C’est Tricherie q’est terrine,A qui Deceipte est attendantOve Falseté, q’est sa cousine.Par leur consail, parleur covineLy covoitous vait compassant6510Comme soit les terres conquestant;Et d’autre part ly fals marchantParleur avis son gaign divine;L’un font de l’orr riche et manant,Et l’autre de leur conspirantDes terres mettont en seisine.Cil Tricherous au repaiageDe l’autry bien prent le tollagePar fals acompte ou autrement;Et quant ad fait l’autri dammage,6520Guaigné le tient en son corage,Come s’il l’ust trové franchement.Mais cil qui triche l’autre gentDoit bien savoir, au finementQue ce n’ert pas son avantage;Car il se triche proprementDe tout le bien q’a l’alme appent,Et ce tesmoigne bien ly sage.El viele loy lors fuist ensi,Que cil q’ot triché vers l’autri6530Du quelquechose, il la rendroitEntiere arere envers celluyQu’il ot triché, ovesqueauciLa quinte plus que ce n’estoit,Et puis offrende a dieu dorroit,Du quoy son pecché rechatoit,Sicomme la loy l’ot establi.Mais ly Tricher q’est orendroitSur l’alme laist a faire droit,Dont cent mil fois plus ert puny.6540Encore Triche de son lynAd sa cousine et son cousinTout presde luy pourconsailler;Ce sont et Fraude et Malengin.Bien fuist, s’ils fuissent en l’enginPour loign jetter en halte mer;Car ce sont qui jammais plenerLeur covenance font guarderN’envers dieu n’envers leur voisin:Ce sont cils qui de leur mestier6550Font nele ove le frument semer,Dont decevont maint homme au fin.Ce sont q’ont double la balanceEt la mesure en decevance,L’un meinz et l’autre trop comprent;Du meindre vendont au creance,Du greindre par multiplianceAchatont de la povre gent:Plus ont deservy jugementQue lieres que l’en treine et pent.6560La bible en porte tesmoignance,167Dieus en la viele loy defentMesure et pois que doublementSe fait a la commun nuisance.Entre les autres pour servirAu Tricherie vient Conspir,La torte cause q’ymagine;Et pour ce qu’il n’en doit faillir,Confederacioun venirY fait, parqui le droit engine;6570Mais Champartie en leur covineSe haste, et nuyt et jour ne fine,De la busoigne au point finir.Ce sont ly troy parqui falsineDame Equité vait en ruine,Et tort se fait en halt tenir.U Tricherie vait, du presVient Circumvencioun apres,Ove son compaign q’ad noun Brocage:Ce sont qui portont le grief fes6580Du Covoitise et tous les fetzParfont; car l’un en son coragePrimer coviette l’avantage,Et l’autre en fait le procurage168Solonc qu’il voit venir l’encress;Q’au paine ascuns serra si sage,Qui n’ert deceu parleur menage,S’ils pardeux fois l’eiont confess.La voegle Ingratitude vientApres les autres, et se tient6590Ove Covoitise main au main:C’est ly pecchés q’au cuer enprientOblivioun, dont riens sovientD’onour, du bien, que son prochainL’ad fait devant, ainz comme vilainDe chescun prent, mais en certainA nul redonne et tout retient:C’est cil q’est toutdis fieble et vainA l’autry prou, mais fort et sainAu propre bien prest se contient.6600La foy, sicomme ly sages dist,D’Ingratitude s’esvanistEnsi comme glace se relente;Car deinz brief temps trestout oublistLe bien q’ainçois ascuns luy fist,Q’au guerdonner ne se talente.Fols est q’au tiel amy presenteArgent ou orr ou terre ou rente;Car quant plus donner ne suffist,Lors le deguerpe et destalente,6610Et au busoign plus quejumenteIrresonnable l’escondist.A l’omme ingrat, tu dois savoir,Que trop perest ce nounsavoir,Si tu tes biens trestous dorroies;Car prest serra de recevoir,Mais redonner de son avoirJa n’ert ce temps quetu le voies:Et d’autre part, si toutes voiesAl homme ingrat servy avoies6620Mill auns a ton loyal pooir,En un soul jour tout le perdroies;Et quant meulx fait avoir quidoies,Il te ferroit pis decevoir.Ingratitude des seignoursDu povre gent prent les labours,Mais point n’aguarde leur meriteA guerdonner; car povre as courtzNe poet que faire ses clamours,Mais ja pour tant denier ne myte6630N’en porte: auci la gent petiteIngratitude leur exciteAu sire qui les fait honours,Que sa bonté serra desdite;Et moult sovent qui plus profiteAs tieus, meinz ad de leur amours.Ingratitude est toutdis uneQ’au Covoitise se commune;C’est cil q’au soir les biens du jourOublist et tout son propre adune,6640Car nulle chose en fait commune:C’est cil qui porte sanz amourf. 40Le cuer, car vers son creatour,Qui l’ad donné sen et vigour,N’en rent mercys ne grace aucune:C’est cil a qui si tout honourUssetz donné, au chief de tourNe t’en redorroit une prune.En l’omme ingrat ja ne te fie;Car s’il t’avoit sa foy plevie,6650Et dieu juret et tous les seintzQ’il jammais jour de sa partieNe te faldroit, ainz sanz partieTe volt amer malade et seins,Pour ce ne serres plus certeins;Car s’il te voit depuis constreinsDu poverte ou du maladie,Ja plus ne luy serres procheins:L’en poet bien dire as tieus vileins,Poverte parte compaignie.6660D’Ingratitude escript je truisLa cause dont serra perdus;Car l’omme ingrat est sanz pité,En tant ques’il trovast al huissSon piere et miere ensi confus,Q’au pain begant fuissont alé,Et par meschief desherbergé,Ja pour ce d’ospitalitéNe serroiont parluy rescuz,Ainçois serroiont refusé.6670Fils q’ensi laist son parentée,C’est pecché qu’il doit vivre plus.L’ingrat q’ensi se desnatureEst pis que chiens en sa nature:Car chien son seignourvif et mortAime et defent a sa mesure,Mais l’omme ingrat a toi nulle hureAmour ne loialté ne port;Pour ton baiser il te remort,Fay droit a luy, il te fra tort,6680Pour t’onour il te deshonure:C’est cil qui mal pour bien report,Dont dieus pourson tresmalvois portLe hiet, et toute creature.Pour ce quel’omme ingrat est tiel,Il est nommé desnaturel,Dont quanquedieu fist et crea,En terre, en l’air, en mer, en ciel,Le dampnont, car pis q’amer fielLe trove qui le goustera:6690Pour ce dieus le despisera,Nature auci l’abhomera,Et l’angre q’est espiritielOve toute beste le harra,Fors soul ly deable, a qui plerra,Car deable en soy sont autretiel.Quant hors del arche el temps pieçaNoë le corbyn envoiaSur tous les autres en message,Desnaturel trop s’esprova,6700Q’a luy depuis ne retournaPour reconter de son rivage;Dont la domeste et la salvageDe toute beste en celle nageLe corbin de ce fait dampna:Mais plus me semble en son corageQue l’omme ingrat se desparage,Que l’oisel q’ensi s’en vola.A ce corbin pres toute gentSont resemblable au jour present;6710Car chascun prent de son veisinQuanq’il poet prendre aucunementDu bien, d’onour, d’avancement;Mais puis s’om le demande au finGuerdoun, lors sicomme le corbinS’esloigne, et de son malenginS’escuse du guerdonnement;Et ensi le pomme enterinPrent cil qui puis le soul pepinA redonner se fait dolent.6720Je croy, quant Antecrist vendra,Plus des desciples ne merra,Q’Ingratitude atant ou plusOve soy ne meyne; et de celaVerrai tesmoign me porteraL’experience en trestous lieus.L’amour commun ore est perdus,Si est l’amour novel conçuz,Du Covoitise qui naistra:Ne say queu part hucher les huiss,6730Ingratitude u je ne truisTout prest qui me respondera.Dame Covoitise en sa mesonEst la norrice du treson,Que de sa mamelle allaiterLe fait, et puis met envirounDes vices une legioun,Que le devont acompaigner:Peril y vient son escuier,Qui toutdis fait ove soy mener6740Soudeigne chance et Mal renoun:U tieux serront a consailerLe prince, trop se poet doubterLa gent de celle regioun.La Covoitise n’ert soulaine,Q’as tantes vices s’acompaine,Que luy servont comme soldier;Par leur emprise ensi bargaine,Qe l’alme pert qant le corps gaine:Pour ce dist dieus, queplus legier6750L’oill de l’aguile outrepasserPoet ly chameals, q’en ciel entrerLa Covoitise q’est mondaine.Que valt pour ce de covoiterLe halt honour q’est seculer,Dont puis en bass enfern l’en baigne?Du Covoitise ensi diffineL’apostre, et dist q’elle est racineDe trestous mals plus nyce et veine.Senec auci de sa doctrine6760Du pestilence et du morineDist la plus fiere et plus grieveine169C’est Covoitise, qui se peineEn labour, en dolour, en peine,Fin quiert de ce queja ne fine;Car jammais jour de la semeineNe dist asses de son demeine,Ainz comme plus ad, plusenfamine.Ly sages dist que saoulerNe se pourront en covoiter6770Les oils, mais tout cela q’ils voiontVoldront avoir par souhaider;Dont molt sovent maint fol penserAu cuer du covoitous envoiont.Achab et Jesabel quidoiont,Quant ils la vyne covoitoiont,Par ce leur pourpos achieverQue l’innocent Naboth tuoiont;Mais as tous autres essamploiontComme tiel pourchas fait a doubter.6780Auci Joram filz JosaphaDes mals essamples essampla,Quant il du fole CovoitiseSes propres freres sept tuaPour les Cités queux leur donnaLeur piere, dont la manantiseVoloit avoir; mais sa juisePar lettre Helie le devise,Disant q’a male mort morra.Si morust puis du tiele assisse,6790Que sa boële en orde guiseParmy le ventre se cola.La noctua de nuyt oscureVoit clierement de sa natureQuiconquechose que ce soit,Mais au clier jour sa regardureN’est pas si cliere ne si pure:Dont saint Ambrose resembloitLe Covoitous au tiel endroit;Car clierement du siecle voit6800Les temporals en chascune hure,Mais dieu, q’est la lumere au droit,Dont l’alme d’omme enrichir doit,L’oill fault a regarder dessure.Crisostomus ce vait disant,Qe l’oill qui sont deinz soy pesantVoiont le meulx en tenebrour.Senec auci s’en vait parlant,Si dist quel’oill acustummantA les tenebres, du clier jour6810Mirer ne pourront la luour.Tieux sont ly oill du Covoitour,Q’es biens oscurs vont regardantDe la richesse et vain honour,Mais poy sont qui du fin amourLes biens verrais sont covoitant.Par tieus enseignes dois savoirQue Covoitise soul d’avoirTous mals apporte en son office;Car sens perverte en nounsavoir,6820Et verité verte en nounvoir,Et d’equité fait injustice,Si rent malgré pour benefice,Et la bonté tourne en maliceEt bienvuillance en malvoloir;Trestous vertus destourne en viceEn luy qui covoitise entice;C’est le parfit de son devoir.La seconde file d’Avarice, la quele ad a noun Ravyne.La file q’est en ceste lineSeconde est appellé Ravyne,6830Que vivre fait des biens d’autry.Sicomme le coufle en sa faminef. 41Tolt les pulsins de la gelline,Et les transporte envers son ny,Si font trestout ly soen norry:Car n’est qui propre presde luyPourra tenir, dont la saisineNe voet avoir de chascuny;N’ad cure qui soit enmaigri,Mais q’elle ait crasse la peitrine.6840Par le prophete truis escript,Qe comme leon, quant il rougit,Tressalt pour sa ravine faire,Et meintenant sa proie occit,Encore du plus fier habit170Ly Raviner fait son affaire.Si est sa violence maire,Car l’un nature fait attraire,Et l’autre contre resoun vit;L’un prent asses et lors retraire6850S’en fait, mais l’autre parcontraireToutdis retient son appetit.Ly Tigres, qant sa proie quiert,Si point ne trove qu’il requiert,Sicomme saint Job le tesmoigna,Tantost de sa nature piert;Et ensi sovent le compiertCil q’autry bien ravinera.Car Salomon nous dist cela,Tieux est qui l’autry proiera6860Ne ja pour ce plus riches iert,171Ainz au meschief plus en serra;172Car quant sa proie luy faldra,Lors du vengance dieus le fiert.‘Way toy,’ ce disoit Ysaïe,‘Qui fais ta proie en felonye;Car quant serres au proier lass,Lors serres proie au deablerie:’Tout autrecy dist Jeremie.Pour ce t’avise que tu fras,6870Car quant tu vieve proierasEt l’orphanin destruieras,Combien quedieus en ceste vieNe se revenge, seur serras,Quant tu ta vie fineras,Way t’en serra sanz departie.En Baruch truis, de tiele gentDieus molt espoentablementPar l’angre dist, ‘Esta, esta,Sanz retourner du vengement.6880Houstes leur orr, houstes l’argent,Car dissipat trestout serraCe q’ont d’autry proies pieça:N’ert membre qui sufficera,Tant serront fieble du tourment,Et leur visage ennerciraComme pot d’esteign, quel’en verraNeircir de les carbouns sovent.’Au Raviner de sa semblanceLy fresnes porte resemblance,6890Car soutz l’ombrage q’est fresineN’est plante n’erbe quecrescanceAvoir porra, mais descrescance;Trop est la fresne malveisine.Ensi fait l’omme de ravine,Ne laist jardin ne champ ne vine,Dont il ne fait sa pourvoiance,Ne laist ne riche ne beguyne,Qu’il tout ne pile a sa covine;Si vit de l’autry sustienance.6900Ravine fait le fals sergantDe l’autry biens fals acomptant;Ravine fait qui chose embléAchat quant il en est sachant;173Ravyne fait qui receyvantLarroun herberge acoustummé;Ravyne fait q’en sa contréeLes povres gens ad manacée,Dont vont truage a luy rendant;Ravyne fait que le soldée6910Detient, quant homme ad labouré;Ravyne auci font ly tirant.Ravyne font l’executour,Qui sont fals et persecutourAs queux serroiont amiable:Mais uns clercs dist quelour amourResemble au chien, qui nuyt et jourAl huiss fait garder de l’estableLes chivals queux ly sire estable;Mais si morine les destable,6920Lors est ly guardein devorour,Que plus ne leur est defensable,Ains prent q’au soy voit profitable,Le crass ove tout la char de lour.Ravyne tient de s’allianceTrois autres plain du malfesance,Dont Robberie en son mestierEst de sa primere aquointance;Larcine auci du retienanceY vient pour l’autre acompaigner;6930Ly tierce que j’oï nommer,C’est Sacrilege l’adverser,Qui sainte eglise desavance:Cil q’ad ces trois se poet vanter,N’est qui les poet ensi danter,Dont ne ferront leur pourvoiance.Du Robberie ove son compasLy Marchant ne se loent pas,Car ils en sentont le dammage:174Qant quidont passer au mal pas,6940De leur argent et de leur drasIl leur despuille en son oultrage:C’est cil q’aprent au voisinageParler ce dolourous language,Que leur fait dire, ‘Herrow, helas!’Pour ce n’est autre qui plus sage175
C’est Tricherie q’est terrine,A qui Deceipte est attendantOve Falseté, q’est sa cousine.Par leur consail, parleur covineLy covoitous vait compassant6510Comme soit les terres conquestant;Et d’autre part ly fals marchantParleur avis son gaign divine;L’un font de l’orr riche et manant,Et l’autre de leur conspirantDes terres mettont en seisine.Cil Tricherous au repaiageDe l’autry bien prent le tollagePar fals acompte ou autrement;Et quant ad fait l’autri dammage,6520Guaigné le tient en son corage,Come s’il l’ust trové franchement.Mais cil qui triche l’autre gentDoit bien savoir, au finementQue ce n’ert pas son avantage;Car il se triche proprementDe tout le bien q’a l’alme appent,Et ce tesmoigne bien ly sage.El viele loy lors fuist ensi,Que cil q’ot triché vers l’autri6530Du quelquechose, il la rendroitEntiere arere envers celluyQu’il ot triché, ovesqueauciLa quinte plus que ce n’estoit,Et puis offrende a dieu dorroit,Du quoy son pecché rechatoit,Sicomme la loy l’ot establi.Mais ly Tricher q’est orendroitSur l’alme laist a faire droit,Dont cent mil fois plus ert puny.6540Encore Triche de son lynAd sa cousine et son cousinTout presde luy pourconsailler;Ce sont et Fraude et Malengin.Bien fuist, s’ils fuissent en l’enginPour loign jetter en halte mer;Car ce sont qui jammais plenerLeur covenance font guarderN’envers dieu n’envers leur voisin:Ce sont cils qui de leur mestier6550Font nele ove le frument semer,Dont decevont maint homme au fin.Ce sont q’ont double la balanceEt la mesure en decevance,L’un meinz et l’autre trop comprent;Du meindre vendont au creance,Du greindre par multiplianceAchatont de la povre gent:Plus ont deservy jugementQue lieres que l’en treine et pent.6560La bible en porte tesmoignance,167Dieus en la viele loy defentMesure et pois que doublementSe fait a la commun nuisance.Entre les autres pour servirAu Tricherie vient Conspir,La torte cause q’ymagine;Et pour ce qu’il n’en doit faillir,Confederacioun venirY fait, parqui le droit engine;6570Mais Champartie en leur covineSe haste, et nuyt et jour ne fine,De la busoigne au point finir.Ce sont ly troy parqui falsineDame Equité vait en ruine,Et tort se fait en halt tenir.U Tricherie vait, du presVient Circumvencioun apres,Ove son compaign q’ad noun Brocage:Ce sont qui portont le grief fes6580Du Covoitise et tous les fetzParfont; car l’un en son coragePrimer coviette l’avantage,Et l’autre en fait le procurage168Solonc qu’il voit venir l’encress;Q’au paine ascuns serra si sage,Qui n’ert deceu parleur menage,S’ils pardeux fois l’eiont confess.La voegle Ingratitude vientApres les autres, et se tient6590Ove Covoitise main au main:C’est ly pecchés q’au cuer enprientOblivioun, dont riens sovientD’onour, du bien, que son prochainL’ad fait devant, ainz comme vilainDe chescun prent, mais en certainA nul redonne et tout retient:C’est cil q’est toutdis fieble et vainA l’autry prou, mais fort et sainAu propre bien prest se contient.6600La foy, sicomme ly sages dist,D’Ingratitude s’esvanistEnsi comme glace se relente;Car deinz brief temps trestout oublistLe bien q’ainçois ascuns luy fist,Q’au guerdonner ne se talente.Fols est q’au tiel amy presenteArgent ou orr ou terre ou rente;Car quant plus donner ne suffist,Lors le deguerpe et destalente,6610Et au busoign plus quejumenteIrresonnable l’escondist.A l’omme ingrat, tu dois savoir,Que trop perest ce nounsavoir,Si tu tes biens trestous dorroies;Car prest serra de recevoir,Mais redonner de son avoirJa n’ert ce temps quetu le voies:Et d’autre part, si toutes voiesAl homme ingrat servy avoies6620Mill auns a ton loyal pooir,En un soul jour tout le perdroies;Et quant meulx fait avoir quidoies,Il te ferroit pis decevoir.Ingratitude des seignoursDu povre gent prent les labours,Mais point n’aguarde leur meriteA guerdonner; car povre as courtzNe poet que faire ses clamours,Mais ja pour tant denier ne myte6630N’en porte: auci la gent petiteIngratitude leur exciteAu sire qui les fait honours,Que sa bonté serra desdite;Et moult sovent qui plus profiteAs tieus, meinz ad de leur amours.Ingratitude est toutdis uneQ’au Covoitise se commune;C’est cil q’au soir les biens du jourOublist et tout son propre adune,6640Car nulle chose en fait commune:C’est cil qui porte sanz amourf. 40Le cuer, car vers son creatour,Qui l’ad donné sen et vigour,N’en rent mercys ne grace aucune:C’est cil a qui si tout honourUssetz donné, au chief de tourNe t’en redorroit une prune.En l’omme ingrat ja ne te fie;Car s’il t’avoit sa foy plevie,6650Et dieu juret et tous les seintzQ’il jammais jour de sa partieNe te faldroit, ainz sanz partieTe volt amer malade et seins,Pour ce ne serres plus certeins;Car s’il te voit depuis constreinsDu poverte ou du maladie,Ja plus ne luy serres procheins:L’en poet bien dire as tieus vileins,Poverte parte compaignie.6660D’Ingratitude escript je truisLa cause dont serra perdus;Car l’omme ingrat est sanz pité,En tant ques’il trovast al huissSon piere et miere ensi confus,Q’au pain begant fuissont alé,Et par meschief desherbergé,Ja pour ce d’ospitalitéNe serroiont parluy rescuz,Ainçois serroiont refusé.6670Fils q’ensi laist son parentée,C’est pecché qu’il doit vivre plus.L’ingrat q’ensi se desnatureEst pis que chiens en sa nature:Car chien son seignourvif et mortAime et defent a sa mesure,Mais l’omme ingrat a toi nulle hureAmour ne loialté ne port;Pour ton baiser il te remort,Fay droit a luy, il te fra tort,6680Pour t’onour il te deshonure:C’est cil qui mal pour bien report,Dont dieus pourson tresmalvois portLe hiet, et toute creature.Pour ce quel’omme ingrat est tiel,Il est nommé desnaturel,Dont quanquedieu fist et crea,En terre, en l’air, en mer, en ciel,Le dampnont, car pis q’amer fielLe trove qui le goustera:6690Pour ce dieus le despisera,Nature auci l’abhomera,Et l’angre q’est espiritielOve toute beste le harra,Fors soul ly deable, a qui plerra,Car deable en soy sont autretiel.Quant hors del arche el temps pieçaNoë le corbyn envoiaSur tous les autres en message,Desnaturel trop s’esprova,6700Q’a luy depuis ne retournaPour reconter de son rivage;Dont la domeste et la salvageDe toute beste en celle nageLe corbin de ce fait dampna:Mais plus me semble en son corageQue l’omme ingrat se desparage,Que l’oisel q’ensi s’en vola.A ce corbin pres toute gentSont resemblable au jour present;6710Car chascun prent de son veisinQuanq’il poet prendre aucunementDu bien, d’onour, d’avancement;Mais puis s’om le demande au finGuerdoun, lors sicomme le corbinS’esloigne, et de son malenginS’escuse du guerdonnement;Et ensi le pomme enterinPrent cil qui puis le soul pepinA redonner se fait dolent.6720Je croy, quant Antecrist vendra,Plus des desciples ne merra,Q’Ingratitude atant ou plusOve soy ne meyne; et de celaVerrai tesmoign me porteraL’experience en trestous lieus.L’amour commun ore est perdus,Si est l’amour novel conçuz,Du Covoitise qui naistra:Ne say queu part hucher les huiss,6730Ingratitude u je ne truisTout prest qui me respondera.Dame Covoitise en sa mesonEst la norrice du treson,Que de sa mamelle allaiterLe fait, et puis met envirounDes vices une legioun,Que le devont acompaigner:Peril y vient son escuier,Qui toutdis fait ove soy mener6740Soudeigne chance et Mal renoun:U tieux serront a consailerLe prince, trop se poet doubterLa gent de celle regioun.La Covoitise n’ert soulaine,Q’as tantes vices s’acompaine,Que luy servont comme soldier;Par leur emprise ensi bargaine,Qe l’alme pert qant le corps gaine:Pour ce dist dieus, queplus legier6750L’oill de l’aguile outrepasserPoet ly chameals, q’en ciel entrerLa Covoitise q’est mondaine.Que valt pour ce de covoiterLe halt honour q’est seculer,Dont puis en bass enfern l’en baigne?Du Covoitise ensi diffineL’apostre, et dist q’elle est racineDe trestous mals plus nyce et veine.Senec auci de sa doctrine6760Du pestilence et du morineDist la plus fiere et plus grieveine169C’est Covoitise, qui se peineEn labour, en dolour, en peine,Fin quiert de ce queja ne fine;Car jammais jour de la semeineNe dist asses de son demeine,Ainz comme plus ad, plusenfamine.Ly sages dist que saoulerNe se pourront en covoiter6770Les oils, mais tout cela q’ils voiontVoldront avoir par souhaider;Dont molt sovent maint fol penserAu cuer du covoitous envoiont.Achab et Jesabel quidoiont,Quant ils la vyne covoitoiont,Par ce leur pourpos achieverQue l’innocent Naboth tuoiont;Mais as tous autres essamploiontComme tiel pourchas fait a doubter.6780Auci Joram filz JosaphaDes mals essamples essampla,Quant il du fole CovoitiseSes propres freres sept tuaPour les Cités queux leur donnaLeur piere, dont la manantiseVoloit avoir; mais sa juisePar lettre Helie le devise,Disant q’a male mort morra.Si morust puis du tiele assisse,6790Que sa boële en orde guiseParmy le ventre se cola.La noctua de nuyt oscureVoit clierement de sa natureQuiconquechose que ce soit,Mais au clier jour sa regardureN’est pas si cliere ne si pure:Dont saint Ambrose resembloitLe Covoitous au tiel endroit;Car clierement du siecle voit6800Les temporals en chascune hure,Mais dieu, q’est la lumere au droit,Dont l’alme d’omme enrichir doit,L’oill fault a regarder dessure.Crisostomus ce vait disant,Qe l’oill qui sont deinz soy pesantVoiont le meulx en tenebrour.Senec auci s’en vait parlant,Si dist quel’oill acustummantA les tenebres, du clier jour6810Mirer ne pourront la luour.Tieux sont ly oill du Covoitour,Q’es biens oscurs vont regardantDe la richesse et vain honour,Mais poy sont qui du fin amourLes biens verrais sont covoitant.Par tieus enseignes dois savoirQue Covoitise soul d’avoirTous mals apporte en son office;Car sens perverte en nounsavoir,6820Et verité verte en nounvoir,Et d’equité fait injustice,Si rent malgré pour benefice,Et la bonté tourne en maliceEt bienvuillance en malvoloir;Trestous vertus destourne en viceEn luy qui covoitise entice;C’est le parfit de son devoir.La seconde file d’Avarice, la quele ad a noun Ravyne.La file q’est en ceste lineSeconde est appellé Ravyne,6830Que vivre fait des biens d’autry.Sicomme le coufle en sa faminef. 41Tolt les pulsins de la gelline,Et les transporte envers son ny,Si font trestout ly soen norry:Car n’est qui propre presde luyPourra tenir, dont la saisineNe voet avoir de chascuny;N’ad cure qui soit enmaigri,Mais q’elle ait crasse la peitrine.6840Par le prophete truis escript,Qe comme leon, quant il rougit,Tressalt pour sa ravine faire,Et meintenant sa proie occit,Encore du plus fier habit170Ly Raviner fait son affaire.Si est sa violence maire,Car l’un nature fait attraire,Et l’autre contre resoun vit;L’un prent asses et lors retraire6850S’en fait, mais l’autre parcontraireToutdis retient son appetit.Ly Tigres, qant sa proie quiert,Si point ne trove qu’il requiert,Sicomme saint Job le tesmoigna,Tantost de sa nature piert;Et ensi sovent le compiertCil q’autry bien ravinera.Car Salomon nous dist cela,Tieux est qui l’autry proiera6860Ne ja pour ce plus riches iert,171Ainz au meschief plus en serra;172Car quant sa proie luy faldra,Lors du vengance dieus le fiert.‘Way toy,’ ce disoit Ysaïe,‘Qui fais ta proie en felonye;Car quant serres au proier lass,Lors serres proie au deablerie:’Tout autrecy dist Jeremie.Pour ce t’avise que tu fras,6870Car quant tu vieve proierasEt l’orphanin destruieras,Combien quedieus en ceste vieNe se revenge, seur serras,Quant tu ta vie fineras,Way t’en serra sanz departie.En Baruch truis, de tiele gentDieus molt espoentablementPar l’angre dist, ‘Esta, esta,Sanz retourner du vengement.6880Houstes leur orr, houstes l’argent,Car dissipat trestout serraCe q’ont d’autry proies pieça:N’ert membre qui sufficera,Tant serront fieble du tourment,Et leur visage ennerciraComme pot d’esteign, quel’en verraNeircir de les carbouns sovent.’Au Raviner de sa semblanceLy fresnes porte resemblance,6890Car soutz l’ombrage q’est fresineN’est plante n’erbe quecrescanceAvoir porra, mais descrescance;Trop est la fresne malveisine.Ensi fait l’omme de ravine,Ne laist jardin ne champ ne vine,Dont il ne fait sa pourvoiance,Ne laist ne riche ne beguyne,Qu’il tout ne pile a sa covine;Si vit de l’autry sustienance.6900Ravine fait le fals sergantDe l’autry biens fals acomptant;Ravine fait qui chose embléAchat quant il en est sachant;173Ravyne fait qui receyvantLarroun herberge acoustummé;Ravyne fait q’en sa contréeLes povres gens ad manacée,Dont vont truage a luy rendant;Ravyne fait que le soldée6910Detient, quant homme ad labouré;Ravyne auci font ly tirant.Ravyne font l’executour,Qui sont fals et persecutourAs queux serroiont amiable:Mais uns clercs dist quelour amourResemble au chien, qui nuyt et jourAl huiss fait garder de l’estableLes chivals queux ly sire estable;Mais si morine les destable,6920Lors est ly guardein devorour,Que plus ne leur est defensable,Ains prent q’au soy voit profitable,Le crass ove tout la char de lour.Ravyne tient de s’allianceTrois autres plain du malfesance,Dont Robberie en son mestierEst de sa primere aquointance;Larcine auci du retienanceY vient pour l’autre acompaigner;6930Ly tierce que j’oï nommer,C’est Sacrilege l’adverser,Qui sainte eglise desavance:Cil q’ad ces trois se poet vanter,N’est qui les poet ensi danter,Dont ne ferront leur pourvoiance.Du Robberie ove son compasLy Marchant ne se loent pas,Car ils en sentont le dammage:174Qant quidont passer au mal pas,6940De leur argent et de leur drasIl leur despuille en son oultrage:C’est cil q’aprent au voisinageParler ce dolourous language,Que leur fait dire, ‘Herrow, helas!’Pour ce n’est autre qui plus sage175
C’est Tricherie q’est terrine,A qui Deceipte est attendantOve Falseté, q’est sa cousine.Par leur consail, parleur covineLy covoitous vait compassant6510Comme soit les terres conquestant;Et d’autre part ly fals marchantParleur avis son gaign divine;L’un font de l’orr riche et manant,Et l’autre de leur conspirantDes terres mettont en seisine.Cil Tricherous au repaiageDe l’autry bien prent le tollagePar fals acompte ou autrement;Et quant ad fait l’autri dammage,6520Guaigné le tient en son corage,Come s’il l’ust trové franchement.Mais cil qui triche l’autre gentDoit bien savoir, au finementQue ce n’ert pas son avantage;Car il se triche proprementDe tout le bien q’a l’alme appent,Et ce tesmoigne bien ly sage.El viele loy lors fuist ensi,Que cil q’ot triché vers l’autri6530Du quelquechose, il la rendroitEntiere arere envers celluyQu’il ot triché, ovesqueauciLa quinte plus que ce n’estoit,Et puis offrende a dieu dorroit,Du quoy son pecché rechatoit,Sicomme la loy l’ot establi.Mais ly Tricher q’est orendroitSur l’alme laist a faire droit,Dont cent mil fois plus ert puny.6540Encore Triche de son lynAd sa cousine et son cousinTout presde luy pourconsailler;Ce sont et Fraude et Malengin.Bien fuist, s’ils fuissent en l’enginPour loign jetter en halte mer;Car ce sont qui jammais plenerLeur covenance font guarderN’envers dieu n’envers leur voisin:Ce sont cils qui de leur mestier6550Font nele ove le frument semer,Dont decevont maint homme au fin.Ce sont q’ont double la balanceEt la mesure en decevance,L’un meinz et l’autre trop comprent;Du meindre vendont au creance,Du greindre par multiplianceAchatont de la povre gent:Plus ont deservy jugementQue lieres que l’en treine et pent.6560La bible en porte tesmoignance,167Dieus en la viele loy defentMesure et pois que doublementSe fait a la commun nuisance.Entre les autres pour servirAu Tricherie vient Conspir,La torte cause q’ymagine;Et pour ce qu’il n’en doit faillir,Confederacioun venirY fait, parqui le droit engine;6570Mais Champartie en leur covineSe haste, et nuyt et jour ne fine,De la busoigne au point finir.Ce sont ly troy parqui falsineDame Equité vait en ruine,Et tort se fait en halt tenir.U Tricherie vait, du presVient Circumvencioun apres,Ove son compaign q’ad noun Brocage:Ce sont qui portont le grief fes6580Du Covoitise et tous les fetzParfont; car l’un en son coragePrimer coviette l’avantage,Et l’autre en fait le procurage168Solonc qu’il voit venir l’encress;Q’au paine ascuns serra si sage,Qui n’ert deceu parleur menage,S’ils pardeux fois l’eiont confess.La voegle Ingratitude vientApres les autres, et se tient6590Ove Covoitise main au main:C’est ly pecchés q’au cuer enprientOblivioun, dont riens sovientD’onour, du bien, que son prochainL’ad fait devant, ainz comme vilainDe chescun prent, mais en certainA nul redonne et tout retient:C’est cil q’est toutdis fieble et vainA l’autry prou, mais fort et sainAu propre bien prest se contient.6600La foy, sicomme ly sages dist,D’Ingratitude s’esvanistEnsi comme glace se relente;Car deinz brief temps trestout oublistLe bien q’ainçois ascuns luy fist,Q’au guerdonner ne se talente.Fols est q’au tiel amy presenteArgent ou orr ou terre ou rente;Car quant plus donner ne suffist,Lors le deguerpe et destalente,6610Et au busoign plus quejumenteIrresonnable l’escondist.A l’omme ingrat, tu dois savoir,Que trop perest ce nounsavoir,Si tu tes biens trestous dorroies;Car prest serra de recevoir,Mais redonner de son avoirJa n’ert ce temps quetu le voies:Et d’autre part, si toutes voiesAl homme ingrat servy avoies6620Mill auns a ton loyal pooir,En un soul jour tout le perdroies;Et quant meulx fait avoir quidoies,Il te ferroit pis decevoir.Ingratitude des seignoursDu povre gent prent les labours,Mais point n’aguarde leur meriteA guerdonner; car povre as courtzNe poet que faire ses clamours,Mais ja pour tant denier ne myte6630N’en porte: auci la gent petiteIngratitude leur exciteAu sire qui les fait honours,Que sa bonté serra desdite;Et moult sovent qui plus profiteAs tieus, meinz ad de leur amours.Ingratitude est toutdis uneQ’au Covoitise se commune;C’est cil q’au soir les biens du jourOublist et tout son propre adune,6640Car nulle chose en fait commune:C’est cil qui porte sanz amourf. 40Le cuer, car vers son creatour,Qui l’ad donné sen et vigour,N’en rent mercys ne grace aucune:C’est cil a qui si tout honourUssetz donné, au chief de tourNe t’en redorroit une prune.En l’omme ingrat ja ne te fie;Car s’il t’avoit sa foy plevie,6650Et dieu juret et tous les seintzQ’il jammais jour de sa partieNe te faldroit, ainz sanz partieTe volt amer malade et seins,Pour ce ne serres plus certeins;Car s’il te voit depuis constreinsDu poverte ou du maladie,Ja plus ne luy serres procheins:L’en poet bien dire as tieus vileins,Poverte parte compaignie.6660D’Ingratitude escript je truisLa cause dont serra perdus;Car l’omme ingrat est sanz pité,En tant ques’il trovast al huissSon piere et miere ensi confus,Q’au pain begant fuissont alé,Et par meschief desherbergé,Ja pour ce d’ospitalitéNe serroiont parluy rescuz,Ainçois serroiont refusé.6670Fils q’ensi laist son parentée,C’est pecché qu’il doit vivre plus.L’ingrat q’ensi se desnatureEst pis que chiens en sa nature:Car chien son seignourvif et mortAime et defent a sa mesure,Mais l’omme ingrat a toi nulle hureAmour ne loialté ne port;Pour ton baiser il te remort,Fay droit a luy, il te fra tort,6680Pour t’onour il te deshonure:C’est cil qui mal pour bien report,Dont dieus pourson tresmalvois portLe hiet, et toute creature.Pour ce quel’omme ingrat est tiel,Il est nommé desnaturel,Dont quanquedieu fist et crea,En terre, en l’air, en mer, en ciel,Le dampnont, car pis q’amer fielLe trove qui le goustera:6690Pour ce dieus le despisera,Nature auci l’abhomera,Et l’angre q’est espiritielOve toute beste le harra,Fors soul ly deable, a qui plerra,Car deable en soy sont autretiel.Quant hors del arche el temps pieçaNoë le corbyn envoiaSur tous les autres en message,Desnaturel trop s’esprova,6700Q’a luy depuis ne retournaPour reconter de son rivage;Dont la domeste et la salvageDe toute beste en celle nageLe corbin de ce fait dampna:Mais plus me semble en son corageQue l’omme ingrat se desparage,Que l’oisel q’ensi s’en vola.A ce corbin pres toute gentSont resemblable au jour present;6710Car chascun prent de son veisinQuanq’il poet prendre aucunementDu bien, d’onour, d’avancement;Mais puis s’om le demande au finGuerdoun, lors sicomme le corbinS’esloigne, et de son malenginS’escuse du guerdonnement;Et ensi le pomme enterinPrent cil qui puis le soul pepinA redonner se fait dolent.6720Je croy, quant Antecrist vendra,Plus des desciples ne merra,Q’Ingratitude atant ou plusOve soy ne meyne; et de celaVerrai tesmoign me porteraL’experience en trestous lieus.L’amour commun ore est perdus,Si est l’amour novel conçuz,Du Covoitise qui naistra:Ne say queu part hucher les huiss,6730Ingratitude u je ne truisTout prest qui me respondera.Dame Covoitise en sa mesonEst la norrice du treson,Que de sa mamelle allaiterLe fait, et puis met envirounDes vices une legioun,Que le devont acompaigner:Peril y vient son escuier,Qui toutdis fait ove soy mener6740Soudeigne chance et Mal renoun:U tieux serront a consailerLe prince, trop se poet doubterLa gent de celle regioun.La Covoitise n’ert soulaine,Q’as tantes vices s’acompaine,Que luy servont comme soldier;Par leur emprise ensi bargaine,Qe l’alme pert qant le corps gaine:Pour ce dist dieus, queplus legier6750L’oill de l’aguile outrepasserPoet ly chameals, q’en ciel entrerLa Covoitise q’est mondaine.Que valt pour ce de covoiterLe halt honour q’est seculer,Dont puis en bass enfern l’en baigne?Du Covoitise ensi diffineL’apostre, et dist q’elle est racineDe trestous mals plus nyce et veine.Senec auci de sa doctrine6760Du pestilence et du morineDist la plus fiere et plus grieveine169C’est Covoitise, qui se peineEn labour, en dolour, en peine,Fin quiert de ce queja ne fine;Car jammais jour de la semeineNe dist asses de son demeine,Ainz comme plus ad, plusenfamine.Ly sages dist que saoulerNe se pourront en covoiter6770Les oils, mais tout cela q’ils voiontVoldront avoir par souhaider;Dont molt sovent maint fol penserAu cuer du covoitous envoiont.Achab et Jesabel quidoiont,Quant ils la vyne covoitoiont,Par ce leur pourpos achieverQue l’innocent Naboth tuoiont;Mais as tous autres essamploiontComme tiel pourchas fait a doubter.6780Auci Joram filz JosaphaDes mals essamples essampla,Quant il du fole CovoitiseSes propres freres sept tuaPour les Cités queux leur donnaLeur piere, dont la manantiseVoloit avoir; mais sa juisePar lettre Helie le devise,Disant q’a male mort morra.Si morust puis du tiele assisse,6790Que sa boële en orde guiseParmy le ventre se cola.La noctua de nuyt oscureVoit clierement de sa natureQuiconquechose que ce soit,Mais au clier jour sa regardureN’est pas si cliere ne si pure:Dont saint Ambrose resembloitLe Covoitous au tiel endroit;Car clierement du siecle voit6800Les temporals en chascune hure,Mais dieu, q’est la lumere au droit,Dont l’alme d’omme enrichir doit,L’oill fault a regarder dessure.Crisostomus ce vait disant,Qe l’oill qui sont deinz soy pesantVoiont le meulx en tenebrour.Senec auci s’en vait parlant,Si dist quel’oill acustummantA les tenebres, du clier jour6810Mirer ne pourront la luour.Tieux sont ly oill du Covoitour,Q’es biens oscurs vont regardantDe la richesse et vain honour,Mais poy sont qui du fin amourLes biens verrais sont covoitant.Par tieus enseignes dois savoirQue Covoitise soul d’avoirTous mals apporte en son office;Car sens perverte en nounsavoir,6820Et verité verte en nounvoir,Et d’equité fait injustice,Si rent malgré pour benefice,Et la bonté tourne en maliceEt bienvuillance en malvoloir;Trestous vertus destourne en viceEn luy qui covoitise entice;C’est le parfit de son devoir.La seconde file d’Avarice, la quele ad a noun Ravyne.La file q’est en ceste lineSeconde est appellé Ravyne,6830Que vivre fait des biens d’autry.Sicomme le coufle en sa faminef. 41Tolt les pulsins de la gelline,Et les transporte envers son ny,Si font trestout ly soen norry:Car n’est qui propre presde luyPourra tenir, dont la saisineNe voet avoir de chascuny;N’ad cure qui soit enmaigri,Mais q’elle ait crasse la peitrine.6840Par le prophete truis escript,Qe comme leon, quant il rougit,Tressalt pour sa ravine faire,Et meintenant sa proie occit,Encore du plus fier habit170Ly Raviner fait son affaire.Si est sa violence maire,Car l’un nature fait attraire,Et l’autre contre resoun vit;L’un prent asses et lors retraire6850S’en fait, mais l’autre parcontraireToutdis retient son appetit.Ly Tigres, qant sa proie quiert,Si point ne trove qu’il requiert,Sicomme saint Job le tesmoigna,Tantost de sa nature piert;Et ensi sovent le compiertCil q’autry bien ravinera.Car Salomon nous dist cela,Tieux est qui l’autry proiera6860Ne ja pour ce plus riches iert,171Ainz au meschief plus en serra;172Car quant sa proie luy faldra,Lors du vengance dieus le fiert.‘Way toy,’ ce disoit Ysaïe,‘Qui fais ta proie en felonye;Car quant serres au proier lass,Lors serres proie au deablerie:’Tout autrecy dist Jeremie.Pour ce t’avise que tu fras,6870Car quant tu vieve proierasEt l’orphanin destruieras,Combien quedieus en ceste vieNe se revenge, seur serras,Quant tu ta vie fineras,Way t’en serra sanz departie.En Baruch truis, de tiele gentDieus molt espoentablementPar l’angre dist, ‘Esta, esta,Sanz retourner du vengement.6880Houstes leur orr, houstes l’argent,Car dissipat trestout serraCe q’ont d’autry proies pieça:N’ert membre qui sufficera,Tant serront fieble du tourment,Et leur visage ennerciraComme pot d’esteign, quel’en verraNeircir de les carbouns sovent.’Au Raviner de sa semblanceLy fresnes porte resemblance,6890Car soutz l’ombrage q’est fresineN’est plante n’erbe quecrescanceAvoir porra, mais descrescance;Trop est la fresne malveisine.Ensi fait l’omme de ravine,Ne laist jardin ne champ ne vine,Dont il ne fait sa pourvoiance,Ne laist ne riche ne beguyne,Qu’il tout ne pile a sa covine;Si vit de l’autry sustienance.6900Ravine fait le fals sergantDe l’autry biens fals acomptant;Ravine fait qui chose embléAchat quant il en est sachant;173Ravyne fait qui receyvantLarroun herberge acoustummé;Ravyne fait q’en sa contréeLes povres gens ad manacée,Dont vont truage a luy rendant;Ravyne fait que le soldée6910Detient, quant homme ad labouré;Ravyne auci font ly tirant.Ravyne font l’executour,Qui sont fals et persecutourAs queux serroiont amiable:Mais uns clercs dist quelour amourResemble au chien, qui nuyt et jourAl huiss fait garder de l’estableLes chivals queux ly sire estable;Mais si morine les destable,6920Lors est ly guardein devorour,Que plus ne leur est defensable,Ains prent q’au soy voit profitable,Le crass ove tout la char de lour.Ravyne tient de s’allianceTrois autres plain du malfesance,Dont Robberie en son mestierEst de sa primere aquointance;Larcine auci du retienanceY vient pour l’autre acompaigner;6930Ly tierce que j’oï nommer,C’est Sacrilege l’adverser,Qui sainte eglise desavance:Cil q’ad ces trois se poet vanter,N’est qui les poet ensi danter,Dont ne ferront leur pourvoiance.Du Robberie ove son compasLy Marchant ne se loent pas,Car ils en sentont le dammage:174Qant quidont passer au mal pas,6940De leur argent et de leur drasIl leur despuille en son oultrage:C’est cil q’aprent au voisinageParler ce dolourous language,Que leur fait dire, ‘Herrow, helas!’Pour ce n’est autre qui plus sage175
C’est Tricherie q’est terrine,
A qui Deceipte est attendant
Ove Falseté, q’est sa cousine.
Par leur consail, parleur covine
Ly covoitous vait compassant6510
Comme soit les terres conquestant;
Et d’autre part ly fals marchant
Parleur avis son gaign divine;
L’un font de l’orr riche et manant,
Et l’autre de leur conspirant
Des terres mettont en seisine.
Cil Tricherous au repaiage
De l’autry bien prent le tollage
Par fals acompte ou autrement;
Et quant ad fait l’autri dammage,6520
Guaigné le tient en son corage,
Come s’il l’ust trové franchement.
Mais cil qui triche l’autre gent
Doit bien savoir, au finement
Que ce n’ert pas son avantage;
Car il se triche proprement
De tout le bien q’a l’alme appent,
Et ce tesmoigne bien ly sage.
El viele loy lors fuist ensi,
Que cil q’ot triché vers l’autri6530
Du quelquechose, il la rendroit
Entiere arere envers celluy
Qu’il ot triché, ovesqueauci
La quinte plus que ce n’estoit,
Et puis offrende a dieu dorroit,
Du quoy son pecché rechatoit,
Sicomme la loy l’ot establi.
Mais ly Tricher q’est orendroit
Sur l’alme laist a faire droit,
Dont cent mil fois plus ert puny.6540
Encore Triche de son lyn
Ad sa cousine et son cousin
Tout presde luy pourconsailler;
Ce sont et Fraude et Malengin.
Bien fuist, s’ils fuissent en l’engin
Pour loign jetter en halte mer;
Car ce sont qui jammais plener
Leur covenance font guarder
N’envers dieu n’envers leur voisin:
Ce sont cils qui de leur mestier6550
Font nele ove le frument semer,
Dont decevont maint homme au fin.
Ce sont q’ont double la balance
Et la mesure en decevance,
L’un meinz et l’autre trop comprent;
Du meindre vendont au creance,
Du greindre par multipliance
Achatont de la povre gent:
Plus ont deservy jugement
Que lieres que l’en treine et pent.6560
La bible en porte tesmoignance,167
Dieus en la viele loy defent
Mesure et pois que doublement
Se fait a la commun nuisance.
Entre les autres pour servir
Au Tricherie vient Conspir,
La torte cause q’ymagine;
Et pour ce qu’il n’en doit faillir,
Confederacioun venir
Y fait, parqui le droit engine;6570
Mais Champartie en leur covine
Se haste, et nuyt et jour ne fine,
De la busoigne au point finir.
Ce sont ly troy parqui falsine
Dame Equité vait en ruine,
Et tort se fait en halt tenir.
U Tricherie vait, du pres
Vient Circumvencioun apres,
Ove son compaign q’ad noun Brocage:
Ce sont qui portont le grief fes6580
Du Covoitise et tous les fetz
Parfont; car l’un en son corage
Primer coviette l’avantage,
Et l’autre en fait le procurage168
Solonc qu’il voit venir l’encress;
Q’au paine ascuns serra si sage,
Qui n’ert deceu parleur menage,
S’ils pardeux fois l’eiont confess.
La voegle Ingratitude vient
Apres les autres, et se tient6590
Ove Covoitise main au main:
C’est ly pecchés q’au cuer enprient
Oblivioun, dont riens sovient
D’onour, du bien, que son prochain
L’ad fait devant, ainz comme vilain
De chescun prent, mais en certain
A nul redonne et tout retient:
C’est cil q’est toutdis fieble et vain
A l’autry prou, mais fort et sain
Au propre bien prest se contient.6600
La foy, sicomme ly sages dist,
D’Ingratitude s’esvanist
Ensi comme glace se relente;
Car deinz brief temps trestout oublist
Le bien q’ainçois ascuns luy fist,
Q’au guerdonner ne se talente.
Fols est q’au tiel amy presente
Argent ou orr ou terre ou rente;
Car quant plus donner ne suffist,
Lors le deguerpe et destalente,6610
Et au busoign plus quejumente
Irresonnable l’escondist.
A l’omme ingrat, tu dois savoir,
Que trop perest ce nounsavoir,
Si tu tes biens trestous dorroies;
Car prest serra de recevoir,
Mais redonner de son avoir
Ja n’ert ce temps quetu le voies:
Et d’autre part, si toutes voies
Al homme ingrat servy avoies6620
Mill auns a ton loyal pooir,
En un soul jour tout le perdroies;
Et quant meulx fait avoir quidoies,
Il te ferroit pis decevoir.
Ingratitude des seignours
Du povre gent prent les labours,
Mais point n’aguarde leur merite
A guerdonner; car povre as courtz
Ne poet que faire ses clamours,
Mais ja pour tant denier ne myte6630
N’en porte: auci la gent petite
Ingratitude leur excite
Au sire qui les fait honours,
Que sa bonté serra desdite;
Et moult sovent qui plus profite
As tieus, meinz ad de leur amours.
Ingratitude est toutdis une
Q’au Covoitise se commune;
C’est cil q’au soir les biens du jour
Oublist et tout son propre adune,6640
Car nulle chose en fait commune:
C’est cil qui porte sanz amour
f. 40
Le cuer, car vers son creatour,
Qui l’ad donné sen et vigour,
N’en rent mercys ne grace aucune:
C’est cil a qui si tout honour
Ussetz donné, au chief de tour
Ne t’en redorroit une prune.
En l’omme ingrat ja ne te fie;
Car s’il t’avoit sa foy plevie,6650
Et dieu juret et tous les seintz
Q’il jammais jour de sa partie
Ne te faldroit, ainz sanz partie
Te volt amer malade et seins,
Pour ce ne serres plus certeins;
Car s’il te voit depuis constreins
Du poverte ou du maladie,
Ja plus ne luy serres procheins:
L’en poet bien dire as tieus vileins,
Poverte parte compaignie.6660
D’Ingratitude escript je truis
La cause dont serra perdus;
Car l’omme ingrat est sanz pité,
En tant ques’il trovast al huiss
Son piere et miere ensi confus,
Q’au pain begant fuissont alé,
Et par meschief desherbergé,
Ja pour ce d’ospitalité
Ne serroiont parluy rescuz,
Ainçois serroiont refusé.6670
Fils q’ensi laist son parentée,
C’est pecché qu’il doit vivre plus.
L’ingrat q’ensi se desnature
Est pis que chiens en sa nature:
Car chien son seignourvif et mort
Aime et defent a sa mesure,
Mais l’omme ingrat a toi nulle hure
Amour ne loialté ne port;
Pour ton baiser il te remort,
Fay droit a luy, il te fra tort,6680
Pour t’onour il te deshonure:
C’est cil qui mal pour bien report,
Dont dieus pourson tresmalvois port
Le hiet, et toute creature.
Pour ce quel’omme ingrat est tiel,
Il est nommé desnaturel,
Dont quanquedieu fist et crea,
En terre, en l’air, en mer, en ciel,
Le dampnont, car pis q’amer fiel
Le trove qui le goustera:6690
Pour ce dieus le despisera,
Nature auci l’abhomera,
Et l’angre q’est espiritiel
Ove toute beste le harra,
Fors soul ly deable, a qui plerra,
Car deable en soy sont autretiel.
Quant hors del arche el temps pieça
Noë le corbyn envoia
Sur tous les autres en message,
Desnaturel trop s’esprova,6700
Q’a luy depuis ne retourna
Pour reconter de son rivage;
Dont la domeste et la salvage
De toute beste en celle nage
Le corbin de ce fait dampna:
Mais plus me semble en son corage
Que l’omme ingrat se desparage,
Que l’oisel q’ensi s’en vola.
A ce corbin pres toute gent
Sont resemblable au jour present;6710
Car chascun prent de son veisin
Quanq’il poet prendre aucunement
Du bien, d’onour, d’avancement;
Mais puis s’om le demande au fin
Guerdoun, lors sicomme le corbin
S’esloigne, et de son malengin
S’escuse du guerdonnement;
Et ensi le pomme enterin
Prent cil qui puis le soul pepin
A redonner se fait dolent.6720
Je croy, quant Antecrist vendra,
Plus des desciples ne merra,
Q’Ingratitude atant ou plus
Ove soy ne meyne; et de cela
Verrai tesmoign me portera
L’experience en trestous lieus.
L’amour commun ore est perdus,
Si est l’amour novel conçuz,
Du Covoitise qui naistra:
Ne say queu part hucher les huiss,6730
Ingratitude u je ne truis
Tout prest qui me respondera.
Dame Covoitise en sa meson
Est la norrice du treson,
Que de sa mamelle allaiter
Le fait, et puis met enviroun
Des vices une legioun,
Que le devont acompaigner:
Peril y vient son escuier,
Qui toutdis fait ove soy mener6740
Soudeigne chance et Mal renoun:
U tieux serront a consailer
Le prince, trop se poet doubter
La gent de celle regioun.
La Covoitise n’ert soulaine,
Q’as tantes vices s’acompaine,
Que luy servont comme soldier;
Par leur emprise ensi bargaine,
Qe l’alme pert qant le corps gaine:
Pour ce dist dieus, queplus legier6750
L’oill de l’aguile outrepasser
Poet ly chameals, q’en ciel entrer
La Covoitise q’est mondaine.
Que valt pour ce de covoiter
Le halt honour q’est seculer,
Dont puis en bass enfern l’en baigne?
Du Covoitise ensi diffine
L’apostre, et dist q’elle est racine
De trestous mals plus nyce et veine.
Senec auci de sa doctrine6760
Du pestilence et du morine
Dist la plus fiere et plus grieveine169
C’est Covoitise, qui se peine
En labour, en dolour, en peine,
Fin quiert de ce queja ne fine;
Car jammais jour de la semeine
Ne dist asses de son demeine,
Ainz comme plus ad, plusenfamine.
Ly sages dist que saouler
Ne se pourront en covoiter6770
Les oils, mais tout cela q’ils voiont
Voldront avoir par souhaider;
Dont molt sovent maint fol penser
Au cuer du covoitous envoiont.
Achab et Jesabel quidoiont,
Quant ils la vyne covoitoiont,
Par ce leur pourpos achiever
Que l’innocent Naboth tuoiont;
Mais as tous autres essamploiont
Comme tiel pourchas fait a doubter.6780
Auci Joram filz Josapha
Des mals essamples essampla,
Quant il du fole Covoitise
Ses propres freres sept tua
Pour les Cités queux leur donna
Leur piere, dont la manantise
Voloit avoir; mais sa juise
Par lettre Helie le devise,
Disant q’a male mort morra.
Si morust puis du tiele assisse,6790
Que sa boële en orde guise
Parmy le ventre se cola.
La noctua de nuyt oscure
Voit clierement de sa nature
Quiconquechose que ce soit,
Mais au clier jour sa regardure
N’est pas si cliere ne si pure:
Dont saint Ambrose resembloit
Le Covoitous au tiel endroit;
Car clierement du siecle voit6800
Les temporals en chascune hure,
Mais dieu, q’est la lumere au droit,
Dont l’alme d’omme enrichir doit,
L’oill fault a regarder dessure.
Crisostomus ce vait disant,
Qe l’oill qui sont deinz soy pesant
Voiont le meulx en tenebrour.
Senec auci s’en vait parlant,
Si dist quel’oill acustummant
A les tenebres, du clier jour6810
Mirer ne pourront la luour.
Tieux sont ly oill du Covoitour,
Q’es biens oscurs vont regardant
De la richesse et vain honour,
Mais poy sont qui du fin amour
Les biens verrais sont covoitant.
Par tieus enseignes dois savoir
Que Covoitise soul d’avoir
Tous mals apporte en son office;
Car sens perverte en nounsavoir,6820
Et verité verte en nounvoir,
Et d’equité fait injustice,
Si rent malgré pour benefice,
Et la bonté tourne en malice
Et bienvuillance en malvoloir;
Trestous vertus destourne en vice
En luy qui covoitise entice;
C’est le parfit de son devoir.
La seconde file d’Avarice, la quele ad a noun Ravyne.
La seconde file d’Avarice, la quele ad a noun Ravyne.
La file q’est en ceste line
Seconde est appellé Ravyne,6830
Que vivre fait des biens d’autry.
Sicomme le coufle en sa famine
f. 41
Tolt les pulsins de la gelline,
Et les transporte envers son ny,
Si font trestout ly soen norry:
Car n’est qui propre presde luy
Pourra tenir, dont la saisine
Ne voet avoir de chascuny;
N’ad cure qui soit enmaigri,
Mais q’elle ait crasse la peitrine.6840
Par le prophete truis escript,
Qe comme leon, quant il rougit,
Tressalt pour sa ravine faire,
Et meintenant sa proie occit,
Encore du plus fier habit170
Ly Raviner fait son affaire.
Si est sa violence maire,
Car l’un nature fait attraire,
Et l’autre contre resoun vit;
L’un prent asses et lors retraire6850
S’en fait, mais l’autre parcontraire
Toutdis retient son appetit.
Ly Tigres, qant sa proie quiert,
Si point ne trove qu’il requiert,
Sicomme saint Job le tesmoigna,
Tantost de sa nature piert;
Et ensi sovent le compiert
Cil q’autry bien ravinera.
Car Salomon nous dist cela,
Tieux est qui l’autry proiera6860
Ne ja pour ce plus riches iert,171
Ainz au meschief plus en serra;172
Car quant sa proie luy faldra,
Lors du vengance dieus le fiert.
‘Way toy,’ ce disoit Ysaïe,
‘Qui fais ta proie en felonye;
Car quant serres au proier lass,
Lors serres proie au deablerie:’
Tout autrecy dist Jeremie.
Pour ce t’avise que tu fras,6870
Car quant tu vieve proieras
Et l’orphanin destruieras,
Combien quedieus en ceste vie
Ne se revenge, seur serras,
Quant tu ta vie fineras,
Way t’en serra sanz departie.
En Baruch truis, de tiele gent
Dieus molt espoentablement
Par l’angre dist, ‘Esta, esta,
Sanz retourner du vengement.6880
Houstes leur orr, houstes l’argent,
Car dissipat trestout serra
Ce q’ont d’autry proies pieça:
N’ert membre qui sufficera,
Tant serront fieble du tourment,
Et leur visage ennercira
Comme pot d’esteign, quel’en verra
Neircir de les carbouns sovent.’
Au Raviner de sa semblance
Ly fresnes porte resemblance,6890
Car soutz l’ombrage q’est fresine
N’est plante n’erbe quecrescance
Avoir porra, mais descrescance;
Trop est la fresne malveisine.
Ensi fait l’omme de ravine,
Ne laist jardin ne champ ne vine,
Dont il ne fait sa pourvoiance,
Ne laist ne riche ne beguyne,
Qu’il tout ne pile a sa covine;
Si vit de l’autry sustienance.6900
Ravine fait le fals sergant
De l’autry biens fals acomptant;
Ravine fait qui chose emblé
Achat quant il en est sachant;173
Ravyne fait qui receyvant
Larroun herberge acoustummé;
Ravyne fait q’en sa contrée
Les povres gens ad manacée,
Dont vont truage a luy rendant;
Ravyne fait que le soldée6910
Detient, quant homme ad labouré;
Ravyne auci font ly tirant.
Ravyne font l’executour,
Qui sont fals et persecutour
As queux serroiont amiable:
Mais uns clercs dist quelour amour
Resemble au chien, qui nuyt et jour
Al huiss fait garder de l’estable
Les chivals queux ly sire estable;
Mais si morine les destable,6920
Lors est ly guardein devorour,
Que plus ne leur est defensable,
Ains prent q’au soy voit profitable,
Le crass ove tout la char de lour.
Ravyne tient de s’alliance
Trois autres plain du malfesance,
Dont Robberie en son mestier
Est de sa primere aquointance;
Larcine auci du retienance
Y vient pour l’autre acompaigner;6930
Ly tierce que j’oï nommer,
C’est Sacrilege l’adverser,
Qui sainte eglise desavance:
Cil q’ad ces trois se poet vanter,
N’est qui les poet ensi danter,
Dont ne ferront leur pourvoiance.
Du Robberie ove son compas
Ly Marchant ne se loent pas,
Car ils en sentont le dammage:174
Qant quidont passer au mal pas,6940
De leur argent et de leur dras
Il leur despuille en son oultrage:
C’est cil q’aprent au voisinage
Parler ce dolourous language,
Que leur fait dire, ‘Herrow, helas!’
Pour ce n’est autre qui plus sage175