sont dampnableLy fals pensiers est connestableEn l’avantgarde au Sathanas,Et fait que l’alme en est menable100Ove mainte vice abhominableEncontre dieu; mais tu orrasComme ly prophete MicheasDist, ‘Way te soit, qui pensé as3680Du chose q’est descovenable’:Et David dist, s’ensi le fras,Des tes pensers tu descherras,Solonc quetu en es coupable.Par Jeremie dieu diviseLe vengement, q’en aspre guiseAu malpenser envoiera,Q’est d’indignacioun espriseComme fieu, quejammais pour l’enpriseDu Falspenser n’exteignera:3690Car comme ly cuers d’envie estaToutdis ardant, ensi serraDu Falspenser la paine assisse.Trop pourra penser a celaQui soy coupable en sentira,101Quant fin n’ara de sa juise.La discripcioun d’Envie proprement.D’Envie ce sont ly mestier:Son proesme a detrahir primer,Et s’esjoÿr de l’autry mals,Et doloir sur le prosperer3700De ses voisins, queux supplanterSes paines met et ses travals;Et par semblant q’est feint et falsSe fait secré d’autry consals,Et puis le fait aperticer,Dont les meschines et vassals,As queux se fist amys corals,Fait en la fin deshonorer.Uns clers d’Envie ensi commente,Si dist que celle est la serpente3710Que plus resemble a son fals piere:Car nuyt ne jour son cuer n’alenteSur l’autry mal, ainz atalenteTout autry bien mettre a derere:102C’est du malice la marchiere;C’est le challou deinz la perriere,103Qui porte fieu deinz son entente;C’est le rasour qui nous fait rereLa barbe contre poil arere,Que jusq’al oss prent sa descente:3720C’est celle urtie mal poignant,Que d’amertume vait bruillantLa rose qui luy est voisine;C’est ly serpens toutdis veillant,Q’en l’ille Colcos fuist gardantLe toison d’orr, dont par covine,Q’en fist Medea la meschine,104Jason de sa prouesce finePortoit grant pris en conquestantMalgré la geule serpentine.3730He, false Envie malvoisine,Comme tu par tout es malvuillant!Envie est cil dragon mortiel,Ove qui l’archangre seint Michel,Sicomme l’apocalips devise,Se combatist, pour ce q’en oelL’amour accusoit fraternel,Et volt pervertir en sa guise;Mais dieu en ad vengance prise105Par son saint angre, q’il molt prise,3740Qui le dragon malvois et vielVenquist tanq’au recreandise,Et luy ruoit del halte assisseBass en enfern perpetuel.Envie d’omme resonnableDe son venym est resemblableAu Basilisque en sa figure;Q’est uns serpens espoentable,Sur toutes bestes plus nuisable,Q’estaignt et tolt de sa nature3750Du fuil et herbe la verdure:En tous les lieus u qu’il demureRiens est qui soit fructefiable.Ensi d’Envie la sufflure,Honour, bonté, sen et mesureDe ses voisins fait descheable.Envie par especialSur tous mals est desnatural,Car si trestout ussetz donné,Et corps et biens en general3760A l’envious, cil au finalDu mal t’ara reguerdonné.He, envious cuer maluré,Ne scies comme dieus t’ad commandéD’amer ton anemy mortal?Et tu ton bon amy en héeSanz cause tiens trestout du grée.Respon, pour quoy tu fais si mal.Sicomme du lepre est desforméEn corps de l’omme la beuté,3770Ensi de l’alme la figureEnvie fait desfiguré.Ly sages l’ad bien tesmoigné,Q’Envie fait la purretureDes oss a celuy qui l’endure.He, vice, comme peres oscure!Tu as ce deinz le cuer muscé,Dont le corage est en ardure,Que nuyt et jour a demesure,En flamme met ton fals pensé.3780Dedeinz la bible ensi je lis,Q’om solt la lepre gent jadisDe la Cité forainementFaire habiter es lieus sultis:Mais pleust a dieu et seint Denys,f. 25Que l’en feist ore tielementDe l’enviouse male gent;Siqu’ils fuissent souleinementEnhabité loign du païs.Prodons du deable se defent,3790Mais noun d’Envie aucunement;Ensi valt l’un de l’autre pis.En ces trois poins Roy SalomonD’Envie fait descripcioun,Disant q’Envie ad l’oill malvois,Et bouche de detraccioun,Ove pié de diffamacioun:N’est pas sanz vice q’ad ces trois.Qui list jadis de les fortz RoisLes crualtés et les desrois,3800Sur tous tourmens ly plus feloun,106Dont cil tirant furont destrois,C’estoit Envie ove le surcrois,Comme dist Orace en sa leçoun.Ly mons Ethna, quele art toutdiz,Nulle autre chose du paiisForsquesoy mesmes poet ardoir;Ensi q’Envie tient ou pis,En sentira deinz soy le pis.107A ce s’acorde en son savoir3810Ly philesophre, et dist pour voirQ’envie asses plus fait doloirSon portour, qui la tient saisis,Que l’autre contre qui movoirSe fait, car l’un matin et soirLa sente, et l’autre en est guaris.108Au maladie q’est nomméEthike Envie est comparé.C’est un desnaturel ardour,Que deinz le corps u s’est entré3820De son chalour demesuréArst comme ly fieus dedeinz le four;Dont ensechist du jour en jourLe cuer ove tout l’interiour,Que dieus en l’alme avoit posé;Siqu’il n’y laist du bon amourNeis une goute de liquour,Dont charité soit arousée.Envie ensur tout autre viceEst la plus vaine et la plus nice:3830Sicomme ly sages la repute,Envie est celle peccatrice,Qes nobles courtz de son officeDemoert et est commune pute.A les plus sages plus despute,109A les plus fortz plus fait salute,110Et as plus riches d’avaricePlus fait Envie sa poursute:A son povoir sovent transmuteL’onour d’autry de sa malice.3840Uns clers en son escript difineDisant: ‘N’est cil qui tant enclineAu deable sicomme fait Envie;La quelle a sa primere orineEn paradis fist la ruine,Dont abeissa la nostre vie.’He, quel aguait, quele envaïeNous faisoit lors de sa boidie,Q’elle ot muscé deinz sa peytrine!Et ore n’est ce point faillie;3850En tous paiïs la gent escrieQue trop endure sa covine.De les cink files de Ire, des queles la primere ad noun Malencolie.Si plus avant vous doie direDes filles qui se naiscont d’Ire,Cynk en y ad trop malurés,111L’une est malvoise et l’autre est pire:Way, pourra dire cel Empire,U que se serront mariés:Car plus persont desmesurésEn fais, en dis, et en pensés,3860Que nulle langue poet descrire.Peas, concordance et unitésOnt sur tous autres desfiés,Et plus les faisont a despire.La primere est Malencolie,C’est une file trop hastie,Que se corouce du legierPour un soul mot, si nuls le die,Voir d’une paile ou d’une myeSe vorra malencolier.3870Cil qui le voet acompaigner,Souffrir l’estoet sanz repleder,O tout laisser sa compaignie:Ne valt resoun pour l’attemprer,Car l’ire sourt deinz son penserComme du fontaine la buillie.Quant ceste fille prent seignour,Qui plus pres est son servitour,112En aese au paine vivera;Ainz chier compiert le grant irrour3880De luy, qui maintes fois le jourPour poy du riens l’avilera.Sovent sa maisoun troublera,Ses officers remuera:Sa femme n’ert pas sanz dolour,Car ja si bonne ne serra,Comme plus d’amer se penera,Tant meinz avra son bon amour.Malencolie en ire floteEt de discort tient la riote;3890Car pour le temps quel’ire dureNe luy plerra chançon ne note:Si tu bien dis, le mal en note,Si tu voes chald, il voet freidure,Quant tu te hastes, il demure,Ore est dessoutz, ore est dessure,Ore hiet et ore d’amour assote,Ore voet, noun voet; car sa mesurePlus est movable de natureQue n’est la chace du pelote.3900Malencolie en son bourdantSe melle ensi comme combatant,Car ire et jeu tient tout d’un pris:Quiques’en vait esparniant,S’il poet venir a son devant,Il fait a son povoir le pis.Ne sont pas sanz corous ses ris,Non sont sanz maltalent ses dis,Petit dura son beau semblant;Si rien vait contre son devis,3910Sovent enbronchera le vis;Plus est divers que nul enfant.A son fils ce dist Salomon,Q’en son hostell ne soit leounEn subvertant de sa moleste113Et sa familie et sa maisoun:
Pour ce qu’il plest a dame Envie,
Est sur les autres estably
Son procurour et son espie,3490
De qui deceipte et felonie
Ont maint prodhomme esté trahy.
Du Fals semblant la bele chere
Odibles est et semble chiere;
Du bien parole en mal pensant,
La chose doulce fait amere,
L’avant fait tourner en derere,
Si fait le blanc en noir muant:
Trop est son oignt au fin poignant,
Du venym mordt en son baisant,3500
Et en plourant rit la trichere.
Ostour en penne de phesant,
Ne poet faillir en mal fesant
Que sa malice au fin ne piere.
Ce dist Tulles, qu’il n’est dolour
D’aucun tort fait, qui soit peiour,
Comme est quant l’en deceipte pense
Par coverture interiour,
Et par semblant exteriour
Du bon amour fait apparence.3510
Ce parust bien d’experience,
Quant Judas fist la reverence
Baisant la bouche al salveour;
C’estoit d’amour bonne evidence
Dehors, mais deinz sa conscience
Ly semblant fuist d’un autre tour.
Pour Fals semblant a droit servir,
Sa miere Envie ad fait venir
Bilingues, q’ad en une teste
Deux langues pour les gens trahir.3520
N’est qui s’en poet contretenir,
Tant ad coverte sa tempeste;
Car d’une langue piert honeste
Al oill, que tout du joye et feste
Parolt, mais l’autre en soy tapir
Fait sa malice deshoneste,
Dont plus q’escorpioun agreste
Fait sa pointure au fin sentir.
Du double langue la parole
Trop semble debonaire et mole;3530
Mais tant est dur, ce dist ly sage,
Que tresparmy le ventre vole
Au cuer, dont maint prodhomme affole,
Ainçois qu’ils scievont son langage.
Ses ris q’om voit du lée visage
Sont mixt de doel deinz le corage,
Dont puis les innocens tribole:
A celle urtie q’est salvage
Resemble, que gist en l’ombrage
Muscée dessoutz la primerole.3540
Plus quenul oile par semblant
Sont mol ly dit du Fals semblant,
Solonc David, mais pourvoirdire
Ils sont come dart redd et trenchant.
Tiel envious de son vivant
Est monstre horrible pour descrire:
Face ad d’un homme, qui le mire,
Mais du serpent la coue tire
Ove l’aiguiloun dont vait poignant;
Du tiel venym le fait confire,3550
Que nul triacle poet suffire
Garir le mal au languisant.
Ce dist Sidrac, que doulcement
Le harpe sonne, et nequedent
La langue mole au losengour,
Quant faire en voet deceivement,96
Sonne asses plus deliement
A celuy q’en est auditour.
Ly sages dist, que blandisour
Qui suef favelle par doulçour3560
Est un droit las al innocent,
Dont sont attrapé ly plusour:
Quant l’en meulx quide avoir honour,
De sa parole plus y ment.
Du Fals semblant om poet escrire,
Qu’il est semblable pour descrire
Au Mirre, quedu bon odour
Delite et au gouster enpire;
Car l’en ne trove en nul empire
Racine, gumme ne liquour,3570
Que d’amertume soit peiour:
Ensi du traitre losengour
Molt sont plesant au dame et sire
Les ditz, mais puis au chief de tour
Luy fait convertont en dolour,
Dont pardevant les faisoit rire.
Qui les oisealx deçoit et prent
Moult les frestelle gaiement,
Dont en ses reetz les porra traire;
Et ensi ly bilingues tent3580
Ses reetz, quant il plus belement
Parole pour les gens desfaire.
He, vice al oill tant debonnaire,
Tu as du joye le viaire,
Et le penser come mort dolent:
Tu es la reule de contraire,
Le beau solail q’en toy s’esclaire
Par toy s’esclipse trop sovent.
Ly sages dist quenuls s’affie
En celluy, qui par sophistrie3590
Parole, siquenuls l’entent;
Car tiel a dieu ne plerra mie,
Si est odible en ceste vie
Et pert les graces du present.
f. 24
Maldit soiont tout tiele gent,
Ce dist ly sages ensement;
Et ly prophete auci dieu prie,
Qu’il perde et mette a son tourment
La langue que si doublement
Trestous deçoit par tricherie.3600
Dieus par Baruch nous dist cela:
‘Way soit a l’omme et way serra,
Qui donne a boire a son amy,
Le quel du fiel se mellera,
Dont puis quant l’autre enyvrera,
Sa nuetée verra parmy;
Que despuillez et escharny
De ce serra plus malbailly,
Dont il sa gloire plus quida.’
Mais double lange, atant vous dy,3610
Si du fiel ne soit myparty,
Jammais parole ne dirra.
David demande en son psalter,
Q’est ce que l’en pourra donner
Au langue double en resemblance:
Si dist q’om le doit resembler
A la saiette agu d’acier,
Que du main forte vole et lance;
Dont riens poet avoir contrestance,
Ainçois tresperce et desavance3620
Le corps en qui la fait lancer:
Ensi ou plus sanz arestance
Ly langue double en sa parlance
Plusours en fait desavancer.97
Auci David nous essamplant
La langue double est resemblant
Au vif carbon de feu q’espart;
Qui bruit soy mesmes tout avant,
Et sur les autrez puis s’espant,
Qui sont decoste luy a part:3630
Car langue double de sa part
Plus quecarbon enflamme et art
Ceulx q’envers luy sont enclinant;
Mais pource q’ensi se depart
De dieu, au fin avra le hart
De l’enfernale paine ardant.
Les mals du double lange ensi
Descrist ly sages, que par luy
Sont gens paisibles perturbez,
Et les fortz chastealx enfouy,3640
Et les cités murés auci
Destruit, et les vertus ruez
Du poeple, et les plus fortz tuez:98
Tant fait par ses soubtilités,
Que nuls en poet estre garny.
De les tresclieres matinées
Trop fait obscures les vesprées;
C’est cil qui n’est ne la ne cy.
Au langue double en malvoisté
Perest un autre associé,3650
Qui Falspenser om est nommant:
L’un est a l’autre tant secré,
Que l’un sanz l’autre en nul degré
Voet dire ou faire tant ne quant.
Ly tiers y est, q’en leur garant
Sovente fois se met avant;
Cil par droit noun est appellée
Dissimulacioun, qui tant
Sciet les faintises de truant,
Dont maint prodhomme sont guilée.3660
Cist trois se sont d’un colour teint,
Et par ces trois furont ateint
Ly frere q’ont Josep deçu:
Trop fuist leur cuer d’envie peint,
Quant ont ensi leur frere enpeint
En la cisterne et puis vendu:
Mais Job, q’estoit l’amy de dieu,
Dist que penser de mal estru
Dieu le destruit, q’au fin ne meint.
Ce parust bien en mesme lieu:3670
Josep fuist sur Egipte eslieu,99
Quant tous si frere sont destreint.
Des tous pecchés qui sont dampnable
Ly fals pensiers est connestable
En l’avantgarde au Sathanas,
Et fait que l’alme en est menable100
Ove mainte vice abhominable
Encontre dieu; mais tu orras
Comme ly prophete Micheas
Dist, ‘Way te soit, qui pensé as3680
Du chose q’est descovenable’:
Et David dist, s’ensi le fras,
Des tes pensers tu descherras,
Solonc quetu en es coupable.
Par Jeremie dieu divise
Le vengement, q’en aspre guise
Au malpenser envoiera,
Q’est d’indignacioun esprise
Comme fieu, quejammais pour l’enprise
Du Falspenser n’exteignera:3690
Car comme ly cuers d’envie esta
Toutdis ardant, ensi serra
Du Falspenser la paine assisse.
Trop pourra penser a cela
Qui soy coupable en sentira,101
Quant fin n’ara de sa juise.
La discripcioun d’Envie proprement.
La discripcioun d’Envie proprement.
D’Envie ce sont ly mestier:
Son proesme a detrahir primer,
Et s’esjoÿr de l’autry mals,
Et doloir sur le prosperer3700
De ses voisins, queux supplanter
Ses paines met et ses travals;
Et par semblant q’est feint et fals
Se fait secré d’autry consals,
Et puis le fait aperticer,
Dont les meschines et vassals,
As queux se fist amys corals,
Fait en la fin deshonorer.
Uns clers d’Envie ensi commente,
Si dist que celle est la serpente3710
Que plus resemble a son fals piere:
Car nuyt ne jour son cuer n’alente
Sur l’autry mal, ainz atalente
Tout autry bien mettre a derere:102
C’est du malice la marchiere;
C’est le challou deinz la perriere,103
Qui porte fieu deinz son entente;
C’est le rasour qui nous fait rere
La barbe contre poil arere,
Que jusq’al oss prent sa descente:3720
C’est celle urtie mal poignant,
Que d’amertume vait bruillant
La rose qui luy est voisine;
C’est ly serpens toutdis veillant,
Q’en l’ille Colcos fuist gardant
Le toison d’orr, dont par covine,
Q’en fist Medea la meschine,104
Jason de sa prouesce fine
Portoit grant pris en conquestant
Malgré la geule serpentine.3730
He, false Envie malvoisine,
Comme tu par tout es malvuillant!
Envie est cil dragon mortiel,
Ove qui l’archangre seint Michel,
Sicomme l’apocalips devise,
Se combatist, pour ce q’en oel
L’amour accusoit fraternel,
Et volt pervertir en sa guise;
Mais dieu en ad vengance prise105
Par son saint angre, q’il molt prise,3740
Qui le dragon malvois et viel
Venquist tanq’au recreandise,
Et luy ruoit del halte assisse
Bass en enfern perpetuel.
Envie d’omme resonnable
De son venym est resemblable
Au Basilisque en sa figure;
Q’est uns serpens espoentable,
Sur toutes bestes plus nuisable,
Q’estaignt et tolt de sa nature3750
Du fuil et herbe la verdure:
En tous les lieus u qu’il demure
Riens est qui soit fructefiable.
Ensi d’Envie la sufflure,
Honour, bonté, sen et mesure
De ses voisins fait descheable.
Envie par especial
Sur tous mals est desnatural,
Car si trestout ussetz donné,
Et corps et biens en general3760
A l’envious, cil au final
Du mal t’ara reguerdonné.
He, envious cuer maluré,
Ne scies comme dieus t’ad commandé
D’amer ton anemy mortal?
Et tu ton bon amy en hée
Sanz cause tiens trestout du grée.
Respon, pour quoy tu fais si mal.
Sicomme du lepre est desformé
En corps de l’omme la beuté,3770
Ensi de l’alme la figure
Envie fait desfiguré.
Ly sages l’ad bien tesmoigné,
Q’Envie fait la purreture
Des oss a celuy qui l’endure.
He, vice, comme peres oscure!
Tu as ce deinz le cuer muscé,
Dont le corage est en ardure,
Que nuyt et jour a demesure,
En flamme met ton fals pensé.3780
Dedeinz la bible ensi je lis,
Q’om solt la lepre gent jadis
De la Cité forainement
Faire habiter es lieus sultis:
Mais pleust a dieu et seint Denys,
f. 25
Que l’en feist ore tielement
De l’enviouse male gent;
Siqu’ils fuissent souleinement
Enhabité loign du païs.
Prodons du deable se defent,3790
Mais noun d’Envie aucunement;
Ensi valt l’un de l’autre pis.
En ces trois poins Roy Salomon
D’Envie fait descripcioun,
Disant q’Envie ad l’oill malvois,
Et bouche de detraccioun,
Ove pié de diffamacioun:
N’est pas sanz vice q’ad ces trois.
Qui list jadis de les fortz Rois
Les crualtés et les desrois,3800
Sur tous tourmens ly plus feloun,106
Dont cil tirant furont destrois,
C’estoit Envie ove le surcrois,
Comme dist Orace en sa leçoun.
Ly mons Ethna, quele art toutdiz,
Nulle autre chose du paiis
Forsquesoy mesmes poet ardoir;
Ensi q’Envie tient ou pis,
En sentira deinz soy le pis.107
A ce s’acorde en son savoir3810
Ly philesophre, et dist pour voir
Q’envie asses plus fait doloir
Son portour, qui la tient saisis,
Que l’autre contre qui movoir
Se fait, car l’un matin et soir
La sente, et l’autre en est guaris.108
Au maladie q’est nommé
Ethike Envie est comparé.
C’est un desnaturel ardour,
Que deinz le corps u s’est entré3820
De son chalour demesuré
Arst comme ly fieus dedeinz le four;
Dont ensechist du jour en jour
Le cuer ove tout l’interiour,
Que dieus en l’alme avoit posé;
Siqu’il n’y laist du bon amour
Neis une goute de liquour,
Dont charité soit arousée.
Envie ensur tout autre vice
Est la plus vaine et la plus nice:3830
Sicomme ly sages la repute,
Envie est celle peccatrice,
Qes nobles courtz de son office
Demoert et est commune pute.
A les plus sages plus despute,109
A les plus fortz plus fait salute,110
Et as plus riches d’avarice
Plus fait Envie sa poursute:
A son povoir sovent transmute
L’onour d’autry de sa malice.3840
Uns clers en son escript difine
Disant: ‘N’est cil qui tant encline
Au deable sicomme fait Envie;
La quelle a sa primere orine
En paradis fist la ruine,
Dont abeissa la nostre vie.’
He, quel aguait, quele envaïe
Nous faisoit lors de sa boidie,
Q’elle ot muscé deinz sa peytrine!
Et ore n’est ce point faillie;3850
En tous paiïs la gent escrie
Que trop endure sa covine.
De les cink files de Ire, des queles la primere ad noun Malencolie.
De les cink files de Ire, des queles la primere ad noun Malencolie.
Si plus avant vous doie dire
Des filles qui se naiscont d’Ire,
Cynk en y ad trop malurés,111
L’une est malvoise et l’autre est pire:
Way, pourra dire cel Empire,
U que se serront mariés:
Car plus persont desmesurés
En fais, en dis, et en pensés,3860
Que nulle langue poet descrire.
Peas, concordance et unités
Ont sur tous autres desfiés,
Et plus les faisont a despire.
La primere est Malencolie,
C’est une file trop hastie,
Que se corouce du legier
Pour un soul mot, si nuls le die,
Voir d’une paile ou d’une mye
Se vorra malencolier.3870
Cil qui le voet acompaigner,
Souffrir l’estoet sanz repleder,
O tout laisser sa compaignie:
Ne valt resoun pour l’attemprer,
Car l’ire sourt deinz son penser
Comme du fontaine la buillie.
Quant ceste fille prent seignour,
Qui plus pres est son servitour,112
En aese au paine vivera;
Ainz chier compiert le grant irrour3880
De luy, qui maintes fois le jour
Pour poy du riens l’avilera.
Sovent sa maisoun troublera,
Ses officers remuera:
Sa femme n’ert pas sanz dolour,
Car ja si bonne ne serra,
Comme plus d’amer se penera,
Tant meinz avra son bon amour.
Malencolie en ire flote
Et de discort tient la riote;3890
Car pour le temps quel’ire dure
Ne luy plerra chançon ne note:
Si tu bien dis, le mal en note,
Si tu voes chald, il voet freidure,
Quant tu te hastes, il demure,
Ore est dessoutz, ore est dessure,
Ore hiet et ore d’amour assote,
Ore voet, noun voet; car sa mesure
Plus est movable de nature
Que n’est la chace du pelote.3900
Malencolie en son bourdant
Se melle ensi comme combatant,
Car ire et jeu tient tout d’un pris:
Quiques’en vait esparniant,
S’il poet venir a son devant,
Il fait a son povoir le pis.
Ne sont pas sanz corous ses ris,
Non sont sanz maltalent ses dis,
Petit dura son beau semblant;
Si rien vait contre son devis,3910
Sovent enbronchera le vis;
Plus est divers que nul enfant.
A son fils ce dist Salomon,
Q’en son hostell ne soit leoun
En subvertant de sa moleste113
Et sa familie et sa maisoun: