Chapter 6

[96]Marie-Thérèse, née le 20 septembre 1638.

[96]Marie-Thérèse, née le 20 septembre 1638.

[97]Né le 1ernovembre 1661.

[97]Né le 1ernovembre 1661.

Les massacres dont les Français ont été victimes, cette année, de la part des Espagnols, excitent entre les deux peuples une haine violente et attise le feu de leur inimitié. Avant la mort du pape défunt cette année, on disait qu'il cherchait à les réconcilier; puis il est mort. Mais le roi de France, après qu'est survenu entre lui et le pape le différend dont nous avons parlé, s'est mis à agir et à prendre des décisions en dehors de lui.

L'opposition faite par les Hollandais et les Anglais aux dogmes de la croix a sa cause, à ce qu'on rapporte, dans le faitque des moines ayant eu avec le pape (des disputes qui amenèrent une haine et une inimitié acharnées), il finit par les emprisonner. Mais aussitôt qu'ils eurent été relâchés, ils s'enfuirent de chez le pape et se retirèrent auprès du roi d'Angleterre[98]. Ils se mirent à lui expliquer les dogmes de la religion dans un sens favorable à sa passion et, lui permettant même d'épouser une femme qu'il avait aimée, ils l'autorisèrent à la prendre avec la reine son épouse; le pape le lui avait interdit et l'avait empêché de se marier du vivant de sa femme. Il se trouva donc en dissentiment sur ce point avec le pape et céda à la passion qui le dominait pour n'obéir qu'aux sentiments que son cœur lui dictait, quoiqu'il ne soit pas licite aux chrétiens, d'après leur religion, d'épouser plus d'une seule femme.

[98]Le texte porte: du roi de France.

[98]Le texte porte: du roi de France.

Les catholiques ne peuvent s'opposer en rien, peu ou beaucoup, aux décisions de ce pape; car c'est lui qui leur expliqueles dogmes et les jugements, ce qu'il faut manger pendant les jours de carême, et autres choses sur lesquelles les chrétiens d'Orient sont en désaccord (avec lui), bien que tous soient dans une voie de perdition. Ainsi, pendant leur carême, ils mangent tout le jour, comme nous les avons vus nous-même, et disent que c'est là jeûner. A la fin du mois de février, ils célèbrent en l'honneur du carême des fêtes et des solennités dans lesquelles ils se travestissent. Dès le premier jour de mars, leur carême commence: il dure quarante-six jours. Les quarante jours sont ceux imposés aux enfants d'Israël et les six en plus sont les dimanches compris parmi ces jours qui sont les jours du jeûne; ce qui fait en tout quarante-six jours. Ce jeûne, tel qu'ils le pratiquent, ne consiste pas à s'abstenir de boire, de manger ou de cohabiter avec sa femme, mais seulement à se priver de manger de la viande, à ce qu'ils prétendent. Néanmoins les grands personnages ou ceux qui ont une excuse basée sur la maladiemangent de la viande avec l'autorisation du pape. Les autres, appartenant au commun du peuple, se nourrissent de poisson tous les jours du carême. Le pape a fait une autre invention en les autorisant à manger des œufs de poule les jours de carême, après qu'ils en ont obtenu la permission des moines. Ils payent pour l'avoir une rétribution déterminée, de la valeur d'un huitième d'écu par personne, jeune ou vieille. Le roi, à qui en revient le tiers, tire de ce chef des sommes considérables qu'il emploie à l'entretien de sa marine. Quant au pauvre, qui ne possède pas une pièce d'argent[99], on le rencontre mendiant dans les marchés pour réunir de quoi acheter laboleta[100], c'est-à-dire la permission de manger des œufs.

[99]Litt., un derham.

[99]Litt., un derham.

[100]Le texte porteel boulyah, le copiste a évidemment écrit unyâau lieu d'untâ.

[100]Le texte porteel boulyah, le copiste a évidemment écrit unyâau lieu d'untâ.

Leurs repas, durant le carême, ont lieu toute la journée. Quand un chrétien s'éveille, à l'heure où le soleil est déjà hautsur l'horizon[101]ou après, il boit une tasse ou deux de chocolat avec ce qu'il peut y ajouter de biscuits[102], qui sont du pain pétri avec du sucre et du jaune d'œuf. A une heure après midi, ils font un repas copieux; ceux des grands qui ne commettent pas de péché (en mangeant gras) ou qui sont excusés pour cause de maladie, mangent telles viandes qu'ils veulent. Ceux qui n'appartiennent pas à la classe des notables ou qui ont l'intention de jeûner, à ce qu'ils croient, mangent du poisson, des œufs, etc., et boivent du vin en telle quantité qu'ils le désirent, soit pur, soit mélangé (avec de l'eau). Ils boivent suivant leur bon plaisir toutes les fois qu'ils ont soif. Et même, à minuit, ils font un repas, léger à ce qu'ils prétendent, de la quantité d'une demi-livre, et dorment jusqu'au lendemain. Au moment où ils se réveillent, ils boivent (leur chocolat)comme de coutume. Ainsi se passent tous les jours du carême. Les moines ont toutefois la permission de manger, les jours du carême, une demi-heure avant midi, avec l'excuse qu'ils consacrent une partie de la nuit à veiller et à faire ce qu'ils prétendent être des prières. Tous autres que les moines ne mangent qu'après que le milieu du jour est passé.

[101]C'est ce que les Arabes appellentdoha.

[101]C'est ce que les Arabes appellentdoha.

[102]Bichkouchou, en esp.bizcocho.

[102]Bichkouchou, en esp.bizcocho.

Les chrétiens ont, pendant le carême, un jour en plus du dimanche, qu'ils passent à écouter leurs prières impies et à entrer dans les églises, pêle-mêle, hommes et femmes; c'est le vendredi. C'est pour eux une œuvre pie d'aller à pied ce jour-là. Chacun descend de son cheval ou de sa voiture et marche pendant une heure. Dès qu'il a soif, il boit. Ils observent leur carême de la manière susmentionnée jusqu'à ce que trente-huit jours soient écoulés. Alors commencent les fêtes qu'ils ont réunies dans ce carême, en commémoration de ce qu'ils prétendent être arrivé au Messie, d'après leur croyance.Ainsi, le trente-neuvième jour, ils célèbrent la fête des Rameaux.

La fête des Rameaux est le jour où le Messie entra à Jérusalem, suivant leur évangile qui se trouve entre leurs mains et (où il est écrit) que, quand le Messie entra ce jour-là à Jérusalem, tous les enfants d'Israël sortirent à sa rencontre, après avoir tapissé le chemin et les rues de branches de palmiers et de feuilles d'arbres. C'est en ce jour que les enfants d'Israël cherchaient un témoignage contre lui pour se saisir de lui et le mettre à mort et qu'une grande multitude crut en lui, d'après ce qui est mentionné dans leur évangile; mais ils ne purent le saisir ni le maltraiter ce jour-là à cause du grand nombre de gens qui crurent en lui. Les chrétiens célèbrent ce jour-là une fête: ils se réunissent à l'église, prêchent et récitent son histoire et ce qui lui arriva; ils sortent la croix et la promènent dans les rues. Chacun des assistants tient à la main une branche de palmier ou un rameau d'olivier ou de quelque autre arbrefrais et flexible, tel que le myrte et autre semblable; puis ils remettent la croix à sa place.

J'ai vu le jour des Rameaux le roi entrer dans une église située dans son palais et y écouter toutes les impiétés, que Dieu nous en préserve! qui lui étaient débitées ainsi qu'aux assistants par le prêtre préposé à l'administration de l'église. Après la cérémonie, il sortit avec tous les prêtres, les moines, l'archevêque, dont la signification estmoufti, et le nonce, qui est le vicaire du pape. Les moines étaient vêtus de riches étoffes incrustées de pierreries. Chacun d'eux tenait à la main une branche de palmier. Ils portaient devant eux une croix en argent sur laquelle était une image couverte d'une étoffe de soie. Ils étaient précédés d'une troupe de petits moines qui excellaient à chanter et avaient des instruments de musique et autres semblables. Les religieux tenaient des papiers qu'ils lisaient en psalmodiant. Derrière eux venaient leurs supérieurs, que suivaient les plus hauts personnages de lacour. Le roi venait le dernier, ayant à la main une branche de palmier qu'on avait plantée avec les fleurs. Après avoir promené la croix autour du palais royal, ils la rapportèrent à sa place dans l'église. La même cérémonie est célébrée dans chaque église. On rencontre ce jour-là et les jours suivants tous les chrétiens portant chacun à la main une branche de palmier ou un rameau d'olivier ou de tout autre arbre.

Ce jour-là, comme le roi assista à la fête des Rameaux et que sa femme était absente, il nous envoya faire ses excuses de ce qu'elle n'était pas sortie et venue: une indisposition l'avait empêchée de quitter ses appartements, ce dont nous avions connaissance. Les excuses nous furent présentées par un (officier) que le roi commit à cet effet.

Le lendemain, ils se réunissent de même dans les églises, prêchent et récitent ce qui arriva au Messie après ce qui eut lieu pour les rameaux avec les enfants d'Israël, alors qu'ils s'excitaient contre luiet se consultaient sur les moyens de le saisir et de le tuer.

Le quarante-quatrième jour est la fête de la rupture du jeûne, celle qui est appelée la Pâque. Ce jour-là le roi fait apporter un repas préparé pour les indigents et, invitant treize hommes parmi les pauvres, il les fait entrer dans son palais et asseoir sur leurs sièges. L'archevêque, lemoufti, et le nonce, vicaire du pape, arrivent et assistent le roi qui, de ses mains, présente la nourriture aux susdits pauvres et s'occupe en leur présence d'offrir les plats, de les changer et de les enlever comme le fait un domestique pour son maître, de telle sorte qu'il présente à chacun des treize pauvres trente plats de nourriture, sans viande, attendu que dans les jours de carême, les chrétiens n'en mangent pas. Quoique ce jour-là soit celui de la rupture du jeûne, ils l'ont compris dans les six qui sont en plus des quarante, ainsi que nous l'avons dit précédemment. Le roi leur donne à manger seulement du poisson de toute espèce et complète le nombredes trente plats avec toutes sortes de fruits frais et secs, de manière à les nourrir tous. Il leur distribue aussi l'eau et le vin. Lorsqu'ils ont fini de manger, le supérieur de l'église arrive; il tient dans les mains la cuvette; le nonce, vicaire du pape, porte l'eau, et le roi lave les pieds de ces pauvres et les essuie avec des serviettes préparées pour la circonstance. Dès qu'il a fini de les essuyer, il baise le pied de chacun d'eux et lui donne un vêtement et des pièces de monnaie. Ils s'en vont alors, emportant tout ce que le roi leur a remis, ainsi que les restes du repas et les plats dans lesquels il leur a été servi. On les voit vendre tout cela dans les rues, où la foule se précipite, à cause de la croyance qu'elle a que la bénédiction est attachée à cette nourriture.

La reine et la mère du roi font de même: chacune d'elles nourrit treize femmes pauvres et leur donne un repas semblable à celui que le roi a fait servir aux hommes.

Ce lavement des pieds est, dans leur croyance, d'après ce qui est écrit dans leurévangile, une œuvre pie et une pratique conservée à l'imitation de ce que fit le Messie le jour de la Pâque, c'est-à-dire que, le jour de la Pâque étant venu, il désira rompre le jeûne. «Où veux-tu que nous te préparions la Pâque pour manger?» lui demandèrent ses disciples. «Allez, leur répondit-il, à tel endroit, qu'il leur nomma, jusqu'à ce que vienne à votre rencontre un homme portant une jarre d'eau. Suivez-le à l'endroit où il entrera et dites au propriétaire de la maison: «Le maître veut manger la Pâque chez toi.» Ils partirent donc et trouvèrent l'homme porteur de la jarre d'eau; l'ayant suivi jusqu'à l'endroit qu'il leur avait décrit, ils dirent au propriétaire de la maison: «Le maître te dit: Prépare-lui la Pâque pour qu'il la mange chez toi.» En conséquence cet homme apprêta la Pâque et le Messie arriva avec ses disciples au nombre de treize. Il mangea la Pâque avec eux et, lorsqu'il eut fini de manger, il se leva debout, prit une serviette dont il se ceignit les reins et se mit à laver les pieds de sesdisciples l'un après l'autre. Quand il fut arrivé àSamʽân es-safa(Simon-Pierre), celui-ci lui dit: «Toi, me laver les pieds!» Le Messie lui répondit: «Ce que je fais, tu ne le connais pas maintenant, mais tu le connaîtras par la suite.» Simon lui répliqua: «Jamais tu ne me laveras les pieds.—En vérité, je te le dis, reprit le Messie, si je ne les lave pas, tu ne seras pas des miens.» Alors Simon dit: «O mon Seigneur, tu ne me laveras pas seulement les pieds, mais bien les mains et la tête.» Le Messie reprit: «Si moi, votre maître, je vous ai lavé les pieds, à plus forte raison devez-vous vous laver les pieds les uns des autres. Je vous ai seulement donné ceci pour exemple, car, comme je vous ai fait, vous ferez aussi.»

Tel est le motif pour lequel le roi lave les pieds de ces pauvres. De même font les notables, les grands et tous les personnages qui, par la considération et la fortune, occupent un rang élevé.

Ils prétendent également que le Messie, pendant qu'il célébrait la Pâque avec sesdisciples, leur dit: «L'un d'entre vous me livrera cette nuit.» Chacun d'eux se mit à protester de son innocence avec serment. Or il y avait parmi les treize disciples un homme appelé Judas l'Iscariote, qu'ils croient avoir été du nombre des disciples: le diable lui suggéra de s'entendre avec les juifs et ceux qui s'acharnaient contre le Messie, et le leur ayant vendu pour trente pièces d'argent, il le leur livra la nuit où il fut saisi pendant qu'il était à prier dans le jardin. Ce Judas arriva avec les gardes venus pour s'emparer de sa personne.

Pendant que le roi donne à manger aux pauvres le jour de Pâques et qu'ils s'en vont, tous les chrétiens, les prêtres et les moines, dignitaires et bas clergé, se rassemblent, sortent tout ce qu'ils ont de croix et d'images qu'ils adorent et les promènent dans toutes les rues de la ville. Ils portent un nombre incalculable de cierges allumés en plein jour. Personne ne peut se dispenser de porter les cierges et de marcher devant les croix et lesimages. Ils se rendent ainsi d'une église à l'autre, en manifestant avec cela leur affliction et leur piété. A ce qu'ils prétendent, lecrucifiéfut traité de cette manière. Conséquemment ils promènent son image qui le représente debout dans un jardin et dans l'attitude de la prière: un ange est descendu auprès de lui, tenant à la main la coupe de la mort, vers laquelle il tend la main pour la saisir. Puis ils promènent une autre image accompagnée d'une troupe de gardes: c'est ainsi, assurent-ils, qu'ils s'acharnèrent contre le Messie. Ensuite vient la figure du Messie, qui vient d'être flagellé et porte des traces de fouet entre ses épaules. Ils le représentent aussi portant sa croix sur son épaule. Puis ils le portent crucifié, et ensuite placé dans un sépulcre après qu'il a été descendu de la croix. Parmi les chrétiens, il en est qui imitent ce crucifié; ils ont le visage couvert dans le but, croient-ils, de se cacher et pour ne pas être reconnus; mais un de leurs serviteurs ou de leurs amis marchederrière eux dans la crainte qu'ils ne tombent évanouis à la suite des nombreux coups de fouet qu'ils s'appliquent sur le dos. On voit le sang leur couler sur les pieds. D'autres se crucifient: les mains et la tête attachées à une colonne de fer, ils se promènent en cet état dans les rues le jour où a lieu la procession; ils ont le visage couvert pour ne pas être reconnus.

Le lendemain, les Espagnols sortent de nouveau l'image du crucifié, au moment où il vient d'être mis en croix, et le promènent ensuite descendu de la croix, puis enseveli dans le tombeau. Ils lisent en même temps des psalmodies pleines de tristesse. Ils le rentrent alors dans l'église et le cachent[103]. Ils font le tour (de l'église) avec des flambeaux et des cierges, suspendent à l'église des tentures noires,ferment les portes des églises, ne sonnent plus les cloches et ne montent plus en voiture ni à cheval pendant les jours que dure la procession. Tous ces jours-là, tout le monde, grands et commun du peuple, va à pied. On raconte que Juan d'Autriche, frère du roi, dont il a été fait mention ci-devant, est celui qui défendit d'aller autrement qu'à pied pendant les susdits jours de procession.

[103]Dans ces processions, le Christ est représenté par des statues de bois affectant les diverses positions dont il est question. Le texte emploie le motsourah, qui signifie, figure, image, tableau, portrait.—Ces diverses représentations, appeléespasosen espagnol, sont portées, vu leur poids, par un grand nombre d'hommes.

[103]Dans ces processions, le Christ est représenté par des statues de bois affectant les diverses positions dont il est question. Le texte emploie le motsourah, qui signifie, figure, image, tableau, portrait.—Ces diverses représentations, appeléespasosen espagnol, sont portées, vu leur poids, par un grand nombre d'hommes.

Le lendemain, qui est le troisième jour de Pâques, à midi, ils ouvrent les églises, allument les flambeaux et les cierges, enlèvent les tentures noires, qu'ils remplacent par d'autres de couleurs différentes, et sonnent les cloches. Ils se livrent à la joie et impriment de petits papiers portant des figures qu'ils s'imaginent être celles des anges; entre les figures, ils écrivent des lettres en caractères chaldéens formant le motalleluia, qui veut dire «réjouissez-vous, réjouissez-vous!» Au moment où les cloches sont mises en branle, ils font voler ces papiers au milieu d'eux, les attrapent et se les distribuent, en poussantdes cris de joie et de bonheur. Ils se figurent acheter l'élévation du Messie au ciel, attendu qu'ils croient qu'il a été crucifié, enseveli et élevé du tombeau au ciel.Or on ne l'a ni tué, ni crucifié; mais Dieu a mis à sa place un homme qui lui ressemblait. Certes ceux qui ont disputé là-dessus ont été eux-mêmes dans le doute. Ils n'en avaient aucune science certaine, et suivaient leur propre opinion. On ne l'a point tué réellement; mais Dieu l'a élevé à lui, et Dieu est puissant et sage[104].Ces égarés se font illusion en persévérant dans leur croyance et dans l'erreur évidente, en s'écartant du droit chemin et de la grande route éclatante de blancheur.Satan les a séduits en les aveuglant[105]et les a égarés sur la mauvaise voie. Ils ont persisté dans l'impiété. Le pape, que Dieu lui reproche ses abominables efforts! leur a tracé un chemin qui les fait dévoyer, lui et ceux de ses prosélytesqui le suivent en professant ses croyances et sa doctrine. De ceux-ci aux masses se communiquent par contagion cette maladie incurable et ce mal que le glaive seul peut extirper.

[104]Qor'ân, surate IV, verset 154.

[104]Qor'ân, surate IV, verset 154.

[105]Qor'ân, surate VII, verset 21.

[105]Qor'ân, surate VII, verset 21.

Cependant il y a parmi eux bien des gens qui, si l'on converse avec eux et qu'ils entendent parler de la vraie religion et de la droite voie dans laquelle se trouvent les Musulmans, se montrent bien disposés pour l'islamisme, en font l'éloge, l'approuvent et ne refusent pas de prêter l'oreille à ses enseignements, ainsi que nous en avons été témoin plus d'une fois. Ce sont leurs clercs et leurs moines, ces esprits rebelles, qui sont animés de la haine la plus vive et ont le cœur le plus endurci; ces misérables sont les plus obstinés dans leur impiété, que Dieu nous en préserve! En effet, nous avons rencontré un bon nombre de leurs clercs et de leurs moines versés dans leur religion, et avons parlé avec eux de leurs prétentions au sujet du Messie, que Dieu soit exalté au-dessus de ce qu'ils disent! Nous les avons trouvésles pires gens comme croyance et les plus tenaces dans leur opiniâtreté.

J'ai rencontré à Madrid un de leurs religieux qui arrivait des pays d'Orient: il parlait l'arabe et comme il avait fréquenté les Musulmans et vécu au milieu d'eux il avait quelques notions de leur religion. A la fin de notre discussion je lui adressai cette question: «Que dis-tu du Messie?»—Il répondit: Il émane de Dieu.—Conséquemment, lui repliquai-je, en disant qu'il est comme une partie d'un tout, tu le fractionnes. Or le créateur, que sa majesté soit exaltée! ne se fractionne pas. Si tu dis qu'il est comme l'enfant (qui est engendré) du père, tu arrives nécessairement à un deuxième enfant, à un troisième, à un quatrième jusqu'à l'infini. Et si tu dis: «par voie de changement,» tu te prononces forcément pour une corruption. Or Dieu, grande est sa majesté, ne change pas et ne se transporte pas d'un état à un autre. Il ne reste donc plus que (l'émanation) par voie de création de la part du créateur et c'est la vérité, sur laquelle iln'y a pas de doute.» Mais le moine persista dans l'opinion sur laquelle est basée leur croyance, qui est celle du pape, à savoir la transformation (estéhâlah). Que Dieu soit élevé très haut au-dessus de leur dire!

Un autre jour, nous reçûmes la visite d'un prêtre européen: il ne savait pas un mot d'arabe. Nous nous mîmes à discuter avec lui à l'aide d'un interprète qui lui traduisait nos paroles dans sa langue étrangère. Après avoir réfléchi une heure, il dit: «Par Dieu, le discours que vous tenez, la raison l'accepte et l'oreille n'en est pas choquée; toutefois c'est un miracle extraordinaire et une des plus grandes preuves qui s'emparent des intelligences qu'un fait tel que celui-ci, arrivé au Messie et consistant en ce qu'un homme soit engendré sans père et soit l'auteur des choses surprenantes et des miracles accomplis de son temps par le Messie, en guérissant les malades et les infirmes, en ressuscitant les morts, etc., ce qui n'est nié ni contesté, comme nous le soutenonsnous-mêmes, c'est là un grand fait.» Ce moine était le supérieur de son ordre. Les religieux de cet ordre venaient fréquemment nous visiter. Après qu'il fut parti, il leur défendit de venir nous voir, par crainte pour eux. Un jour qu'ayant rencontré l'un d'eux je lui demandais pourquoi il n'était plus venu, il m'apprit que son supérieur lui en avait fait défense. Il ne laissa aucun des siens nous rendre visite jusqu'au moment où nous fûmes près de notre départ de Madrid. Il vint alors et nous fit ses adieux dans les meilleurs termes.

La cause de la persistance de ces gens-là dans leur croyance est qu'ils suivent le pape, qui leur explique leur religion et leur dicte les lois; il leur trace en cela la route des gens de la déviation et de l'égarement parmi les anciens tels que Paul qui leur a raconté les évangiles qu'ils ont aujourd'hui entre les mains, mensongèrement attribués à quatre personnages, Jean, Marc, Luc et Matthieu, qui auraient été, à ce qu'ils prétendent,du nombre des disciples de Jésus, ce qu'à Dieu ne plaise.

Ils prétendent que ce Paul était un de ceux qui recherchaient les partisans du Messie, les persécutaient et les faisaient mettre à mort. Pendant qu'il se rendait à Jérusalem pour continuer ses recherches, une vision lui apparut, et il s'évanouit. Quand il revint à lui, elle lui dit: «Paul, jusqu'à quand me repousseras-tu?» Il se leva; il avait perdu la vue. La vision le laissa accomplir son repentir, puis elle lui dit: «Va-t'en à tel endroit de Jérusalem et cherche le prêtre un tel: il te rendra la vue.» Paul alla immédiatement au lieu indiqué et, ayant recouvré la vue, il changea complètement de conduite. Il s'est considéré comme un envoyé du Messie et a raconté aux chrétiens ces évangiles suivant ce que sa volonté lui a dicté d'impiété et d'erreur, que Dieu nous en préserve! C'est d'après ses préceptes erronés que les chrétiens continuent à se conduire. Nous demandons à Dieu de nous accorder le salut et de nous maintenirdans la religion inébranlable et la droite voie.

Par suite de l'égarement dans lequel ces moines jettent les autres chrétiens et des choses qu'il est illicite d'entendre et qu'ils ont inventées; à cause du grand nombre de moines et de clercs, à peine trouverais-tu une maison de chrétiens dans laquelle il n'y ait pas un moine s'y rendant chaque jour pour répandre dans l'esprit de ses habitants toutes ces impiétés qu'ils leur débitent. C'est au point qu'ils les obligent à leur déclarer les fautes et les crimes qu'ils commettent. A cet effet, ils ont établi un usage auquel grands et petits sont soumis et qui consiste en ce que chacun d'eux confesse au moine autorisé pour cet objet et lui dévoile les fautes qu'il s'imagine avoir commises, en lui disant: «J'ai commis tel jour, à telle heure, telle faute; le démon m'a égaré et s'est présenté tout à coup à mon esprit; j'ai fait, puis j'ai fait (telle chose),» de telle façon que le moine seul, autorisé dans ce but, l'entend et a connaissancede ces actes. Le moine dit à celui qui se confesse: «Il faut faire pénitence de ce péché, cesser de le commettre et ne plus y persévérer. Propose-toi donc fermement de te repentir et de ne plus recommencer; peut-être Dieu te pardonnera-t-il. Par la puissance de telles et telles paroles, qu'ils prononcent, ton péché t'est pardonné.» Ils obligent à cette confession les hommes, les femmes, les enfants, etc., et pas moins d'une fois chaque semaine.

Le dimanche, les femmes se rendent toutes aux églises pour se confesser. On appelle cet hommeconfesseur. Celle qui ne se présente pas à l'église, le moine vient la trouver dans sa maison et l'oblige à se confesser: il entre avec elle dans un lieu retiré situé dans un coin de la maison; tous deux ferment la porte du réduit dans lequel la femme entre avec le moine. Il reste avec elle ce que Dieu veut, jusqu'à ce qu'elle sorte purifiée de tout péché, chargée de réprimandes sévères et de reproches. Quand son mari rentre et latrouve en tête à tête avec le moine, il lui est impossible de pénétrer auprès d'elle et il ne peut les déranger tant qu'ils n'ont pas terminé l'affaire pour laquelle ils se sont enfermés. Personne ne peut porter une accusation contre un de ces moines pour quelque motif que ce soit, fût-on témoin oculaire de l'action la plus honteuse. Ajoutez à cela que ce peuple est de sa nature très peu jaloux de ses femmes; car les hommes ont accès auprès des femmes des autres, que le mari soit absent ou présent.

Le pape oblige également tous les peuples chrétiens à se confesser aussi une fois à la fête de Pâques: tous les catholiques, hommes et femmes, se rendent à des églises spécialement affectées à cette confession, tous les jours de Pâques. Le grand et le petit, la femme et l'homme, l'enfant et la jeune fille, se confessent de tous les péchés qu'ils ont commis et prennent la ferme résolution de renouveler leur repentir: il leur est délivré à l'appui de cela des billets en nombre égal à celui des personnesde la maison et portant qu'un tel s'est confessé dans telle église, telle année. Les jours de Pâques étant arrivés, le moine se présente successivement dans chaque maison et se fait remettre les billets un à un, après s'être assuré du nombre des personnes qui habitent la maison, afin de savoir si toutes se sont confessées.

Quand, en recevant les billets, le moine trouve quelqu'un qui a égaré le sien, ou si quelqu'un des habitants de la maison est resté sans se confesser, c'est une grande abomination et son auteur a commis un crime énorme: il est obligé de donner pour avoir failli et avoir persisté (dans le péché) une somme d'argent déterminée, et alors il se confesse afin d'être absous de sa faute.

Ils s'appuient à cet égard sur ce qui leur est relaté dans leurs évangiles qui ont cours parmi eux comme ayant été énoncés par le Messie, que sur notre prophète et sur lui reposent la prière et le salut! «Celui qui vous fait du bien, a-t-il dit, soyez-lui en reconnaissants, et celuiqui vous demande pardon, demandez-lui aussi pardon.» Or le pape a enseigné ces paroles à ses sectateurs avec un sens opposé. «Pardonnez-lui,» aurait dit le Messie. Aussi leur donne-t-il la permission de pardonner et leur enjoint-il de le faire. Toutefois il n'accorde cette autorisation qu'au moine ayant passé la quarantaine, instruit dans leurs sciences, connu parmi eux comme un homme sûr et fiable. Et cependant si les chrétiens découvrent chez ces religieux ou chez l'un d'eux quelque vice ou quelque abus de confiance, c'est à leurs yeux un péché capital impardonnable d'ouvrir la bouche sur le compte d'un moine ou de l'accuser d'une faute, lors même qu'on en aurait été le témoin et qu'on aurait constaté le fait. Celui qui se rendrait coupable d'une telle accusation serait obligé de lui faire des excuses ou de s'échapper, malgré la certitude qu'ont tous les chrétiens de leurs vices et de leurs défauts. Plus d'une fois quelques-uns de ces moines ont donné des preuves de leurs imperfections et de leur ruse etse sont livrés à des actes réprouvés par la raison et par la nature. Ils vivent, il est vrai, dans la tranquillité et le repos, mais l'homme est sujet à l'erreur et aux fautes.

Ainsi, voilà un moine qui se retire avec une femme dans une chambre fermée à clef, au moment où elle confesse les péchés qu'elle a commis, soit adultère, soit autres, de façon à ne lui rien cacher et à ne lui celer aucun péché commis par elle.

Or, quand elle avoue avoir péché par adultère ou autre fait semblable et qu'il est seul avec elle, comment se peut-il qu'il ait des scrupules à son égard, avec tout ce qui se dit de la facilité avec laquelle on se livre à l'adultère dans leur pays? Pareille faute commise par des moines n'a rien d'étonnant.

Un fait de ce genre s'est produit cette année à Madrid, où une jeune fille vierge est devenue enceinte. Quand on l'a interrogée, elle a avoué avoir eu des relations avec un de ses frères qui était clerc.Il a été arrêté et envoyé aux navires appelésgalères[106].

[106]En arabe,aghrébah, pl. deghorâb, «corbeau.»

[106]En arabe,aghrébah, pl. deghorâb, «corbeau.»

De même quelqu'un en qui j'ai confiance m'a informé qu'il connaissait dans la ville de Ceuta, puisse Dieu en faire de nouveau une cité musulmane! une jeune fille très belle qui fut déflorée par un moine, son oncle; son aventure ayant été divulguée, il lui fut impossible après cela de se marier. Elle existe encore actuellement. Les récits de ce genre abondent; il est inutile de les mentionner.

Ces deux exemples sont donnés comme une preuve du peu de jalousie qui entre dans le caractère de ce peuple; mais des faits de cette nature se produisent fréquemment. Ce qui le prouve, c'est ce que j'ai entendu (de la bouche) d'une femme fort belle, dans la ville de Séville. Elle était venue chez nous avec sa mère et ses deux sœurs pour nous faire visite. La conversation s'étant engagée sur les moines et les clercs en général, en présence d'un grandnombre de chrétiens, elle soupira et dit: «Les moines! Maudit soit qui se fie à eux!» Comme nous lui demandions la cause de son exclamation, elle répondit: «Je les connais mieux que personne, et n'ai pas besoin de m'expliquer davantage.» Ses paroles nous causèrent d'autant plus d'étonnement qu'il y avait là plusieurs clercs et qu'elle ne tenait aucun compte de leur présence, malgré l'autorité dont ils jouissent parmi les chrétiens et le rang qu'ils occupent dans la société; car ce sont eux qui dirigent leurs prières, et c'est à eux qu'hommes et femmes confessent leurs péchés. Malgré cela et leur grand nombre, il y a parmi eux des hommes doués d'un bon naturel, qu'on voudrait voir dans une droite voie. Que Dieu nous accorde le salut! Tel j'ai vu à l'Escurial, dans la grande église appelée l'Escurial, un vieillard d'une conduite et d'un caractère excellents; à une physionomie gaie et souriante, il joignait une affabilité qu'on ne saurait décrire. Cet homme était le supérieur de cette église; il en avaitla haute administration; à lui appartenaient les décisions la concernant ainsi que celles intéressant les hameaux situés autour de l'église et les villages en dépendant. Il abandonna les fonctions de supérieur et résolut de quitter le monde pour se livrer à la vie dévote, renonça à ses titres de noblesse et à l'attachement qu'ils inspirent, et en fit l'abandon en faveur d'un de ses élèves, nommé don Alonso. Ce moine, supérieur actuel de l'Escurial, montrait également un caractère doué d'une grande gaieté et de beaucoup d'enjouement et était excessivement aimable dans sa conversation et affable dans ses manières. Après que nous eûmes fait sa connaissance, il ne cessa, pendant la durée de notre séjour à Madrid, de venir nous faire visite toutes les fois qu'il se rendait chez le roi, car il occupait un rang élevé à la cour, et nous recevions de ses lettres de l'Escurial.

Ce nom d'Escurial est celui d'une église. Nous avons mentionné ci-devant la cause de sa construction, sous le règne de sonfondateur, Philippe II, alors qu'il avait assiégé une ville appartenant aux Français[107]; il l'avait canonnée et bombardée. En face des canons se trouvait une église dédiée à un religieux nommé Laurenter-riâl. Le roi, après avoir fait vœu d'en construire une plus grande, abattit l'église et atteignit la ville. A son retour, il bâtit l'église qu'il avait fait vœu de construire sur le penchant de la montagne qui sépare la Nouvelle et la Vieille-Castille. Elle est située à vingt-un milles de la ville de Madrid[108]. L'église et tout ce que renferme l'édifice, palais du roi et ses dépendances, sont bâtis en pierres dures semblables au marbre[109]qui furent transportées de la montagne dominant l'église. Ce sont des pierres très grandes. On dit que, lors de la construction, on établit, depuis l'emplacementde l'église jusqu'au sommet de la montagne, un immense pont tout en bois pour que les charrettes[110]chargées de pierres fussent traînées sur ce pont et les pierres mises en place sans qu'on eût la peine de les porter; le travail devint ainsi plus facile. Cependant ces pierres sont terriblement grandes. Il ne reste plus aucun vestige indiquant la place de ce pont. Mais comme on raconte qu'il était tout en bois, il n'a pu avoir une longue durée. La montagne dont nous venons de parler est très haute et très élevée; entre l'église et le sommet de la montagne, il y a près d'une étape (mesâfah) de montée.

[107]Saint-Quentin.

[107]Saint-Quentin.

[108]On compte de Madrid au village de l'Escurial 35 kilomètres. Le chemin de fer y conduit aujourd'hui en deux heures. L'Art de vérifier les datesdit que le village est situé à 10 lieues de Madrid.

[108]On compte de Madrid au village de l'Escurial 35 kilomètres. Le chemin de fer y conduit aujourd'hui en deux heures. L'Art de vérifier les datesdit que le village est situé à 10 lieues de Madrid.

[109]Toute la construction est en granit.

[109]Toute la construction est en granit.

[110]Qarârît, pl. deqarrétah; en esp.carreta.

[110]Qarârît, pl. deqarrétah; en esp.carreta.

L'Escurial est un édifice très grand, très haut et qui s'élève dans les airs. Il est percé du côté de l'occident de trois portes: la porte du milieu est celle de l'église et de tout ce qu'elle comprend. Au-dessus de la porte est une statue en pierre que les Espagnols prétendent être celle du religieux Laurenter-riâlen l'honneurduquel l'église a été construite. Les deux autres portes, à droite et à gauche de la première, sont celles de deux grandes maisons consacrées à l'instruction des jeunes élèves des moines, qui apprennent et lisent leurs sciences et leurs psalmodies. Parmi eux chaque groupe porte un signe en drap bleu ou rouge sur l'épaule, suivant le degré d'instruction auquel il est parvenu. Leur principale étude porte sur la philosophie et les sciences de la même catégorie. Ces deux écoles renferment un grand nombre d'élèves qui y viennent étudier de tous les côtés, de Madrid et d'autres villes. Néanmoins l'endroit qu'ils mettent en première ligne pour l'enseignement et l'achèvement des études que leur imagination leur représente comme telles, est une autre ville qu'ils appellent Salamanque, à[111]trois milles de la ville de Madrid. En effet, c'est une chose connue chezcette nation que celui qui n'a pas achevé ses études et sa lecture et acquis ces connaissances dans la ville de Salamanque n'est pas considéré comme ayant des connaissances complètes. Leurs principales lectures, pendant leur enfance, consistent dans les impiétés que leurs maîtres leur enseignent, afin qu'ils s'y habituent et qu'elles soient sans cesse sous leurs yeux. Après cela, ils apprennent le calcul et ensuite la géométrie, en latin.

[111]Le ms. porte seulement, trois. Il y a évidemment omission du chiffre des dizaines, Salamanque étant située à cent quarante-quatre kilomètres de la capitale.

[111]Le ms. porte seulement, trois. Il y a évidemment omission du chiffre des dizaines, Salamanque étant située à cent quarante-quatre kilomètres de la capitale.

Le latin occupe chez eux la même place que la science de la syntaxe chez les Arabes. Tous les chrétiens qui ne l'ont pas appris étant jeunes ne le comprennent pas. Aussi les voit-on conduire leurs enfants aux endroits affectés à l'enseignement, comme l'Escurial, la ville de Salamanque et autres semblables.

La grande porte du milieu par laquelle on entre pour aller dans l'église est un portail d'une dimension extraordinaire, couvert d'une quantité de sculptures artistement fouillées. En face de celui qui entre par cette porte est une large et vastecour où se dressent des piliers très élevés, portant chacun une grande statue en pierre. Les statues, qui sont couvertes de vêtements appropriés à chacune, sont toutes faites, assure-t-on, d'un seul bloc de pierre. Elles sont au nombre de cinq. On prétend qu'elles représentent les rois qui ont régné sur les enfants d'Istraël[112]. Sur la première est gravée cette inscription:David le prophète. Ce personnage porte sur la tête une couronne en cuivre doré, du poids de cinqrobʽ[113], et tient à la main l'instrument de musique qu'il inventa. Les Espagnols assurent que c'est celui sur lequel il s'accompagnait en lisant les psaumes et l'appellentharpe. La harpe est un grand instrument en bois, de la hauteur d'unhomme et ayant environ quarante-six cordes. Elle produit des sons harmonieux et on ne perçoit pas le coup donné par celui qui en joue. Ces chrétiens en font un usage fréquent et l'enseignent à leurs femmes, à leurs fils et à leurs filles. Aussi est-il rare de trouver une maison dont tous les habitants ne pincent habilement de la harpe. Lorsqu'ils reçoivent, qu'ils souhaitent la bienvenue ou qu'ils veulent faire honneur à quelqu'un qui vient les voir, ils font raisonner cette harpe à son intention. Les personnes qui cultivent le plus cet instrument sont les filles et les fils des grands et des notables. Il est de même très en usage dans leurs chapelles, leurs églises et les lieux où ils se livrent à leurs actes d'impiété. C'est l'instrument de musique le plus usité chez eux. Quant à celui qu'on appelle chez nousel ʽawd(le luth), ils ne le connaissent pas; ils connaissent seulement un autre instrument qui s'en approche et qu'ils nomment guitare[114]. Laguitare est un peu plus petite que le luth et a deux cordes de plus. La harpe est le plus grossier de tous les instruments de musique.


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