Ore est ensi, q’au jour presentPour faire un novel chivalerSollempneté diverse appentSolonc ce quele temps comprentDu guerre ou peas; mais diviserComment l’en doit sollempnizerNe vuil je point tout au plener,Q’a ma matiere ce ne pent;Mais soul d’un mot je vuil parler,23650Du quel il covient adouberTout chivaler qui l’ordre prent.Ou soit du peas, ou soit du guerre,Cil qui le chivaler doit fereAu fin luy donne la colée,Et si luy dist, ‘Sanz toy retrereSoietz prodhomme en ton affere.’Par ce mot il est adoubé,Siq’au prodhomme est obligé,Dont puis apres en nul degré,23660S’au son estat ne voet forsfere,Se mellera du malvoisté;Ainçois parfine honestetéDoit la prouesce d’armes quere.Mais solonc ce q’om vait parlant,Des tieux y ad qui meintenantMalvoisement font l’observanceDe ce qu’ils ont en covenant:Q’au prodhomme est appartienantSovent mettont en oubliance,23670Ne quieront point l’onourde France,Ainz font a l’ostell demouranceEt leur voisins vont guerroiant;Ne leur amonte escu ne lance,Maisq’ils eiont la maintenanceDe leur paiis partout avant.Tiels est qui se fait adouberNonpas pour prouesce avancer,Ainçois le fait q’en son paiisLes gens luy duissont honourer,23680Siqu’il les porra rançoner,Qant il vers soy les ad soubmis:Mais qant les jours d’amoursont prisDe la querelle, et il comprisN’y soit, dont porra terminerLa cause tout a son divis,Lors quide avoir perdu son pris.Vei cy, comme vaillant bacheler!Apres nul autre guerre ascoute,Mais qant cils de la povre route,23690Q’en son paiis luy sont voisin,Et l’un fiert l’autre ou le deboute,De sa prouesce lors se bouteEt la querelle enprent au fin;Dont il voet gaigner le florinEt les presentz du pain et vin,Q’il leur lerra ne grein ne goute,Il vit du proie come corbin:f. 130Tiel soldeour n’est pas divin,Q’ensi la povre gent degloute.23700Armure ascune ne querra,Maisqu’il du langue conquerra,Car d’autre espeie ja ne fiert.Quiconques bien luy soldera,Comme vaillant s’aperticeraAs les assisses u qu’il ert;De sa prouesce lors appiert,Et tant fait quele droit y piertPar tort, le quell avancera,Dont il les larges douns conquiert:23710Mais si povre homme le requiert,Il se desdeigne de cela.De la la mer quiconquegaigneEn Lombardie ou en EspaigneL’onour, que chalt? Il se tient coy,Ne quiert sercher terre foraine;Ainz a l’ostell son prou bargaigne,Si s’entremet de tiel armoyU point n’y ad du bonne foy,Dont met les povres en effroy23720Qu’il tolt le berbis et la laine:Si les heraldz luy criont poy‘Largesce,’ il fait nient meinz pourquoyDont poverez gens chascun se plaigne.Tiel chivaler q’ensi s’essaieL’en nomme un chivaler de haie,Car chastell ja n’assiegera:582En lieu q’il son penon desplaieSauf est, n’y falt a doubter plaieNe peril dont le corps morra,23730Mais l’alme en grant peril serra.Qant il l’assisse ordineraEt qu’il l’enqueste desarraie,Du maintenue qu’il ferraLes poveres gens manacera,Qe de sa part chascuns s’esmaie.Tiel chivaler mal s’esvertueQ’ensi par torte maintenueFait rançonner les povres gens;Dont il pourchace champ et rue23740Et largement boit et mangue,Mais autre en paie le despens:583Des marches dont il est regentzCils qui sont povres indigentzNe sont pas de sa retenue;Ainçois les riches innocentz,Qui font a luy les paiementz,Itieux pour son proufit salue.Du loy civile il est escrit,Nul chivaler, s’il est parfit,23750Serra marchant ne pourchaçour;Car chivaler q’ad son delitEn lucre, pert son appetitA souffrir d’armes le labour.Pour ce du loy empereourLy chivalers q’est sanz valour,Qui laist les armes pour proufit,Perdra, puisq’il est au sojour,Son privilege et son honour,Qant point comme chivaler ne vit.23760Mais l’autre, qui fait son devoir,Grant privilege doit avoir,Qu’il ert exempt de l’autre gent,Siquela loy n’ara pooirDe son corps ne de son avoir;Dont il doit venir duementA nul commun enquerrement,N’en autre office ascunementLors serra mis, c’est assavoir584Maisqu’il poursuie franchement23770Les armes bien et noblement,Dont il porra le meulx valoir.Du loy Civile est establis,Qe qant ly commun serra misAu Gabelle ou posicioun,Les biens au chivaler de prisDes tieux taillages sont horsprisEt sont du franc condicioun,Qu’il doit avoir remissiounSanz paine ne punicioun,23780Ensi qu’il serra franc toutdisAs armes pour tuicioun,De garder sanz perdiciounLe commun droit de son paiis.Mais d’autre part c’est un decré,Le chivaler serra juré,Qant l’ordre prent au primerein,Q’en champ ne doit fuïr un piéPour mort ne pour adverseté,Ainz doit defendre de sa mein23790Et son paiis et son prochein,Car son devoir et son certeinA soul ce point est ordiné;Dont s’il son ordre tient au plein,Ja d’autre charge n’ert gardein,Ainz ert exempt et honouré.Mais cil truant qui point ne vontAs armes ne s’esjoyerontDu privilege au chivaler,Qant a l’ostell sojourneront:23800Pour ce de commun loy serrontEt assissour et officer,Ne l’en leur doit pas respiterDe leur catell ne leur denier,Qu’ils pour Gabelle paieront;Car qui les armes voet lesser,Par droit ne serra parçonierAl honour queles armes font.Ce sciet chascuns en son endroitPar tout le monde, quelq’il soit,23810Qui tient estat en ceste vie,S’il a son point ne se pourvoit,Ainçois s’esloigne et se forsvoit,Qant il ad fait l’apostazie,Ja puis n’ad guarde de folie:Ce dis pour la chivalerie,Que chivaler guarder se doitDe pourchas et de marchandie,Car ces deux pointz n’acordont mie,Qui l’ordre en voet garder au droit.58523820Mais nepourqant au jour present,Sicomme l’en dist communement,Des chivalers q’ont perdu honteOm voit plusours, dont sui dolent,Qui tant devienont violentDu covoitise que leur monte,Que leur prouesce riens amonte.Mais qant le lucre honoursurmonte,Ne say quoy dire au tiele gent:Si je parresoun le vous conte,23830Plus valt berchier au droit acompteQe cil q’en l’ordre ensi mesprent.Tiel chivaler bien se remireQu’il n’ara ja mestier du mire,Ainçois a l’ostel se repose,U qu’il son lucre ades conspireEt fait les povres gens despire,Q’encontre luy nuls parler ose.Mais certes c’est vilaine chose,Qant vice ad la vertu forsclose23840En chivaler, siqu’il desireLe lucre, dont il se repose:Des tiels y ad comme je supposePlus de quatorsze en cest empire.Ne say quoy valt cil chivalerQui point ne se voet essamplerDes armes, dont il soit vaillant,Si comme fuist Gorge, et resemblerNe voet au bon hospitellerSaint Julian ne tant ne qant,23850Dont soit les povres herbergant:Car chivaler q’est sufficantDe corps et biens et travaillerNe voet, et est sur ce tenantD’escharceté, meinz est vaillantQue n’est le ciphre a comparer.Mais si le chivaler couchourNe guart la reule ne l’onourDe ce que son estat destine,Ore aguardons de l’autre tour23860Si cil q’as armes son retourFait, soit honeste en sa covine.Il est tout voir q’en ce termineDessur la terre et dessoubz myneOm voit que chivaler plusourQuieront prouesce oultremarine,Mais si leur cause fuist divine,Bien fuissent digne de valour.Sisz chivalers sont dit des prus,Roys Charles, Godefrois, Arthus,23870Dans Josué, Judas, Davy:En tous leur faitz prouesce truisPlain des loenges et vertusVers dieu et vers le siecle auci:Par ceaux n’estoit orguil cheriNe covoitise, et tant vous dy,C’estoit la cause dont veneuzN’estoiont de leur anemy;Et pour ce qu’ils firont ensiLeur noun encore est retenuz.23880C’estoiont chivaler au droitEt de prouesce en son endroit,Et de simplesce en sa mesure;Dont au present molt bon serroitQe parceaux l’en essampleroitA querre honour sanz mesprisure.Des chivalers ore a ceste hureHom voit hardis a demesure,Si travaillont a grant esploitEt vont querant leur aventure;23890f. 131Dont resoun est q’om les honure,Si ce parbonne cause soit.O chivaler, je t’en dirray,Tu qui travailles a l’essayDevers Espruce et Tartarie.La cause dont tu vas ne say,Trois causes t’en diviseray,Les deux ne valont une alie:La primere est, si j’ensi dieDe ma prouesce enorguillie,23900‘Pour loos avoir je passeray’;Ou autrement, ‘C’est pourm’amye,Dont puiss avoir sa druerie,Et pour ce je travailleray.’O chivaler, savoir porras,Si tu pour tiele cause irras,Que je t’en vois cy divisant,L’essample point ne suieras,Ne d’armes ceaux resembleras,Des queux tu m’as oÿ contant:23910Car nul puet estre bien vaillant,S’il dieu ne mette a son devant;Mais tu, qui pourle siecle vas,Si ton pourpos n’es achievantSolonc ce quetu vais querant,Lors je ne say quoy tu ferras.Si tu d’orguil voes travaillerPour vaine gloire seculer,Dont soietz le superiourDes autres, lors t’estuet donner23920Ton garnement et ton denierAs les heraldz, qu’il ta valourEt ta largesce a grant clamourFacent crier; car si l’onourNe te voet celle part aider,Lors je ne say quoy ton labourTe puet valoir, ainz a sojourAssetz te valt meulx reposer.Et d’autre part si ta covineSoit pour la cause femeline,23930Dont as le cuer enamouré,Et sur ce passes la marine,A revenir si la meschineOu dame solonc son degré,Pour quelle tu t’es travaillé,Ne deigne avoir de toy pité,Tout as failly du medicine:Car ce sachetz du verité,Qe tu n’en aras le bon gréDe la prouesce q’est divine.23940Et nepourqant a mon avis,Si plainement a ton divisDe l’un et l’autre q’ai noméUssetz le point en toy compris,Primer quedu loenge et prisSur tous les autrez renoméFuissetz et le plus honouré,Et q’ussetz a ta volentéLe cuer de tes amours conquis,Trestout ce n’est que vanité;23950Car huy es en prosperitéEt l’endemain tout est failliz.Mais d’autre part a tant vous di,La tierce cause n’est ensi,Pour quelle ly prodhons travaille;Ainz est parcause de celluyParqui tous bons sont remerySolonc l’estat quechascun vaille.Ton dieu, q’a toy prouesce baille,Drois est q’au primercommençailleDevant tous autres soit servi;23961Car chivaler q’ensi se taillePour son loer dieus apparailleL’onour terrin, le ciel auci.O chivaler, bien te pourpense,Avise toy de l’evidence,Le quel valt meulx, ou dieu servir,En qui tout bien fine et commence,Ou pour la veine reverenceL’onour du siecle poursuïr.23970Pour fol l’en puet celluy tenirQui laist le bon et prent le pir,Qant il en voit la difference:586Al un des deux te falt tenir,Mais quel te vient plusau plesirJe laiss dessur ta conscience.Mais dont la chose est avenueNe say, ne dont le mal se mue;Car ce voit bien cil q’ore vit,Chivalerie est trop perdue,23980Verrai prouesce est abatue,Pourdieu servir trop sont petit:Mais d’autre part sanz contreditPourluy servir en chascun plitLe siecle ad large retenue;Car d’orguil ou du foldelitAu jour present, sicomme l’en dist,Chivalerie est maintenue.Les chivalers et l’escuiers,Qui sont as armes costummers,23990S’ils bien facent leur dueté,Sur tous les autres seculersSont a louer, car leur mestiersDu siecle est le plus honouréDe prouesce et de renomée:Mais autrement en leur degré,En cas q’ils soiont baratiers,Lors serront ils ly plus blaméPar tout le siecle et diffaméEt des privés et d’estrangiers.24000Les armes sont commun as tous,Mais tous ne sont chivalerousQueux nousvoions les armes prendre;Car cil q’est vein et orguillousEt du pilage covoitousN’est digne a tiel honourcomprendre.Mais ore, helas! qui voet attendreEt le commun clamour entendreOrra merveilles entre nous;L’onour dont l’en souloit ascendreEn cest estat veons descendre,24011Q’est a tous autres perillous.Mais cil q’au droit se voet armerEt sur les guerres travailler,Estuet a guarder tout avantPour la querelle examiner,Qu’il ne se face a tort lever,Dont ert la cause defendant:Et puis falt q’il se soit armantNon pour le lucre tant ne qant,24020Mais pour droiture supporter;Car qui les paiis exilantVait et la povre gent pilant,Sur tous se doit bien aviser.Combien quela querelle soitBien juste, encore il se deçoitQui pour le vein honour avoir,Ainz quepour sustenir le droit,Se fait armer; ou d’autre endroit,S’il arme et tue pour l’avoir24030De les richesces rescevoir,De son estat ne son devoirNe fait ensi comme faire doit.Pour ce chascuns se doit veoirQu’il sache d’armes tout le voir,Car sages est qui se pourvoit.Selonc l’entente que tu as,Du bien et mal resceiveras,Car dieus reguarde ton corage:En juste cause tu porras24040Tort faire, car si tu t’en vasPlus pourle gaign de ton pilageQe pour le droit, lors vassellagePar ton maltolt se desparage,Qe nul honour deserviras:Mais si pour droit fais ton voiage,Lors pris, honour et avantageTrestout ensemble avoir porras.Mais certes ore je ne sayDe ces gens d’armes quoy dirray,Q’ensi disant les ay oïz:24051‘Es guerres je travailleray,Je serray riche ou je morray,Ainz querevoie mon paiisNe mes parens ne mes amys.’Mais riens parlont, ce m’est avis,‘Je pour le droit combateray,’Ainz sont du covoitise espris;Mais cil n’est digne d’avoir prisQui d’armes fait ensi l’essay.24060O chivaler qui vas longteinEn terre estrange et quiers souleinLoenge d’armes, ce sachietz,Si ton paiis et ton procheinAit guerre en soy, tout est en veinL’onour, qant tu t’es eslongezDe ton paiis et estrangez:Car cil qui laist ses duetés,Et ne voet faire son certein,Ainz fait ses propres volentés,24070N’est resoun qu’il soit honourés,Combien qu’il soit du forte mein.Mais qui la guerre au tort conspire,Om doit celluy sur tout despire;Et nepourqant au present jourVeoir porra, qui bien remire,Pour le proufit quel’en desireOu pour l’orguil du vein honourChascuns voet estre guerreiour,Ou a ce faire consaillour;24080Dont la justice trop enpireEn noz paiis partout entour,f. 132Trestous en faisons no clamour,587Mais n’est qui puet troverle mire.Qant cils en qui toute prouesce,
Ore est ensi, q’au jour presentPour faire un novel chivalerSollempneté diverse appentSolonc ce quele temps comprentDu guerre ou peas; mais diviserComment l’en doit sollempnizerNe vuil je point tout au plener,Q’a ma matiere ce ne pent;Mais soul d’un mot je vuil parler,23650Du quel il covient adouberTout chivaler qui l’ordre prent.Ou soit du peas, ou soit du guerre,Cil qui le chivaler doit fereAu fin luy donne la colée,Et si luy dist, ‘Sanz toy retrereSoietz prodhomme en ton affere.’Par ce mot il est adoubé,Siq’au prodhomme est obligé,Dont puis apres en nul degré,23660S’au son estat ne voet forsfere,Se mellera du malvoisté;Ainçois parfine honestetéDoit la prouesce d’armes quere.Mais solonc ce q’om vait parlant,Des tieux y ad qui meintenantMalvoisement font l’observanceDe ce qu’ils ont en covenant:Q’au prodhomme est appartienantSovent mettont en oubliance,23670Ne quieront point l’onourde France,Ainz font a l’ostell demouranceEt leur voisins vont guerroiant;Ne leur amonte escu ne lance,Maisq’ils eiont la maintenanceDe leur paiis partout avant.Tiels est qui se fait adouberNonpas pour prouesce avancer,Ainçois le fait q’en son paiisLes gens luy duissont honourer,23680Siqu’il les porra rançoner,Qant il vers soy les ad soubmis:Mais qant les jours d’amoursont prisDe la querelle, et il comprisN’y soit, dont porra terminerLa cause tout a son divis,Lors quide avoir perdu son pris.Vei cy, comme vaillant bacheler!Apres nul autre guerre ascoute,Mais qant cils de la povre route,23690Q’en son paiis luy sont voisin,Et l’un fiert l’autre ou le deboute,De sa prouesce lors se bouteEt la querelle enprent au fin;Dont il voet gaigner le florinEt les presentz du pain et vin,Q’il leur lerra ne grein ne goute,Il vit du proie come corbin:f. 130Tiel soldeour n’est pas divin,Q’ensi la povre gent degloute.23700Armure ascune ne querra,Maisqu’il du langue conquerra,Car d’autre espeie ja ne fiert.Quiconques bien luy soldera,Comme vaillant s’aperticeraAs les assisses u qu’il ert;De sa prouesce lors appiert,Et tant fait quele droit y piertPar tort, le quell avancera,Dont il les larges douns conquiert:23710Mais si povre homme le requiert,Il se desdeigne de cela.De la la mer quiconquegaigneEn Lombardie ou en EspaigneL’onour, que chalt? Il se tient coy,Ne quiert sercher terre foraine;Ainz a l’ostell son prou bargaigne,Si s’entremet de tiel armoyU point n’y ad du bonne foy,Dont met les povres en effroy23720Qu’il tolt le berbis et la laine:Si les heraldz luy criont poy‘Largesce,’ il fait nient meinz pourquoyDont poverez gens chascun se plaigne.Tiel chivaler q’ensi s’essaieL’en nomme un chivaler de haie,Car chastell ja n’assiegera:582En lieu q’il son penon desplaieSauf est, n’y falt a doubter plaieNe peril dont le corps morra,23730Mais l’alme en grant peril serra.Qant il l’assisse ordineraEt qu’il l’enqueste desarraie,Du maintenue qu’il ferraLes poveres gens manacera,Qe de sa part chascuns s’esmaie.Tiel chivaler mal s’esvertueQ’ensi par torte maintenueFait rançonner les povres gens;Dont il pourchace champ et rue23740Et largement boit et mangue,Mais autre en paie le despens:583Des marches dont il est regentzCils qui sont povres indigentzNe sont pas de sa retenue;Ainçois les riches innocentz,Qui font a luy les paiementz,Itieux pour son proufit salue.Du loy civile il est escrit,Nul chivaler, s’il est parfit,23750Serra marchant ne pourchaçour;Car chivaler q’ad son delitEn lucre, pert son appetitA souffrir d’armes le labour.Pour ce du loy empereourLy chivalers q’est sanz valour,Qui laist les armes pour proufit,Perdra, puisq’il est au sojour,Son privilege et son honour,Qant point comme chivaler ne vit.23760Mais l’autre, qui fait son devoir,Grant privilege doit avoir,Qu’il ert exempt de l’autre gent,Siquela loy n’ara pooirDe son corps ne de son avoir;Dont il doit venir duementA nul commun enquerrement,N’en autre office ascunementLors serra mis, c’est assavoir584Maisqu’il poursuie franchement23770Les armes bien et noblement,Dont il porra le meulx valoir.Du loy Civile est establis,Qe qant ly commun serra misAu Gabelle ou posicioun,Les biens au chivaler de prisDes tieux taillages sont horsprisEt sont du franc condicioun,Qu’il doit avoir remissiounSanz paine ne punicioun,23780Ensi qu’il serra franc toutdisAs armes pour tuicioun,De garder sanz perdiciounLe commun droit de son paiis.Mais d’autre part c’est un decré,Le chivaler serra juré,Qant l’ordre prent au primerein,Q’en champ ne doit fuïr un piéPour mort ne pour adverseté,Ainz doit defendre de sa mein23790Et son paiis et son prochein,Car son devoir et son certeinA soul ce point est ordiné;Dont s’il son ordre tient au plein,Ja d’autre charge n’ert gardein,Ainz ert exempt et honouré.Mais cil truant qui point ne vontAs armes ne s’esjoyerontDu privilege au chivaler,Qant a l’ostell sojourneront:23800Pour ce de commun loy serrontEt assissour et officer,Ne l’en leur doit pas respiterDe leur catell ne leur denier,Qu’ils pour Gabelle paieront;Car qui les armes voet lesser,Par droit ne serra parçonierAl honour queles armes font.Ce sciet chascuns en son endroitPar tout le monde, quelq’il soit,23810Qui tient estat en ceste vie,S’il a son point ne se pourvoit,Ainçois s’esloigne et se forsvoit,Qant il ad fait l’apostazie,Ja puis n’ad guarde de folie:Ce dis pour la chivalerie,Que chivaler guarder se doitDe pourchas et de marchandie,Car ces deux pointz n’acordont mie,Qui l’ordre en voet garder au droit.58523820Mais nepourqant au jour present,Sicomme l’en dist communement,Des chivalers q’ont perdu honteOm voit plusours, dont sui dolent,Qui tant devienont violentDu covoitise que leur monte,Que leur prouesce riens amonte.Mais qant le lucre honoursurmonte,Ne say quoy dire au tiele gent:Si je parresoun le vous conte,23830Plus valt berchier au droit acompteQe cil q’en l’ordre ensi mesprent.Tiel chivaler bien se remireQu’il n’ara ja mestier du mire,Ainçois a l’ostel se repose,U qu’il son lucre ades conspireEt fait les povres gens despire,Q’encontre luy nuls parler ose.Mais certes c’est vilaine chose,Qant vice ad la vertu forsclose23840En chivaler, siqu’il desireLe lucre, dont il se repose:Des tiels y ad comme je supposePlus de quatorsze en cest empire.Ne say quoy valt cil chivalerQui point ne se voet essamplerDes armes, dont il soit vaillant,Si comme fuist Gorge, et resemblerNe voet au bon hospitellerSaint Julian ne tant ne qant,23850Dont soit les povres herbergant:Car chivaler q’est sufficantDe corps et biens et travaillerNe voet, et est sur ce tenantD’escharceté, meinz est vaillantQue n’est le ciphre a comparer.Mais si le chivaler couchourNe guart la reule ne l’onourDe ce que son estat destine,Ore aguardons de l’autre tour23860Si cil q’as armes son retourFait, soit honeste en sa covine.Il est tout voir q’en ce termineDessur la terre et dessoubz myneOm voit que chivaler plusourQuieront prouesce oultremarine,Mais si leur cause fuist divine,Bien fuissent digne de valour.Sisz chivalers sont dit des prus,Roys Charles, Godefrois, Arthus,23870Dans Josué, Judas, Davy:En tous leur faitz prouesce truisPlain des loenges et vertusVers dieu et vers le siecle auci:Par ceaux n’estoit orguil cheriNe covoitise, et tant vous dy,C’estoit la cause dont veneuzN’estoiont de leur anemy;Et pour ce qu’ils firont ensiLeur noun encore est retenuz.23880C’estoiont chivaler au droitEt de prouesce en son endroit,Et de simplesce en sa mesure;Dont au present molt bon serroitQe parceaux l’en essampleroitA querre honour sanz mesprisure.Des chivalers ore a ceste hureHom voit hardis a demesure,Si travaillont a grant esploitEt vont querant leur aventure;23890f. 131Dont resoun est q’om les honure,Si ce parbonne cause soit.O chivaler, je t’en dirray,Tu qui travailles a l’essayDevers Espruce et Tartarie.La cause dont tu vas ne say,Trois causes t’en diviseray,Les deux ne valont une alie:La primere est, si j’ensi dieDe ma prouesce enorguillie,23900‘Pour loos avoir je passeray’;Ou autrement, ‘C’est pourm’amye,Dont puiss avoir sa druerie,Et pour ce je travailleray.’O chivaler, savoir porras,Si tu pour tiele cause irras,Que je t’en vois cy divisant,L’essample point ne suieras,Ne d’armes ceaux resembleras,Des queux tu m’as oÿ contant:23910Car nul puet estre bien vaillant,S’il dieu ne mette a son devant;Mais tu, qui pourle siecle vas,Si ton pourpos n’es achievantSolonc ce quetu vais querant,Lors je ne say quoy tu ferras.Si tu d’orguil voes travaillerPour vaine gloire seculer,Dont soietz le superiourDes autres, lors t’estuet donner23920Ton garnement et ton denierAs les heraldz, qu’il ta valourEt ta largesce a grant clamourFacent crier; car si l’onourNe te voet celle part aider,Lors je ne say quoy ton labourTe puet valoir, ainz a sojourAssetz te valt meulx reposer.Et d’autre part si ta covineSoit pour la cause femeline,23930Dont as le cuer enamouré,Et sur ce passes la marine,A revenir si la meschineOu dame solonc son degré,Pour quelle tu t’es travaillé,Ne deigne avoir de toy pité,Tout as failly du medicine:Car ce sachetz du verité,Qe tu n’en aras le bon gréDe la prouesce q’est divine.23940Et nepourqant a mon avis,Si plainement a ton divisDe l’un et l’autre q’ai noméUssetz le point en toy compris,Primer quedu loenge et prisSur tous les autrez renoméFuissetz et le plus honouré,Et q’ussetz a ta volentéLe cuer de tes amours conquis,Trestout ce n’est que vanité;23950Car huy es en prosperitéEt l’endemain tout est failliz.Mais d’autre part a tant vous di,La tierce cause n’est ensi,Pour quelle ly prodhons travaille;Ainz est parcause de celluyParqui tous bons sont remerySolonc l’estat quechascun vaille.Ton dieu, q’a toy prouesce baille,Drois est q’au primercommençailleDevant tous autres soit servi;23961Car chivaler q’ensi se taillePour son loer dieus apparailleL’onour terrin, le ciel auci.O chivaler, bien te pourpense,Avise toy de l’evidence,Le quel valt meulx, ou dieu servir,En qui tout bien fine et commence,Ou pour la veine reverenceL’onour du siecle poursuïr.23970Pour fol l’en puet celluy tenirQui laist le bon et prent le pir,Qant il en voit la difference:586Al un des deux te falt tenir,Mais quel te vient plusau plesirJe laiss dessur ta conscience.Mais dont la chose est avenueNe say, ne dont le mal se mue;Car ce voit bien cil q’ore vit,Chivalerie est trop perdue,23980Verrai prouesce est abatue,Pourdieu servir trop sont petit:Mais d’autre part sanz contreditPourluy servir en chascun plitLe siecle ad large retenue;Car d’orguil ou du foldelitAu jour present, sicomme l’en dist,Chivalerie est maintenue.Les chivalers et l’escuiers,Qui sont as armes costummers,23990S’ils bien facent leur dueté,Sur tous les autres seculersSont a louer, car leur mestiersDu siecle est le plus honouréDe prouesce et de renomée:Mais autrement en leur degré,En cas q’ils soiont baratiers,Lors serront ils ly plus blaméPar tout le siecle et diffaméEt des privés et d’estrangiers.24000Les armes sont commun as tous,Mais tous ne sont chivalerousQueux nousvoions les armes prendre;Car cil q’est vein et orguillousEt du pilage covoitousN’est digne a tiel honourcomprendre.Mais ore, helas! qui voet attendreEt le commun clamour entendreOrra merveilles entre nous;L’onour dont l’en souloit ascendreEn cest estat veons descendre,24011Q’est a tous autres perillous.Mais cil q’au droit se voet armerEt sur les guerres travailler,Estuet a guarder tout avantPour la querelle examiner,Qu’il ne se face a tort lever,Dont ert la cause defendant:Et puis falt q’il se soit armantNon pour le lucre tant ne qant,24020Mais pour droiture supporter;Car qui les paiis exilantVait et la povre gent pilant,Sur tous se doit bien aviser.Combien quela querelle soitBien juste, encore il se deçoitQui pour le vein honour avoir,Ainz quepour sustenir le droit,Se fait armer; ou d’autre endroit,S’il arme et tue pour l’avoir24030De les richesces rescevoir,De son estat ne son devoirNe fait ensi comme faire doit.Pour ce chascuns se doit veoirQu’il sache d’armes tout le voir,Car sages est qui se pourvoit.Selonc l’entente que tu as,Du bien et mal resceiveras,Car dieus reguarde ton corage:En juste cause tu porras24040Tort faire, car si tu t’en vasPlus pourle gaign de ton pilageQe pour le droit, lors vassellagePar ton maltolt se desparage,Qe nul honour deserviras:Mais si pour droit fais ton voiage,Lors pris, honour et avantageTrestout ensemble avoir porras.Mais certes ore je ne sayDe ces gens d’armes quoy dirray,Q’ensi disant les ay oïz:24051‘Es guerres je travailleray,Je serray riche ou je morray,Ainz querevoie mon paiisNe mes parens ne mes amys.’Mais riens parlont, ce m’est avis,‘Je pour le droit combateray,’Ainz sont du covoitise espris;Mais cil n’est digne d’avoir prisQui d’armes fait ensi l’essay.24060O chivaler qui vas longteinEn terre estrange et quiers souleinLoenge d’armes, ce sachietz,Si ton paiis et ton procheinAit guerre en soy, tout est en veinL’onour, qant tu t’es eslongezDe ton paiis et estrangez:Car cil qui laist ses duetés,Et ne voet faire son certein,Ainz fait ses propres volentés,24070N’est resoun qu’il soit honourés,Combien qu’il soit du forte mein.Mais qui la guerre au tort conspire,Om doit celluy sur tout despire;Et nepourqant au present jourVeoir porra, qui bien remire,Pour le proufit quel’en desireOu pour l’orguil du vein honourChascuns voet estre guerreiour,Ou a ce faire consaillour;24080Dont la justice trop enpireEn noz paiis partout entour,f. 132Trestous en faisons no clamour,587Mais n’est qui puet troverle mire.Qant cils en qui toute prouesce,
Ore est ensi, q’au jour presentPour faire un novel chivalerSollempneté diverse appentSolonc ce quele temps comprentDu guerre ou peas; mais diviserComment l’en doit sollempnizerNe vuil je point tout au plener,Q’a ma matiere ce ne pent;Mais soul d’un mot je vuil parler,23650Du quel il covient adouberTout chivaler qui l’ordre prent.Ou soit du peas, ou soit du guerre,Cil qui le chivaler doit fereAu fin luy donne la colée,Et si luy dist, ‘Sanz toy retrereSoietz prodhomme en ton affere.’Par ce mot il est adoubé,Siq’au prodhomme est obligé,Dont puis apres en nul degré,23660S’au son estat ne voet forsfere,Se mellera du malvoisté;Ainçois parfine honestetéDoit la prouesce d’armes quere.Mais solonc ce q’om vait parlant,Des tieux y ad qui meintenantMalvoisement font l’observanceDe ce qu’ils ont en covenant:Q’au prodhomme est appartienantSovent mettont en oubliance,23670Ne quieront point l’onourde France,Ainz font a l’ostell demouranceEt leur voisins vont guerroiant;Ne leur amonte escu ne lance,Maisq’ils eiont la maintenanceDe leur paiis partout avant.Tiels est qui se fait adouberNonpas pour prouesce avancer,Ainçois le fait q’en son paiisLes gens luy duissont honourer,23680Siqu’il les porra rançoner,Qant il vers soy les ad soubmis:Mais qant les jours d’amoursont prisDe la querelle, et il comprisN’y soit, dont porra terminerLa cause tout a son divis,Lors quide avoir perdu son pris.Vei cy, comme vaillant bacheler!Apres nul autre guerre ascoute,Mais qant cils de la povre route,23690Q’en son paiis luy sont voisin,Et l’un fiert l’autre ou le deboute,De sa prouesce lors se bouteEt la querelle enprent au fin;Dont il voet gaigner le florinEt les presentz du pain et vin,Q’il leur lerra ne grein ne goute,Il vit du proie come corbin:f. 130Tiel soldeour n’est pas divin,Q’ensi la povre gent degloute.23700Armure ascune ne querra,Maisqu’il du langue conquerra,Car d’autre espeie ja ne fiert.Quiconques bien luy soldera,Comme vaillant s’aperticeraAs les assisses u qu’il ert;De sa prouesce lors appiert,Et tant fait quele droit y piertPar tort, le quell avancera,Dont il les larges douns conquiert:23710Mais si povre homme le requiert,Il se desdeigne de cela.De la la mer quiconquegaigneEn Lombardie ou en EspaigneL’onour, que chalt? Il se tient coy,Ne quiert sercher terre foraine;Ainz a l’ostell son prou bargaigne,Si s’entremet de tiel armoyU point n’y ad du bonne foy,Dont met les povres en effroy23720Qu’il tolt le berbis et la laine:Si les heraldz luy criont poy‘Largesce,’ il fait nient meinz pourquoyDont poverez gens chascun se plaigne.Tiel chivaler q’ensi s’essaieL’en nomme un chivaler de haie,Car chastell ja n’assiegera:582En lieu q’il son penon desplaieSauf est, n’y falt a doubter plaieNe peril dont le corps morra,23730Mais l’alme en grant peril serra.Qant il l’assisse ordineraEt qu’il l’enqueste desarraie,Du maintenue qu’il ferraLes poveres gens manacera,Qe de sa part chascuns s’esmaie.Tiel chivaler mal s’esvertueQ’ensi par torte maintenueFait rançonner les povres gens;Dont il pourchace champ et rue23740Et largement boit et mangue,Mais autre en paie le despens:583Des marches dont il est regentzCils qui sont povres indigentzNe sont pas de sa retenue;Ainçois les riches innocentz,Qui font a luy les paiementz,Itieux pour son proufit salue.Du loy civile il est escrit,Nul chivaler, s’il est parfit,23750Serra marchant ne pourchaçour;Car chivaler q’ad son delitEn lucre, pert son appetitA souffrir d’armes le labour.Pour ce du loy empereourLy chivalers q’est sanz valour,Qui laist les armes pour proufit,Perdra, puisq’il est au sojour,Son privilege et son honour,Qant point comme chivaler ne vit.23760Mais l’autre, qui fait son devoir,Grant privilege doit avoir,Qu’il ert exempt de l’autre gent,Siquela loy n’ara pooirDe son corps ne de son avoir;Dont il doit venir duementA nul commun enquerrement,N’en autre office ascunementLors serra mis, c’est assavoir584Maisqu’il poursuie franchement23770Les armes bien et noblement,Dont il porra le meulx valoir.Du loy Civile est establis,Qe qant ly commun serra misAu Gabelle ou posicioun,Les biens au chivaler de prisDes tieux taillages sont horsprisEt sont du franc condicioun,Qu’il doit avoir remissiounSanz paine ne punicioun,23780Ensi qu’il serra franc toutdisAs armes pour tuicioun,De garder sanz perdiciounLe commun droit de son paiis.Mais d’autre part c’est un decré,Le chivaler serra juré,Qant l’ordre prent au primerein,Q’en champ ne doit fuïr un piéPour mort ne pour adverseté,Ainz doit defendre de sa mein23790Et son paiis et son prochein,Car son devoir et son certeinA soul ce point est ordiné;Dont s’il son ordre tient au plein,Ja d’autre charge n’ert gardein,Ainz ert exempt et honouré.Mais cil truant qui point ne vontAs armes ne s’esjoyerontDu privilege au chivaler,Qant a l’ostell sojourneront:23800Pour ce de commun loy serrontEt assissour et officer,Ne l’en leur doit pas respiterDe leur catell ne leur denier,Qu’ils pour Gabelle paieront;Car qui les armes voet lesser,Par droit ne serra parçonierAl honour queles armes font.Ce sciet chascuns en son endroitPar tout le monde, quelq’il soit,23810Qui tient estat en ceste vie,S’il a son point ne se pourvoit,Ainçois s’esloigne et se forsvoit,Qant il ad fait l’apostazie,Ja puis n’ad guarde de folie:Ce dis pour la chivalerie,Que chivaler guarder se doitDe pourchas et de marchandie,Car ces deux pointz n’acordont mie,Qui l’ordre en voet garder au droit.58523820Mais nepourqant au jour present,Sicomme l’en dist communement,Des chivalers q’ont perdu honteOm voit plusours, dont sui dolent,Qui tant devienont violentDu covoitise que leur monte,Que leur prouesce riens amonte.Mais qant le lucre honoursurmonte,Ne say quoy dire au tiele gent:Si je parresoun le vous conte,23830Plus valt berchier au droit acompteQe cil q’en l’ordre ensi mesprent.Tiel chivaler bien se remireQu’il n’ara ja mestier du mire,Ainçois a l’ostel se repose,U qu’il son lucre ades conspireEt fait les povres gens despire,Q’encontre luy nuls parler ose.Mais certes c’est vilaine chose,Qant vice ad la vertu forsclose23840En chivaler, siqu’il desireLe lucre, dont il se repose:Des tiels y ad comme je supposePlus de quatorsze en cest empire.Ne say quoy valt cil chivalerQui point ne se voet essamplerDes armes, dont il soit vaillant,Si comme fuist Gorge, et resemblerNe voet au bon hospitellerSaint Julian ne tant ne qant,23850Dont soit les povres herbergant:Car chivaler q’est sufficantDe corps et biens et travaillerNe voet, et est sur ce tenantD’escharceté, meinz est vaillantQue n’est le ciphre a comparer.Mais si le chivaler couchourNe guart la reule ne l’onourDe ce que son estat destine,Ore aguardons de l’autre tour23860Si cil q’as armes son retourFait, soit honeste en sa covine.Il est tout voir q’en ce termineDessur la terre et dessoubz myneOm voit que chivaler plusourQuieront prouesce oultremarine,Mais si leur cause fuist divine,Bien fuissent digne de valour.Sisz chivalers sont dit des prus,Roys Charles, Godefrois, Arthus,23870Dans Josué, Judas, Davy:En tous leur faitz prouesce truisPlain des loenges et vertusVers dieu et vers le siecle auci:Par ceaux n’estoit orguil cheriNe covoitise, et tant vous dy,C’estoit la cause dont veneuzN’estoiont de leur anemy;Et pour ce qu’ils firont ensiLeur noun encore est retenuz.23880C’estoiont chivaler au droitEt de prouesce en son endroit,Et de simplesce en sa mesure;Dont au present molt bon serroitQe parceaux l’en essampleroitA querre honour sanz mesprisure.Des chivalers ore a ceste hureHom voit hardis a demesure,Si travaillont a grant esploitEt vont querant leur aventure;23890f. 131Dont resoun est q’om les honure,Si ce parbonne cause soit.O chivaler, je t’en dirray,Tu qui travailles a l’essayDevers Espruce et Tartarie.La cause dont tu vas ne say,Trois causes t’en diviseray,Les deux ne valont une alie:La primere est, si j’ensi dieDe ma prouesce enorguillie,23900‘Pour loos avoir je passeray’;Ou autrement, ‘C’est pourm’amye,Dont puiss avoir sa druerie,Et pour ce je travailleray.’O chivaler, savoir porras,Si tu pour tiele cause irras,Que je t’en vois cy divisant,L’essample point ne suieras,Ne d’armes ceaux resembleras,Des queux tu m’as oÿ contant:23910Car nul puet estre bien vaillant,S’il dieu ne mette a son devant;Mais tu, qui pourle siecle vas,Si ton pourpos n’es achievantSolonc ce quetu vais querant,Lors je ne say quoy tu ferras.Si tu d’orguil voes travaillerPour vaine gloire seculer,Dont soietz le superiourDes autres, lors t’estuet donner23920Ton garnement et ton denierAs les heraldz, qu’il ta valourEt ta largesce a grant clamourFacent crier; car si l’onourNe te voet celle part aider,Lors je ne say quoy ton labourTe puet valoir, ainz a sojourAssetz te valt meulx reposer.Et d’autre part si ta covineSoit pour la cause femeline,23930Dont as le cuer enamouré,Et sur ce passes la marine,A revenir si la meschineOu dame solonc son degré,Pour quelle tu t’es travaillé,Ne deigne avoir de toy pité,Tout as failly du medicine:Car ce sachetz du verité,Qe tu n’en aras le bon gréDe la prouesce q’est divine.23940Et nepourqant a mon avis,Si plainement a ton divisDe l’un et l’autre q’ai noméUssetz le point en toy compris,Primer quedu loenge et prisSur tous les autrez renoméFuissetz et le plus honouré,Et q’ussetz a ta volentéLe cuer de tes amours conquis,Trestout ce n’est que vanité;23950Car huy es en prosperitéEt l’endemain tout est failliz.Mais d’autre part a tant vous di,La tierce cause n’est ensi,Pour quelle ly prodhons travaille;Ainz est parcause de celluyParqui tous bons sont remerySolonc l’estat quechascun vaille.Ton dieu, q’a toy prouesce baille,Drois est q’au primercommençailleDevant tous autres soit servi;23961Car chivaler q’ensi se taillePour son loer dieus apparailleL’onour terrin, le ciel auci.O chivaler, bien te pourpense,Avise toy de l’evidence,Le quel valt meulx, ou dieu servir,En qui tout bien fine et commence,Ou pour la veine reverenceL’onour du siecle poursuïr.23970Pour fol l’en puet celluy tenirQui laist le bon et prent le pir,Qant il en voit la difference:586Al un des deux te falt tenir,Mais quel te vient plusau plesirJe laiss dessur ta conscience.Mais dont la chose est avenueNe say, ne dont le mal se mue;Car ce voit bien cil q’ore vit,Chivalerie est trop perdue,23980Verrai prouesce est abatue,Pourdieu servir trop sont petit:Mais d’autre part sanz contreditPourluy servir en chascun plitLe siecle ad large retenue;Car d’orguil ou du foldelitAu jour present, sicomme l’en dist,Chivalerie est maintenue.Les chivalers et l’escuiers,Qui sont as armes costummers,23990S’ils bien facent leur dueté,Sur tous les autres seculersSont a louer, car leur mestiersDu siecle est le plus honouréDe prouesce et de renomée:Mais autrement en leur degré,En cas q’ils soiont baratiers,Lors serront ils ly plus blaméPar tout le siecle et diffaméEt des privés et d’estrangiers.24000Les armes sont commun as tous,Mais tous ne sont chivalerousQueux nousvoions les armes prendre;Car cil q’est vein et orguillousEt du pilage covoitousN’est digne a tiel honourcomprendre.Mais ore, helas! qui voet attendreEt le commun clamour entendreOrra merveilles entre nous;L’onour dont l’en souloit ascendreEn cest estat veons descendre,24011Q’est a tous autres perillous.Mais cil q’au droit se voet armerEt sur les guerres travailler,Estuet a guarder tout avantPour la querelle examiner,Qu’il ne se face a tort lever,Dont ert la cause defendant:Et puis falt q’il se soit armantNon pour le lucre tant ne qant,24020Mais pour droiture supporter;Car qui les paiis exilantVait et la povre gent pilant,Sur tous se doit bien aviser.Combien quela querelle soitBien juste, encore il se deçoitQui pour le vein honour avoir,Ainz quepour sustenir le droit,Se fait armer; ou d’autre endroit,S’il arme et tue pour l’avoir24030De les richesces rescevoir,De son estat ne son devoirNe fait ensi comme faire doit.Pour ce chascuns se doit veoirQu’il sache d’armes tout le voir,Car sages est qui se pourvoit.Selonc l’entente que tu as,Du bien et mal resceiveras,Car dieus reguarde ton corage:En juste cause tu porras24040Tort faire, car si tu t’en vasPlus pourle gaign de ton pilageQe pour le droit, lors vassellagePar ton maltolt se desparage,Qe nul honour deserviras:Mais si pour droit fais ton voiage,Lors pris, honour et avantageTrestout ensemble avoir porras.Mais certes ore je ne sayDe ces gens d’armes quoy dirray,Q’ensi disant les ay oïz:24051‘Es guerres je travailleray,Je serray riche ou je morray,Ainz querevoie mon paiisNe mes parens ne mes amys.’Mais riens parlont, ce m’est avis,‘Je pour le droit combateray,’Ainz sont du covoitise espris;Mais cil n’est digne d’avoir prisQui d’armes fait ensi l’essay.24060O chivaler qui vas longteinEn terre estrange et quiers souleinLoenge d’armes, ce sachietz,Si ton paiis et ton procheinAit guerre en soy, tout est en veinL’onour, qant tu t’es eslongezDe ton paiis et estrangez:Car cil qui laist ses duetés,Et ne voet faire son certein,Ainz fait ses propres volentés,24070N’est resoun qu’il soit honourés,Combien qu’il soit du forte mein.Mais qui la guerre au tort conspire,Om doit celluy sur tout despire;Et nepourqant au present jourVeoir porra, qui bien remire,Pour le proufit quel’en desireOu pour l’orguil du vein honourChascuns voet estre guerreiour,Ou a ce faire consaillour;24080Dont la justice trop enpireEn noz paiis partout entour,f. 132Trestous en faisons no clamour,587Mais n’est qui puet troverle mire.Qant cils en qui toute prouesce,
Ore est ensi, q’au jour present
Pour faire un novel chivaler
Sollempneté diverse appent
Solonc ce quele temps comprent
Du guerre ou peas; mais diviser
Comment l’en doit sollempnizer
Ne vuil je point tout au plener,
Q’a ma matiere ce ne pent;
Mais soul d’un mot je vuil parler,23650
Du quel il covient adouber
Tout chivaler qui l’ordre prent.
Ou soit du peas, ou soit du guerre,
Cil qui le chivaler doit fere
Au fin luy donne la colée,
Et si luy dist, ‘Sanz toy retrere
Soietz prodhomme en ton affere.’
Par ce mot il est adoubé,
Siq’au prodhomme est obligé,
Dont puis apres en nul degré,23660
S’au son estat ne voet forsfere,
Se mellera du malvoisté;
Ainçois parfine honesteté
Doit la prouesce d’armes quere.
Mais solonc ce q’om vait parlant,
Des tieux y ad qui meintenant
Malvoisement font l’observance
De ce qu’ils ont en covenant:
Q’au prodhomme est appartienant
Sovent mettont en oubliance,23670
Ne quieront point l’onourde France,
Ainz font a l’ostell demourance
Et leur voisins vont guerroiant;
Ne leur amonte escu ne lance,
Maisq’ils eiont la maintenance
De leur paiis partout avant.
Tiels est qui se fait adouber
Nonpas pour prouesce avancer,
Ainçois le fait q’en son paiis
Les gens luy duissont honourer,23680
Siqu’il les porra rançoner,
Qant il vers soy les ad soubmis:
Mais qant les jours d’amoursont pris
De la querelle, et il compris
N’y soit, dont porra terminer
La cause tout a son divis,
Lors quide avoir perdu son pris.
Vei cy, comme vaillant bacheler!
Apres nul autre guerre ascoute,
Mais qant cils de la povre route,23690
Q’en son paiis luy sont voisin,
Et l’un fiert l’autre ou le deboute,
De sa prouesce lors se boute
Et la querelle enprent au fin;
Dont il voet gaigner le florin
Et les presentz du pain et vin,
Q’il leur lerra ne grein ne goute,
Il vit du proie come corbin:
f. 130
Tiel soldeour n’est pas divin,
Q’ensi la povre gent degloute.23700
Armure ascune ne querra,
Maisqu’il du langue conquerra,
Car d’autre espeie ja ne fiert.
Quiconques bien luy soldera,
Comme vaillant s’aperticera
As les assisses u qu’il ert;
De sa prouesce lors appiert,
Et tant fait quele droit y piert
Par tort, le quell avancera,
Dont il les larges douns conquiert:23710
Mais si povre homme le requiert,
Il se desdeigne de cela.
De la la mer quiconquegaigne
En Lombardie ou en Espaigne
L’onour, que chalt? Il se tient coy,
Ne quiert sercher terre foraine;
Ainz a l’ostell son prou bargaigne,
Si s’entremet de tiel armoy
U point n’y ad du bonne foy,
Dont met les povres en effroy23720
Qu’il tolt le berbis et la laine:
Si les heraldz luy criont poy
‘Largesce,’ il fait nient meinz pourquoy
Dont poverez gens chascun se plaigne.
Tiel chivaler q’ensi s’essaie
L’en nomme un chivaler de haie,
Car chastell ja n’assiegera:582
En lieu q’il son penon desplaie
Sauf est, n’y falt a doubter plaie
Ne peril dont le corps morra,23730
Mais l’alme en grant peril serra.
Qant il l’assisse ordinera
Et qu’il l’enqueste desarraie,
Du maintenue qu’il ferra
Les poveres gens manacera,
Qe de sa part chascuns s’esmaie.
Tiel chivaler mal s’esvertue
Q’ensi par torte maintenue
Fait rançonner les povres gens;
Dont il pourchace champ et rue23740
Et largement boit et mangue,
Mais autre en paie le despens:583
Des marches dont il est regentz
Cils qui sont povres indigentz
Ne sont pas de sa retenue;
Ainçois les riches innocentz,
Qui font a luy les paiementz,
Itieux pour son proufit salue.
Du loy civile il est escrit,
Nul chivaler, s’il est parfit,23750
Serra marchant ne pourchaçour;
Car chivaler q’ad son delit
En lucre, pert son appetit
A souffrir d’armes le labour.
Pour ce du loy empereour
Ly chivalers q’est sanz valour,
Qui laist les armes pour proufit,
Perdra, puisq’il est au sojour,
Son privilege et son honour,
Qant point comme chivaler ne vit.23760
Mais l’autre, qui fait son devoir,
Grant privilege doit avoir,
Qu’il ert exempt de l’autre gent,
Siquela loy n’ara pooir
De son corps ne de son avoir;
Dont il doit venir duement
A nul commun enquerrement,
N’en autre office ascunement
Lors serra mis, c’est assavoir584
Maisqu’il poursuie franchement23770
Les armes bien et noblement,
Dont il porra le meulx valoir.
Du loy Civile est establis,
Qe qant ly commun serra mis
Au Gabelle ou posicioun,
Les biens au chivaler de pris
Des tieux taillages sont horspris
Et sont du franc condicioun,
Qu’il doit avoir remissioun
Sanz paine ne punicioun,23780
Ensi qu’il serra franc toutdis
As armes pour tuicioun,
De garder sanz perdicioun
Le commun droit de son paiis.
Mais d’autre part c’est un decré,
Le chivaler serra juré,
Qant l’ordre prent au primerein,
Q’en champ ne doit fuïr un pié
Pour mort ne pour adverseté,
Ainz doit defendre de sa mein23790
Et son paiis et son prochein,
Car son devoir et son certein
A soul ce point est ordiné;
Dont s’il son ordre tient au plein,
Ja d’autre charge n’ert gardein,
Ainz ert exempt et honouré.
Mais cil truant qui point ne vont
As armes ne s’esjoyeront
Du privilege au chivaler,
Qant a l’ostell sojourneront:23800
Pour ce de commun loy serront
Et assissour et officer,
Ne l’en leur doit pas respiter
De leur catell ne leur denier,
Qu’ils pour Gabelle paieront;
Car qui les armes voet lesser,
Par droit ne serra parçonier
Al honour queles armes font.
Ce sciet chascuns en son endroit
Par tout le monde, quelq’il soit,23810
Qui tient estat en ceste vie,
S’il a son point ne se pourvoit,
Ainçois s’esloigne et se forsvoit,
Qant il ad fait l’apostazie,
Ja puis n’ad guarde de folie:
Ce dis pour la chivalerie,
Que chivaler guarder se doit
De pourchas et de marchandie,
Car ces deux pointz n’acordont mie,
Qui l’ordre en voet garder au droit.58523820
Mais nepourqant au jour present,
Sicomme l’en dist communement,
Des chivalers q’ont perdu honte
Om voit plusours, dont sui dolent,
Qui tant devienont violent
Du covoitise que leur monte,
Que leur prouesce riens amonte.
Mais qant le lucre honoursurmonte,
Ne say quoy dire au tiele gent:
Si je parresoun le vous conte,23830
Plus valt berchier au droit acompte
Qe cil q’en l’ordre ensi mesprent.
Tiel chivaler bien se remire
Qu’il n’ara ja mestier du mire,
Ainçois a l’ostel se repose,
U qu’il son lucre ades conspire
Et fait les povres gens despire,
Q’encontre luy nuls parler ose.
Mais certes c’est vilaine chose,
Qant vice ad la vertu forsclose23840
En chivaler, siqu’il desire
Le lucre, dont il se repose:
Des tiels y ad comme je suppose
Plus de quatorsze en cest empire.
Ne say quoy valt cil chivaler
Qui point ne se voet essampler
Des armes, dont il soit vaillant,
Si comme fuist Gorge, et resembler
Ne voet au bon hospiteller
Saint Julian ne tant ne qant,23850
Dont soit les povres herbergant:
Car chivaler q’est sufficant
De corps et biens et travailler
Ne voet, et est sur ce tenant
D’escharceté, meinz est vaillant
Que n’est le ciphre a comparer.
Mais si le chivaler couchour
Ne guart la reule ne l’onour
De ce que son estat destine,
Ore aguardons de l’autre tour23860
Si cil q’as armes son retour
Fait, soit honeste en sa covine.
Il est tout voir q’en ce termine
Dessur la terre et dessoubz myne
Om voit que chivaler plusour
Quieront prouesce oultremarine,
Mais si leur cause fuist divine,
Bien fuissent digne de valour.
Sisz chivalers sont dit des prus,
Roys Charles, Godefrois, Arthus,23870
Dans Josué, Judas, Davy:
En tous leur faitz prouesce truis
Plain des loenges et vertus
Vers dieu et vers le siecle auci:
Par ceaux n’estoit orguil cheri
Ne covoitise, et tant vous dy,
C’estoit la cause dont veneuz
N’estoiont de leur anemy;
Et pour ce qu’ils firont ensi
Leur noun encore est retenuz.23880
C’estoiont chivaler au droit
Et de prouesce en son endroit,
Et de simplesce en sa mesure;
Dont au present molt bon serroit
Qe parceaux l’en essampleroit
A querre honour sanz mesprisure.
Des chivalers ore a ceste hure
Hom voit hardis a demesure,
Si travaillont a grant esploit
Et vont querant leur aventure;23890
f. 131
Dont resoun est q’om les honure,
Si ce parbonne cause soit.
O chivaler, je t’en dirray,
Tu qui travailles a l’essay
Devers Espruce et Tartarie.
La cause dont tu vas ne say,
Trois causes t’en diviseray,
Les deux ne valont une alie:
La primere est, si j’ensi die
De ma prouesce enorguillie,23900
‘Pour loos avoir je passeray’;
Ou autrement, ‘C’est pourm’amye,
Dont puiss avoir sa druerie,
Et pour ce je travailleray.’
O chivaler, savoir porras,
Si tu pour tiele cause irras,
Que je t’en vois cy divisant,
L’essample point ne suieras,
Ne d’armes ceaux resembleras,
Des queux tu m’as oÿ contant:23910
Car nul puet estre bien vaillant,
S’il dieu ne mette a son devant;
Mais tu, qui pourle siecle vas,
Si ton pourpos n’es achievant
Solonc ce quetu vais querant,
Lors je ne say quoy tu ferras.
Si tu d’orguil voes travailler
Pour vaine gloire seculer,
Dont soietz le superiour
Des autres, lors t’estuet donner23920
Ton garnement et ton denier
As les heraldz, qu’il ta valour
Et ta largesce a grant clamour
Facent crier; car si l’onour
Ne te voet celle part aider,
Lors je ne say quoy ton labour
Te puet valoir, ainz a sojour
Assetz te valt meulx reposer.
Et d’autre part si ta covine
Soit pour la cause femeline,23930
Dont as le cuer enamouré,
Et sur ce passes la marine,
A revenir si la meschine
Ou dame solonc son degré,
Pour quelle tu t’es travaillé,
Ne deigne avoir de toy pité,
Tout as failly du medicine:
Car ce sachetz du verité,
Qe tu n’en aras le bon gré
De la prouesce q’est divine.23940
Et nepourqant a mon avis,
Si plainement a ton divis
De l’un et l’autre q’ai nomé
Ussetz le point en toy compris,
Primer quedu loenge et pris
Sur tous les autrez renomé
Fuissetz et le plus honouré,
Et q’ussetz a ta volenté
Le cuer de tes amours conquis,
Trestout ce n’est que vanité;23950
Car huy es en prosperité
Et l’endemain tout est failliz.
Mais d’autre part a tant vous di,
La tierce cause n’est ensi,
Pour quelle ly prodhons travaille;
Ainz est parcause de celluy
Parqui tous bons sont remery
Solonc l’estat quechascun vaille.
Ton dieu, q’a toy prouesce baille,
Drois est q’au primercommençaille
Devant tous autres soit servi;23961
Car chivaler q’ensi se taille
Pour son loer dieus apparaille
L’onour terrin, le ciel auci.
O chivaler, bien te pourpense,
Avise toy de l’evidence,
Le quel valt meulx, ou dieu servir,
En qui tout bien fine et commence,
Ou pour la veine reverence
L’onour du siecle poursuïr.23970
Pour fol l’en puet celluy tenir
Qui laist le bon et prent le pir,
Qant il en voit la difference:586
Al un des deux te falt tenir,
Mais quel te vient plusau plesir
Je laiss dessur ta conscience.
Mais dont la chose est avenue
Ne say, ne dont le mal se mue;
Car ce voit bien cil q’ore vit,
Chivalerie est trop perdue,23980
Verrai prouesce est abatue,
Pourdieu servir trop sont petit:
Mais d’autre part sanz contredit
Pourluy servir en chascun plit
Le siecle ad large retenue;
Car d’orguil ou du foldelit
Au jour present, sicomme l’en dist,
Chivalerie est maintenue.
Les chivalers et l’escuiers,
Qui sont as armes costummers,23990
S’ils bien facent leur dueté,
Sur tous les autres seculers
Sont a louer, car leur mestiers
Du siecle est le plus honouré
De prouesce et de renomée:
Mais autrement en leur degré,
En cas q’ils soiont baratiers,
Lors serront ils ly plus blamé
Par tout le siecle et diffamé
Et des privés et d’estrangiers.24000
Les armes sont commun as tous,
Mais tous ne sont chivalerous
Queux nousvoions les armes prendre;
Car cil q’est vein et orguillous
Et du pilage covoitous
N’est digne a tiel honourcomprendre.
Mais ore, helas! qui voet attendre
Et le commun clamour entendre
Orra merveilles entre nous;
L’onour dont l’en souloit ascendre
En cest estat veons descendre,24011
Q’est a tous autres perillous.
Mais cil q’au droit se voet armer
Et sur les guerres travailler,
Estuet a guarder tout avant
Pour la querelle examiner,
Qu’il ne se face a tort lever,
Dont ert la cause defendant:
Et puis falt q’il se soit armant
Non pour le lucre tant ne qant,24020
Mais pour droiture supporter;
Car qui les paiis exilant
Vait et la povre gent pilant,
Sur tous se doit bien aviser.
Combien quela querelle soit
Bien juste, encore il se deçoit
Qui pour le vein honour avoir,
Ainz quepour sustenir le droit,
Se fait armer; ou d’autre endroit,
S’il arme et tue pour l’avoir24030
De les richesces rescevoir,
De son estat ne son devoir
Ne fait ensi comme faire doit.
Pour ce chascuns se doit veoir
Qu’il sache d’armes tout le voir,
Car sages est qui se pourvoit.
Selonc l’entente que tu as,
Du bien et mal resceiveras,
Car dieus reguarde ton corage:
En juste cause tu porras24040
Tort faire, car si tu t’en vas
Plus pourle gaign de ton pilage
Qe pour le droit, lors vassellage
Par ton maltolt se desparage,
Qe nul honour deserviras:
Mais si pour droit fais ton voiage,
Lors pris, honour et avantage
Trestout ensemble avoir porras.
Mais certes ore je ne say
De ces gens d’armes quoy dirray,
Q’ensi disant les ay oïz:24051
‘Es guerres je travailleray,
Je serray riche ou je morray,
Ainz querevoie mon paiis
Ne mes parens ne mes amys.’
Mais riens parlont, ce m’est avis,
‘Je pour le droit combateray,’
Ainz sont du covoitise espris;
Mais cil n’est digne d’avoir pris
Qui d’armes fait ensi l’essay.24060
O chivaler qui vas longtein
En terre estrange et quiers soulein
Loenge d’armes, ce sachietz,
Si ton paiis et ton prochein
Ait guerre en soy, tout est en vein
L’onour, qant tu t’es eslongez
De ton paiis et estrangez:
Car cil qui laist ses duetés,
Et ne voet faire son certein,
Ainz fait ses propres volentés,24070
N’est resoun qu’il soit honourés,
Combien qu’il soit du forte mein.
Mais qui la guerre au tort conspire,
Om doit celluy sur tout despire;
Et nepourqant au present jour
Veoir porra, qui bien remire,
Pour le proufit quel’en desire
Ou pour l’orguil du vein honour
Chascuns voet estre guerreiour,
Ou a ce faire consaillour;24080
Dont la justice trop enpire
En noz paiis partout entour,
f. 132
Trestous en faisons no clamour,587
Mais n’est qui puet troverle mire.
Qant cils en qui toute prouesce,