Chapter 3

[1]Lechapitre IIcomprend les feuillets 20 à 42. Non daté.

[1]Lechapitre IIcomprend les feuillets 20 à 42. Non daté.

[2]Je vins en Italie vivre comme dans la rue d'Angiviller.—L'auteur était en 1819 à Grenoble, lors de l'élection de l'abbé Grégoire à la Chambre des Députés. (Note au crayon de H. Colomb.)

[2]Je vins en Italie vivre comme dans la rue d'Angiviller.—L'auteur était en 1819 à Grenoble, lors de l'élection de l'abbé Grégoire à la Chambre des Députés. (Note au crayon de H. Colomb.)

[3]...le29ou le30 ...—C'est le 28. (Note au crayon de R. Colomb.)

[3]...le29ou le30 ...—C'est le 28. (Note au crayon de R. Colomb.)

[4]...M. Molé ...—Ms.: «Lémo.»—Molé fut ministre des Affaires étrangères entre le 11 août et le 2 novembre 1830.

[4]...M. Molé ...—Ms.: «Lémo.»—Molé fut ministre des Affaires étrangères entre le 11 août et le 2 novembre 1830.

[5]...Cività-Vecchia et Rome ...—Ms.: «Omar.»

[5]...Cività-Vecchia et Rome ...—Ms.: «Omar.»

[6]...étudiant de1803 à 1806.—Négociant à Marseille, 1805. (Note au crayon de R. Colomb.)

[6]...étudiant de1803 à 1806.—Négociant à Marseille, 1805. (Note au crayon de R. Colomb.)

[7]...tomber en avril1814.—En avril 1814. (Note au crayon de R. Colomb.)—Le manuscrit porte: 1815.

[7]...tomber en avril1814.—En avril 1814. (Note au crayon de R. Colomb.)—Le manuscrit porte: 1815.

[8]...faisant imprimer ...—Les lettres sur Mozart, Haydn, etc. (Note au crayon de R. Colomb.)

[8]...faisant imprimer ...—Les lettres sur Mozart, Haydn, etc. (Note au crayon de R. Colomb.)

[9]...enfermés par un petit mur rond.—En face, au verso du fol. 22, est une esquisse de cette scène: le «couvent», près duquel passe la «route tendant à Albano»; à droite, un arbre entouré d'un mur bas; à droite encore, au bord du «lac d'Albano», Stendhal assis. Devant lui, en capitales, les mots suivants: «ZADIG. ASTARTÉ.»

[9]...enfermés par un petit mur rond.—En face, au verso du fol. 22, est une esquisse de cette scène: le «couvent», près duquel passe la «route tendant à Albano»; à droite, un arbre entouré d'un mur bas; à droite encore, au bord du «lac d'Albano», Stendhal assis. Devant lui, en capitales, les mots suivants: «ZADIG. ASTARTÉ.»

[10]...dont j'ai oublié le nom de baptême.—MmeAzur est MmeAlberthe de Rubempré.

[10]...dont j'ai oublié le nom de baptême.—MmeAzur est MmeAlberthe de Rubempré.

[11]... àmon âge, cinquante-deux ans ...—Les chiffres ont été intervertis par Stendhal. Il explique le 52 en mettant en surcharge: (72+ 3).

[11]... àmon âge, cinquante-deux ans ...—Les chiffres ont été intervertis par Stendhal. Il explique le 52 en mettant en surcharge: (72+ 3).

[12]Alors nos grandes misères avec le vicomte ...—Le vicomte de Barral.

[12]Alors nos grandes misères avec le vicomte ...—Le vicomte de Barral.

[13]...ce qui me gênait dans cette supposition ...—Variante: «Idée.»

[13]...ce qui me gênait dans cette supposition ...—Variante: «Idée.»

[14]...mon beau-frère ...—Pauline, sœur de Beyle, avait épousé François-Daniel Périer-Lagrange.

[14]...mon beau-frère ...—Pauline, sœur de Beyle, avait épousé François-Daniel Périer-Lagrange.

[15]...mon cousin Rebuffel ...—Jean-Baptiste Rebuffet. Stendhal orthographie continuellementRebuffel.Nous avons respecté cette orthographe.

[15]...mon cousin Rebuffel ...—Jean-Baptiste Rebuffet. Stendhal orthographie continuellementRebuffel.Nous avons respecté cette orthographe.

[16]...loi du3prairial ...—La loi instituant les Écoles centrales est du 3 brumaire an IV.

[16]...loi du3prairial ...—La loi instituant les Écoles centrales est du 3 brumaire an IV.

[17]...Abraham Constantin ...—Peintre sur porcelaine, originaire de Genève.

[17]...Abraham Constantin ...—Peintre sur porcelaine, originaire de Genève.

Mon premier souvenir est d'avoir mordu à la joue ou au front madame Pison-Dugalland, ma cousine, femme de l'homme d'esprit député à l'Assemblée constituante. Je la vois encore, une femme de vingt-cinq ans qui avait de l'embonpoint et beaucoup de rouge. Ce fut apparemment ce rouge qui me piqua. Assise au milieu du pré qu'on appelait le glacis de la porte de Bonne, sa joue se trouvait précisément à ma hauteur.

«Embrasse-moi, Henri», me disait-elle. Je ne voulus pas, elle se fâcha, je mordis ferme. Je vois la scène, mais sans doute parce que sur-le-champ on m'en fit un crime et que sans cesse on m'en parlait.

Ce glacis de la porte de Bonne était couvert demarguerites. C'est une jolie petite fleur dont je faisais un bouquet. Ce pré de 1786 se trouve sans doute aujourd'hui au milieu de la ville, au sud de l'église du collège[2].

Ma tante Séraphie[3]déclara que j'étais un monstre et que j'avais un caractère atroce. Cette tante Séraphie avait toute l'aigreur d'une fille dévote qui n'a pas pu se marier. Que lui était-il arrivé? Je ne l'ai jamais su, nous ne savons jamais la chronique scandaleuse de nos parents, et j'ai quitté la ville pour toujours à seize ans, après trois ans de la passion la plus vive, qui m'avait relégué dans une solitude complète.

Le second trait de caractère fut bien autrement noir.

J'avais fait une collection de joncs, toujours sur le glacis de la porte de Bonne (Bonne de Lesdiguières. Demander le nom botanique du jonc, herbe de forme cylindrique comme une plume de poulet et d'un pied de long).

On m'avait ramené à la maison, dont une fenêtre au premier étage donnait sur la Grande-rue, à l'angle de la place Grenette. Je faisais un jardin en coupant ces joncs en morceaux[4]de deux pouces de long que je plaçais dans l'intervalle entre le balcon et lejet d'eaude la croisée. Le couteau de cuisine dont je me servais m'échappa et tomba dans la rue, c'est-à-dire d'une douzaine de pieds, près d'une madame Chenavaz. C'était la plus méchante femmede toute la ville (mère de Candide Chenavaz qui, dans sa jeunesse, adorait laClarisse Harlowede Richardson, depuis l'un des trois cents de M. de Villèle et récompensé par la place de premier président de la cour royale de Grenoble; mort à Lyon non reçu).

Ma tante Séraphie dit que j'avais voulu tuer madame Chenavaz; je fus déclaré pourvu d'un caractère atroce, grondé par mon excellent grand-père, M. Gagnon, qui avait peur de sa fille Séraphie, la dévote la plus en crédit dans la ville, grondé même par ce caractère élevé et espagnol, mon excellente grand'tante, MlleElisabeth Gagnon[5].

Je me révoltai, je pouvais avoir quatre ans[6]. De cette époque date mon horreur pour la religion[7], horreur que ma raison a pu à grand'peine réduire à de justes dimensions, et cela tout nouvellement, il n'y a pas six ans. Presque en même temps prit sa première naissance mon amour filial instinctif, forcené dans ces temps-là, pour la...[8].

Je n'avais pas plus de cinq ans[9].

Cette tante Séraphie a été mon mauvais génie pendant toute mon enfance; elle était abhorrée, mais avait beaucoup de crédit dans la famille. Je suppose que dans la suite mon père fut amoureux d'elle, du moins il y avait de longues promenades auxGranges, dans un marais sous les murs de la ville, où j'étais le seultiers incommode, et où je m'ennuyais fort. Je me cachais au moment de partirpour ces promenades. Là fit naufrage la très petite amitié que j'avais pour mon père.

Dans le fait, j'ai été exclusivement élevé par mon excellent grand-père, M. Henri Gagnon. Cet homme rare avait fait un pèlerinage à Ferney pour voir Voltaire et en avait été reçu avec distinction. Il avait un petit buste de Voltaire, gros comme le poing, monté sur un pied de bois d'ébène de six pouces de haut. (C'était un singulier goût, mais les beaux-arts n'étaient le fort ni de Voltaire, ni de mon excellent grand-père.)

Ce buste était placé devant le bureau où il écrivait; son cabinet était au fond d'un très vaste appartement donnant sur une terrasse élégante ornée de fleurs[10]. C'était pour moi une rare faveur d'y être admis, et une plus rare de voir et de toucher le buste de Voltaire.

Et avec tout cela, du plus loin que je me souvienne, les écrits de Voltaire m'ont toujours souverainement déplu, ils me semblaient un enfantillage. Je puis dire que rien de ce grand homme ne m'a jamais plu. Je ne pouvais voir alors qu'il était le législateur et l'apôtre de la France, son Martin Luther.

M. Henri Gagnon portait une perruque poudrée, ronde, à trois rangs de boucles, parce qu'il était docteur en médecine, et docteur à la mode parmi les dames, accusé même d'avoir été l'amant de plusieurs, entre autres madame Teisseire, l'une desplus jolies de la ville, que je ne me souviens pas d'avoir jamais vue, car alors on était brouillé, mais on me l'a fait comprendre plus tard d'une singulière façon. Mon excellent grand-père, à cause de sa perruque, m'a toujours semblé avoir quatre-vingts ans. Il avait des vapeurs (comme moi misérable), des rhumatismes, marchait avec peine, mais par principe ne montait jamais en voiture et ne mettait jamais son chapeau: un petit chapeau triangulaire à mettre sous le bras[11]et qui faisait ma joie quand je pouvais l'accrocher pour le mettre sur ma tête, ce qui était considéré par toute la famille comme un manque de respect; et enfin, par respect, je cessai de m'occuper du chapeau triangulaire et de la petite canne à pomme en racine de buis bordée d'écaille. Mon grand-père adorait la correspondance apocryphe d'Hippocrate, qu'il lisait en latin (quoiqu'il sût un peu de grec), et l'Horace de l'édition deJohannesBond, imprimée en caractères horriblement menus. Il me communiqua ces deux passions et en réalité presque tous ses goûts, mais pas comme il l'aurait voulu, ainsi que je l'expliquerai plus tard.

Si jamais je retourne à Grenoble, il faut que je fasse rechercher les extraits de naissance et de décès de cet excellent homme, qui m'adorait et n'aimait point son fils, M. Romain Gagnon, père de M. Oronce Gagnon, chef d'escadrons de dragons qui a tué son homme en duel il y a trois ans, ce dontje lui sais gré, probablement il n'est pas un niais. Il y a trente-trois ans que je ne l'ai vu, il peut en avoir trente-cinq.

J'ai perdu mon grand-père pendant que j'étais en Allemagne, est-ce en 1807 ou en 1813, je n'ai pas de souvenir net. Je me souviens que je fis un voyage à Grenoble pour le revoir encore; je le trouvai fort attristé. Cet homme si aimable, qui était le centre desveilléesoù il allait, ne parlait presque plus. Il me dit: «C'est une visite d'adieu», et puis parla d'autres choses; il avait en horreur l'attendrissement de famille niais.

Un souvenir me revient, vers 1807 je me fis peindre, pour engager MmeAlex. Petit à se faire peindre aussi, et comme le nombre des séances était une objection, je la conduisis chez un peintre vis-à-vis la Fontaine du Diorama qui peignait à l'huile, en une séance, pour cent-vingt francs[12]. Mon bon grand-père vit ce portrait, que j'avais envoyé à ma sœur, je crois, pour m'en défaire, il avait déjà perdu beaucoup de ses idées; il dit en voyant ce portrait: «Celui-là est le véritable», et puis retomba dans l'affaissement et la tristesse. Il mourut bientôt après, ce me semble, à l'âge de 82 ans, je crois.

Si cette date est exacte, il devait avoir 61 ans en 1789 et être né vers 1728. Il racontait quelquefois la bataille de l'Assiette, assaut dans les Alpes, tenté en vain par le chevalier de Belle-Isle en 1742, je crois[13]. Son père, homme ferme, plein d'énergie etd'honneur, l'avait envoyé là comme chirurgien d'armée, pour lui former le caractère. Mon grand-père commençait ses études en médecine et pouvait avoir dix-huit ou vingt ans, ce qui indique encore 1724 comme époque de sa naissance.

Il possédait une vieille maison située dans la plus belle position de la ville, sur la place Grenette, au coin de la Grande-rue, en plein midi et ayant devant elle la plus belle place de la ville, les deux cafés rivaux et le centre de la bonne compagnie. Là, dans un premier étage fort bas, mais d'une gaieté admirable, habita mon grand-père jusqu'en 1789.

Il faut qu'il fût riche alors, car il acheta une superbe maison située derrière la sienne et qui appartenait aux dames de Marnais. Il occupa le second étage de sa maison, place Grenette, et tout l'étage correspondant de la maison de Marnais, et se fit le plus beau logement de la ville. Il y avait un escalier magnifique pour le temps et un salon qui pouvait avoir trente-cinq pieds sur vingt-huit.

On fit des réparations aux deux chambres de cet appartement qui donnaient sur la place Grenette, et entre autres unegippe[14](cloison formée par du plâtre et des briques placées de champ l'une sur l'autre) pour séparer la chambre de la terrible tante Séraphie, fille de M. Gagnon, de celle de ma grand'-tante Elisabeth, sa sœur. On posa deshappesen fer dans cette gippe et sur le plâtre de chacune de ces happes j'écrivis:Henri Beyle, 1789. Je voisencore ces belles inscriptions qui émerveillaient mon grand-père.

«Puisque tu écris si bien, me dit-il, tu es digne de commencer le latin.»

Ce mot m'inspirait une sorte de terreur, et un pédant affreux par la forme, M. Joubert, grand, pâle, maigre, en couteau, s'appuyant sur uneépine, vint me montrer, m'enseignermura, la mûre. Nous allâmes acheter un rudiment chez M. Giroud, libraire, au fond d'une cour donnant sur la place aux Herbes. Je ne soupçonnais[15]guère alors quel instrument de dommage on m'achetait là.

Ici commencent mes malheurs.

Mais je diffère depuis longtemps un récit nécessaire, un des deux ou trois peut-être[16]qui me feront jeter ces mémoires au feu.

Ma mère, madame Henriette Gagnon, était une femme charmante et j'étais amoureux de ma mère.

Je me hâte d'ajouter que je la perdis quand j'avais sept ans.

En l'aimant à six ans peut-être (1789), j'avais absolument le même caractère que, en 1828, en aimant à la fureur Alberthe de Rubempré. Ma manière d'aller à la chasse du bonheur n'avait au fond nullement changé, il n'y a que cette seule exception: j'étais, pour ce qui constitue le physique de l'amour, comme César serait, s'il revenait au monde, pour l'usage du canon et des petites armes.Je l'eusse bien vite appris et cela n'eût rien changé au fond de ma tactique.

Je voulais couvrir ma mère de baisers et qu'il n'y eût pas de vêtements. Elle m'aimait à la passion et m'embrassait souvent, je lui rendais ses baisers avec un tel feu qu'elle était souvent obligée de s'en aller. J'abhorrais mon père quand il venait interrompre nos baisers. Je voulais toujours les lui donner à la gorge. Qu'on daigne se rappeler que je la perdis, par une couche, quand à peine j'avais sept ans.

Elle avait de l'embonpoint, une fraîcheur parfaite, elle était fort jolie, et je crois que seulement elle n'était pas assez grande. Elle avait une noblesse et une sérénité parfaite dans les traits; brune, vive, avec une vraie cour et souvent elle manqua de commander à ses trois servantes et enfin[17]lisait souvent dans l'original laDivine Comédiede Dante, dont j'ai trouvé bien plus tard cinq à six livres d'éditions différentes dans son appartement resté fermé depuis sa mort.

Elle périt à la fleur de la jeunesse et de la beauté, en 1790, elle pouvait avoir vingt-huit ou trente ans.

Là commence ma vie morale.

Ma tante Séraphie osa me reprocher de ne pas pleurer assez. Qu'on juge de ma douleur et de ce que je sentis! Mais il me semblait que je la reverrais le lendemain: je ne comprenais pas la mort.

Ainsi, il y a quarante-cinq ans que j'ai perdu ce que j'aimais le plus au monde[18].

Elle ne peut pas s'offenser de la liberté que je prends avec elle en révélant que je l'aimais; si je la retrouve jamais, je le lui dirais encore. D'ailleurs, elle n'a participé en rien à cet amour. Elle n'en agit pas à la Vénitienne, comme madame Benzoni avec l'auteur deNella.Quant à moi, j'étais aussi criminel que possible, j'aimais ses charmes avec fureur.

Un soir, comme par quelque hasard on m'avait mis coucher dans sa chambre par terre, sur un matelas, cette femme vive et légère comme une biche sauta par-dessus mon matelas pour atteindre plus vite à son lit[19].

Sa chambre est restée fermée dix ans après sa mort[20]. Mon père me permit avec difficulté d'y placer un tableau de toile cirée et d'y étudier les mathématiques en 1798, mais aucun domestique n'y entrait, il eût été sévèrement grondé, moi seul j'en avais la clef. Ce sentiment de mon père lui fait beaucoup d'honneur à mes yeux, maintenant que j'y réfléchis.

Elle mourut donc dans sa chambre, rue des Vieux-Jésuites, la cinquième ou sixième maison à gauche en venant de la Grande-rue[21], vis-à-vis la maison de M. Teisseire. Là j'étais né, cette maison appartenait à mon père qui la vendit lorsqu'il se mit à bâtir sa rue nouvelle et à faire des folies. Cette rue, qui l'a ruiné, fut nommée rueDauphin(mon pèreétait extrêmement ultra, partisan des pr[êtres] et des nobles) et s'appelle, je crois, maintenant rue Lafayette.

Je passais ma vie chez mon grand-père, dont la maison était à peine à cent pas de la nôtre[22].

[1]Lechapitre IIIcomprend les feuillets 43 à 59.—Écrit à Rome, les 27 et 30 novembre 1835.

[1]Lechapitre IIIcomprend les feuillets 43 à 59.—Écrit à Rome, les 27 et 30 novembre 1835.

[2]...au sud de l'église du collège.—La porte de Bonne, en effet, a été démolie en 1832, lors de l'agrandissement de la partie sud-est de l'enceinte de Grenoble par le général Haxo, de 1832 à 1836.

[2]...au sud de l'église du collège.—La porte de Bonne, en effet, a été démolie en 1832, lors de l'agrandissement de la partie sud-est de l'enceinte de Grenoble par le général Haxo, de 1832 à 1836.

[3]Ma tante Séraphie ...—Sœur cadette de la mère de Beyle. Sur les membres de la famille Gagnon, voir plus loin, chapitre VII, et l'Annexe IV.

[3]Ma tante Séraphie ...—Sœur cadette de la mère de Beyle. Sur les membres de la famille Gagnon, voir plus loin, chapitre VII, et l'Annexe IV.

[4]...coupant ces joncs en morceaux ...—Variante: «Bouts.»

[4]...coupant ces joncs en morceaux ...—Variante: «Bouts.»

[5]...MlleElisabeth Gagnon.—Elisabeth Gagnon, sœur d'Henri Gagnon, grand-père maternel de Beyle.

[5]...MlleElisabeth Gagnon.—Elisabeth Gagnon, sœur d'Henri Gagnon, grand-père maternel de Beyle.

[6]...je pouvais avoir quatre ans.—On lit, à ce sujet, sur un feuillet intercalé en face du fol. 8: «M. Gagnon achète la maison voisine de madame de Marnais, on change d'appartement, j'écris partout sur le plâtre des happes: «Henri Beyle, 1789.» Je vois encore cette belle inscription qui émerveillait mon bon grand-père.«Donc, mon attentat à la vie de madame Chenavaz est antérieur à 1789.»]

[6]...je pouvais avoir quatre ans.—On lit, à ce sujet, sur un feuillet intercalé en face du fol. 8: «M. Gagnon achète la maison voisine de madame de Marnais, on change d'appartement, j'écris partout sur le plâtre des happes: «Henri Beyle, 1789.» Je vois encore cette belle inscription qui émerveillait mon bon grand-père.

«Donc, mon attentat à la vie de madame Chenavaz est antérieur à 1789.»]

[7]...mon horreur pour la religion ...—Ms.: «Gion.»

[7]...mon horreur pour la religion ...—Ms.: «Gion.»

[8]...forcené dans ces temps-là, pour la ...—Mot illisible.

[8]...forcené dans ces temps-là, pour la ...—Mot illisible.

[9]Je n'avais pas plus de cinq ans.—Variante: «Je pouvais avoir quatre ou cinq ans.»

[9]Je n'avais pas plus de cinq ans.—Variante: «Je pouvais avoir quatre ou cinq ans.»

[10]...une terrasse élégante ornée de fleurs.—Il s'agit du cabinet d'été d'Henri Gagnon. Voir notre plan de l'appartement Gagnon.

[10]...une terrasse élégante ornée de fleurs.—Il s'agit du cabinet d'été d'Henri Gagnon. Voir notre plan de l'appartement Gagnon.

[11]...un petit chapeau triangulaire à mettre sous le bras ...—Dans la marge, Stendhal a fait un dessin grossier représentant le chapeau de son grand-père.

[11]...un petit chapeau triangulaire à mettre sous le bras ...—Dans la marge, Stendhal a fait un dessin grossier représentant le chapeau de son grand-père.

[12]...pour cent-vingt francs ...—Ce portrait est de Boilly. Il fait partie actuellement de la collection Lesbros.

[12]...pour cent-vingt francs ...—Ce portrait est de Boilly. Il fait partie actuellement de la collection Lesbros.

[13]...la bataille de l'Assiettex ...en1742,je crois.—Cette bataille eut lieu pendant la guerre de la Succession d'Autriche. Le 19 juillet 1747, le chevalier de Belle-Isle, frère du maréchal, voulant envahir le Piémont, fut repoussé au col de l'Assiette, entre Exiles et Fénestrelles.

[13]...la bataille de l'Assiettex ...en1742,je crois.—Cette bataille eut lieu pendant la guerre de la Succession d'Autriche. Le 19 juillet 1747, le chevalier de Belle-Isle, frère du maréchal, voulant envahir le Piémont, fut repoussé au col de l'Assiette, entre Exiles et Fénestrelles.

[14]...entre autres unegippe ...—Terme local, encore en usage à Grenoble.

[14]...entre autres unegippe ...—Terme local, encore en usage à Grenoble.

[15]Je ne soupçonnais...—Variante: «Savais.»

[15]Je ne soupçonnais...—Variante: «Savais.»

[16]...un des deux ou trois peut-être ...—Stendhal a d'abord écrit: «un de ceux p», puis il continue: «des deux ou trois peut-être». Il semble que, dans ces conditions, la leçon «un de ceux p» doive être supprimée, quoique n'ayant pas été rayée par l'auteur.

[16]...un des deux ou trois peut-être ...—Stendhal a d'abord écrit: «un de ceux p», puis il continue: «des deux ou trois peut-être». Il semble que, dans ces conditions, la leçon «un de ceux p» doive être supprimée, quoique n'ayant pas été rayée par l'auteur.

[17]...et enfin lisait ...—La lecture de cette ligne et de la précédente est très incertaine. Cette partie du texte est fort mal écrite. Stendhal s'en excuse dans la marge en disant: «Écrit de nuit à la hâte.»

[17]...et enfin lisait ...—La lecture de cette ligne et de la précédente est très incertaine. Cette partie du texte est fort mal écrite. Stendhal s'en excuse dans la marge en disant: «Écrit de nuit à la hâte.»

[18]...ce que j'aimais le plus au monde.—Entre cet alinéa et le suivant, Stendhal a laissé un large espace où il a écrit le mot: «Chapitre.»

[18]...ce que j'aimais le plus au monde.—Entre cet alinéa et le suivant, Stendhal a laissé un large espace où il a écrit le mot: «Chapitre.»

[19]...pour atteindre plus vite à son lit.—Entre cet alinéa et le suivant, nouvel espace assez large, marqué d'une +.

[19]...pour atteindre plus vite à son lit.—Entre cet alinéa et le suivant, nouvel espace assez large, marqué d'une +.

[20]Sa chambre est restée fermée dix ans après sa mort.—En marge de cet alinéa, Stendhal a fait un croquis représentant la chambre de sa mère, avec une notice explicative.

[20]Sa chambre est restée fermée dix ans après sa mort.—En marge de cet alinéa, Stendhal a fait un croquis représentant la chambre de sa mère, avec une notice explicative.

[21]...en venant de la Grands-rue ...—Aujourd'hui rue Jean-Jacques-Rousseau, n° 14.—Voir l'Appendice II,la Maison natale de Stendhal, par M. Samuel Chabert.

[21]...en venant de la Grands-rue ...—Aujourd'hui rue Jean-Jacques-Rousseau, n° 14.—Voir l'Appendice II,la Maison natale de Stendhal, par M. Samuel Chabert.

[22]...à peine à cent pas de la nôtre.—Dans la marge, Stendhal a dessiné un croquis donnant la situation respective de la maison de son père, de celle de son grand-père, et de la maison de Marnais. Un autre dessin plus grand est ajouté au manuscrit. Il représente la «partie de la ville de Grenoble en1793» comprise entre la rue Lafayette, la rue Saint-Jacques, la place Grenette (où sont figurés l'«arbre de la Liberté», l' «arbre de la Fraternité» et la «pompe ancienne»), la Grande-rue et la rue des Vieux-Jésuites (aujourd'hui rue Jean-Jacques-Rousseau).—La maison occupée par Henri Gagnon porte actuellement le n° 20 de la Grande-rue et le n° 2 de la place Grenette.Au verso, nouveau testament, ainsi conçu:«Testament.Je lègue et donne laVie de Henri Brulard, écrite par lui-même, à M. Alphonse Levavasseur, place Vendôme, et après lui à MM. Philarète Chasles, Henri Foumier, Amyot, sous la condition de changer tous les noms de femme et aucun nom d'homme.Cività-Vecchia, le 1er décembre 1835.H. BEYLE.»

[22]...à peine à cent pas de la nôtre.—Dans la marge, Stendhal a dessiné un croquis donnant la situation respective de la maison de son père, de celle de son grand-père, et de la maison de Marnais. Un autre dessin plus grand est ajouté au manuscrit. Il représente la «partie de la ville de Grenoble en1793» comprise entre la rue Lafayette, la rue Saint-Jacques, la place Grenette (où sont figurés l'«arbre de la Liberté», l' «arbre de la Fraternité» et la «pompe ancienne»), la Grande-rue et la rue des Vieux-Jésuites (aujourd'hui rue Jean-Jacques-Rousseau).—La maison occupée par Henri Gagnon porte actuellement le n° 20 de la Grande-rue et le n° 2 de la place Grenette.

Au verso, nouveau testament, ainsi conçu:

«Testament.Je lègue et donne laVie de Henri Brulard, écrite par lui-même, à M. Alphonse Levavasseur, place Vendôme, et après lui à MM. Philarète Chasles, Henri Foumier, Amyot, sous la condition de changer tous les noms de femme et aucun nom d'homme.Cività-Vecchia, le 1er décembre 1835.H. BEYLE.»

«Testament.

Je lègue et donne laVie de Henri Brulard, écrite par lui-même, à M. Alphonse Levavasseur, place Vendôme, et après lui à MM. Philarète Chasles, Henri Foumier, Amyot, sous la condition de changer tous les noms de femme et aucun nom d'homme.

Cività-Vecchia, le 1er décembre 1835.

H. BEYLE.»

J'écrirais un volume sur les circonstances de la mort d'une personne si chère[2].

C'est-à-dire: j'ignore absolument les détails, elle était morte en couches, apparemment par la maladresse d'un chirurgien nomméHérault, sot choisi apparemment par pique contre un autre accoucheur, homme d'esprit et de talent, c'est ainsi à peu près que mourut MmePetit en 1814. Je ne puis décrire au long que mes sentiments, qui probablement sembleraient exagérés ou incroyables au spectateur accoutumé à la nature fausse des romans (je ne parle pas de Fielding) ou à la nature étiolée des romans construits avec des cœurs de Paris.

J'apprends au lecteur que le Dauphiné a une manière de sentir à soi, vive, opiniâtre, raisonneuse, que je n'ai rencontrée en aucun pays. Pour des yeux clairvoyants, à tous les trois degrés de latitude la musique, les paysages et les romans devraient changer. Par exemple, à Valence, sur le Rhône, la nature provençale finit, la nature bourguignonne commence à Valence et fait place, entre Dijon et Troyes, à la nature parisienne, polie, spirituelle, sans profondeur, en un mot songeant beaucoup aux autres.

La nature dauphinoise a une ténacité, une profondeur, un esprit, une finesse que l'on chercherait en vain dans la civilisation provençale ou dans la bourguignonne, ses voisines. Là où le Provençal s'exhale en injures atroces, le Dauphinois réfléchit et s'entretient avec son cœur.

Tout le monde sait que le Dauphiné a été un Etat séparé de la France et à-demi italien par sa politique jusqu'à l'an 1349[3]. Ensuite Louis XI, dauphin, brouillé avec son père, administra le pays pendant seize[4]ans, et je croirais assez que c'est ce génie profond et profondément timide et ennemi des premiers mouvements qui a donné son empreinte au caractère dauphinois. De mon temps encore, dans la croyance de mon grand-père et de ma tante Elisabeth, véritable type des sentiments énergiques et généreux de la famille, Paris n'était point un modèle, c'était une ville éloignée et ennemie dont il fallait redouter l'influence.

Maintenant que j'ai fait la cour aux lecteurs peu sensibles par cette digression, je raconterai que, la veille de la mort de ma mère, on nous mena promener, ma sœur Pauline et moi, rue Montorge: nous revînmes le long des maisons à gauche de cette rue (au Nord). On nous avait établis chez mon grand-père, dans la maison sur la place Grenette. Je couchais sur le plancher, sur un matelas, entre le fenêtre et la cheminée, lorsque sur les deux heures du matin toute la famille rentra en poussant des sanglots.

«Mais comment les médecins n'ont pas trouvé de remèdes?» disais-je à la vieille Marion (vraie servante de Molière, amie de ses maîtres mais leur disant bien son mot, qui avait vu ma mère fort jeune, qui l'avait vu marier dix ans auparavant, en 1780) et qui m'aimait beaucoup.

Marie Thomasset, de Vinay, vrai type de caractère dauphinois, appelée du diminutifMarion, passa la nuit assise à côté de mon matelas, pleurant à chaudes larmes et chargée apparemment de me contenir. J'étais beaucoup plus étonné que désespéré, je ne comprenais pas la mort, j'y croyais peu.

«Quoi, disais-je à Marion, je ne la reverrai jamais?

—Comment veux-tu la revoir, si on l'emportera (sic) au cimetière?

—Et où est-il, le cimetière?

—Rue des Mûriers, c'est celui de la paroisse Notre-Dame.»

Tout le dialogue de cette nuit m'est encore présent, et il ne tiendrait qu'à moi de le transcrire ici. Là véritablement a commencé ma vie morale, je devais avoir six ans et demi. Au reste, ces dates sont faciles à vérifier par les actes de l'état-civil.

Je m'endormis; le lendemain, à mon réveil, Marion me dit:

«Il faut aller embrasser ton père.

—Comment, ma petite maman est morte! mais comment est-ce que je ne la reverrai plus?

—Veux-tu bien te taire, ton père t'entend, il est là, dans le lit de la grand'tante.»

J'allai avec répugnance dans la ruelle de ce lit qui était obscure parce que les rideaux étaient fermés. J'avais de l'éloignement pour mon père et de la répugnance à l'embrasser.

Un instant après arriva l'abbé Rey, un homme fort grand, très froid, marqué[5]de petite vérole, l'air sans esprit et bon, parlant du nez, qui bientôt après fut grand vicaire. C'était un ami de la famille.

Le croira-t-on? à cause de son état de prêtre j'avais de l'antipathie pour lui.

M. l'abbé Rey se plaça près de la fenêtre, mon père se leva, passa sa robe de chambre, sortit de l'alcôve fermée par des rideaux de serge verte (il y avait d'autres beaux rideaux de taffetas rose, brodés de blanc, qui le jour cachaient les autres).

L'abbé Rey embrassa mon père en silence, je trouvai mon père bien laid, il avait les yeux gonflés, et les larmes le gagnaient à tous moments. J'étais resté dans l'alcôve obscure et je voyais fort bien.

«Mon ami, ceci vient de Dieu», dit enfin l'abbé; et ce mot, dit par un homme que je haïssais à un autre que je n'aimais guère, me fit réfléchir profondément.

On me croira insensible, je n'étais encore qu'étonné de la mort de ma mère. Je ne comprenais pas ce mot. Oserai-je écrire ce que Marion m'a souvent répété depuis en forme de reproche? Je me mis à dire du mal deGod.

Au reste, supposons que je mente sur cespointesd'esprit qui percent le sol, certainement je ne mens pas sur tout le reste. Si je suis tenté de mentir, ce sera plus tard, quand il s'agira de très grandes fautes, bien postérieures. Je n'ai aucune foi dans l'esprit des enfants annonçant un homme supérieur. Dans un genre moins sujet à illusions, car enfin les monuments restent, tous les mauvais peintres que j'ai connus ont fait des choses étonnantes vers huit ou dix ans etannonçant le génie.[6]

Hélas! rien n'annonce le génie, peut-être l'opiniâtreté serait un signe[7].

Le lendemain, il fut question de l'enterrement; mon père, dont la figure était réellement absolument changée, me revêtit d'une sorte de manteauen laine noire[8]qu'il me lia an cou. La scène se passa dans le cabinet de mon père, rue des Vieux-Jésuites: mon père était noir et tout le cabinet tapissé d'in-folio funèbres, horribles à voir. La seuleEncyclopédiede d'Alembert et Diderot, brochée en bleu, faisait exception à la laideur générale.

Ce .... de droit avait[9]appartenu à M. de Brenier, mari de Mllede Vaulserre et comte de...[10]Mllede Vaulserre donna ce titre à son mari; dès lors on avait changé de nom. Vaulserre étant plus noble et plus beau que de Brenier. Depuis, elle s'était faite chanoinesse[11].

Tous les parents et amis se réunirent dans le cabinet de mon père[12].

Revêtu de ma mante noire, j'étais entre les genoux de mon père[en] 1[13]. M. Picot, le père, notre cousin, homme sérieux, mais du sérieux d'un homme de cour, et fort respecté dans la famille comme esprit de conduite (il était maigre, cinquante-cinq ans et la tournure la plus distinguée), entra et se plaça en 3.

UNE PAGE MAL ÉCRITE DU MANUSCRIT DE LA VIE DE HENRI BRULARD (Bibl. mun. de Grenoble: ms R299, t. 1, fol. 69)

UNE PAGE MAL ÉCRITE DU MANUSCRIT DE LA VIE DE HENRI BRULARD (Bibl. mun. de Grenoble: ms R299, t. 1, fol. 69)

Au lieu de pleurer et d'être triste, il se mit à faire la conversation comme à l'ordinaire et à parler de la Cour. (Peut-être était-ce la Cour du Parlement, c'est fort probable.) Je crus qu'il parlait des Cours étrangères et je fus profondément choqué de son insensibilité.

Un instant après entra mon oncle, le frère de ma mère, jeune homme on ne peut pas mieux fait et onne peut pas plus agréable et vêtu avec la dernière élégance. C'était l'homme à bonnes fortunes de la ville, lui aussi se mit à faire la conversation comme à l'ordinaire avec M. Picot; il se plaça en 4. Je fus violemment indigné et je me souvins que mon père l'appelait un homme léger. Cependant je remarquai qu'il avait les yeux fort rouges, et il avait la plus jolie figure, cela me calma un peu.

Il était coiffé avec la dernière élégance et une poudre qui embaumait; cette coiffure consistait en une bourse carrée de taffetas noir et deux grandes oreilles de chien (tel fut leur nom six ans plus tard), comme en porte encore aujourd'hui M. le prince de Talleyrand.

Il se fit un grand bruit, c'était la bière de ma pauvre mère que l'on prenait au salon pour l'emporter.

«Ah! çà, je ne sais pas l'ordre de ces cérémonies», dit d'un air indifférent[14]M. Picot en se levant, ce qui me choqua fort; ce fut là ma dernière sensationsociale.En entrant au salon et voyant la bière couverte du drap noir oùétait ma mère, je fus saisi du plus violent désespoir, je comprenais enfin ce que c'était que la mort.

Ma tante Séraphie m'avait déjà accusé d'être insensible.

J'épargnerai au lecteur le récit de toutes les phases de mon désespoir à l'église paroissiale de Saint-Hugues. J'étouffais, on fut obligé, je crois, dem'emmener parce que ma douleur faisait trop de bruit. Je n'ai jamais pu regarder de sang-froid cette église de Saint-Hugues et la cathédrale qui est attenante[15]. Le son seul des cloches de la cathédrale, même en 1828, quand je suis allé revoir Grenoble, m'a donné une tristesse morne, sèche, sans attendrissement, de cette tristesse voisine de la colère.

En arrivant au cimetière, qui était dans un bastion près de la rue des Mûriers[16](aujourd'hui, du moins en 1828, occupé par un grand bâtiment, magasin du génie), je fis des folies que Marion m'a racontées depuis. Il paraît que je ne voulais pas qu'on jetât de la terre sur la bière de ma mère, prétendant qu'on lui ferait mal. Mais

Sur les noires couleurs d'un si triste tableauIl faut passer l'éponge ou tirer le rideau.

Par suite du jeu compliqué des caractères de ma famille, il se trouva qu'avec ma mère finit toute la joie de mon enfance.


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